LANGAGE ET LANGUES
lui montrant les restes de ces enfants, qu'il lui a servis dans le repas, lui dit :
« Venere, Gnatos ecquid agnoscis tuos ? »
A quoi, Thyeste répond :
S € Agnosco fratrem. >
Crébillon a traduit fort bien :
« Reconnois-tu ce sang? — Je reconnois mon frère.»
Mais, par le défaut de la langue, le françois ne fait pas tant d'impression que le latin. Une rime 10 féminine est trop douce pour exprimer le sentiment de Thyeste. Outre que le pronom mon^ que notre langue nous donne là nécessairement, gâte la pensée : mon frère étant un nom dé tendresse, là, comme de consanguinité. J'aurois autant aimé
1 3 mettre :
« Je reconnois Atrée. >
780(721. I, p. 485). — Quand quelqu'un me demande si un mot est françois, j'y puis répondre. Quand on me demande si une diction est bonne, 'e n'y puis répondre, à moins qu'elle ne choque la
30 grammaire. Je ne puis savoir le cas où elle sera bonne, ni l'usage qu'un homme d'esprit en pourra faire : car un homme d'esprit est, dans ses ouvrages, créateur de dictions, de tours et de conceptions; il habille sa pensée à sa mode, la forme, la
35 crée par des façons de parler éloignées du vulgaire, mais qui ne paroissent pas être mises pour s'en éloigner. Un homme qui écrit bien n'écrit pas
comme on a écrit, mais comme il écrit, et c'est souvent en parlant mal qu'il parle bien.
781 (756. 1, p. 496). — Cest une mauvaise maxime que de faire des dictionnaires des langues vivantes : cela les borne trop. Tous les mots qui n'y sont pas 3 sont censés impropres, étrangers ou hors d'usage. C'est l'Académie même qui a produit les satires néologiques, ou en a été la cause.
782 (1397. II, r 202). — Difficulté de traduire. —
Il faut d'abord bien savoir le latin; ensuite, il faut 10 l'oublier.
783(328. 1, p. 335). — Flavus capillus , flava coma, c'est le blond, non pas le roux. Le roux est haï, parce qu'il est regardé comme un signe d'autres défauts naturels'. iS
784 (685. I, p. 471). — Les François ont tort de confondre ce que les Anglois appellent wit, humour, sensé, understanding.
785 (704. I, p. 478). — Vous trouvez dans le Diet[ionnaire] de Corneille, au mot Sclavon : Sclavon 20 veut dire gloire, nom que ces peuples prirent à cause de leurs conquêtes; d'où vient que la plupart de leurs noms de familles se terminent en slaw : Sta^ nislaw, Wenceslaw, Boleslaw.
I . *David est loué, quia erat rufus : dans Içs pays chauds, il y a peu de cheveux blonds.