‹ Pensâees et fragments inâedits de MontesquieuChapitre 28 sur 263 · X. ESTHÉTIQUE · texte numérisé non relu

X. ESTHÉTIQUE

956(272. I, p. 292). — Le père Bufïier a défini la beauté : l'assemblage de ce qu'il y a déplus commun. Quand sa définition est expliquée, elle est excel-

lente, parce qu'elle rend raison d'une chose très obscure, parce que c'est une chose de goût.

Le père Buffier dit que leâ beaux yeux sont ceux dont il y en a un plus grand nombre de la même façon; de même, la bouche, le nez, etc. Ce n'est pas 5 qu'il n'y ait un beaucoup plus grand nombre de vilains nez que de beaux nez; mais c'est que les vilains sont de bien différentes espèces; mais chaque espèce de vilains est en beaucoup moindre nombre que l'espèce des beaux. C'est comme si, dans une lo foule de cent hommes, il y a dix hommes habillés de vert, et que les quatre-vingt-dix restant soyent habillés chacun d'une couleur particulière : c'est le vert qui domine.

Enfin, il me paroît que la difformité n'a point de i5 bornes. Les grotesques de Callot peuvent être variés à l'infini. Mais la régularité des traits est entre certaines limites.

Ce principe du père Bufïier est excellent pour expliquer comment une beauté françoise est horrible 20 à la Chine, et une chinoise, horrible en France.

Enfin, il est excellent peut-être pour expliquer toutes les beautés de goût, même dans les ouvrages d'esprit. Mais il faudra penser là-dessus.

957(1449. II, f° 2ia v°). — Ce qui fait la beauté, 25 c'est la régularité des traits ; ce qui fait une femme jolie, c'est l'expression du visage.

958* (2o3. 1, p. Î96).— -Je suis plus touché quand je vois une belle peinture de Raphaël qui me repré-

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