CARACTÈRES ETHNIQUES I7I
4382 (376. 1, p. 359). — Un Angloîs, un François, un Italien : trois esprits.
4383* (i638. III, P> 2). — Je ne sais comment il arriva qu'un Turc se trouva un jour avec un Cannibale.
3 cVous êtes bien cruel, lui dit le Mahométan; vous mangez les captifs que vous avez pris à la guerre. — Que faites-vous des vôtres ? lui répondit le Cannibale.— Âh! nous les tuons. Mais, quand ils sont morts, nous ne les mangeons pas. »
10 II semble qu'il n'y ait point de peuple qui n'ait sa cruauté particulière ; que chaque nation ne soit touchée que de celle des autres nations, comme si la barbarie était une affaire d'usage, comme les modes et les habits.
i5 1384* (i566. II, f> 453).— Il pourroit être que la constance des Japonnois dans les supplices seroit due à ce que les souffrances physiques n'y sont peutêtre pas si grandes, que la machine n'y est pas si susceptible de la douleur.
20 1385 (646. 1, (^ 457 v^ ). — La mort pour un Romain et la mort pour un Chrétien sont deux choses.
1386* (962. II, f* 22 v^). — On voit qu'une certaine
vanité chez les Romains n'étoit pas si ridicule que
parmi nous. On le voit dans cette fureur qu'ils ont
2b de demander à leurs amis qu'ils les louent, qu'ils les
mettent dans leurs histoires, leurs dédicaces.
Le fait particulier de la mort de César paroissoit
si beau que des gens qui n*y avoient pas trempé s'en vantèrent. Trebonius écrit à Cicéron que, s'il écrit quelque chose du meurtre de César, qu'il espère qu'il n'y aura pas la moindre place. Cicéron <, qui prie qu'on le mette dans l'histoire romaine, et qu'on 5 mente même pour lui. Cet amour immodéré pour être célébré vient de l'éducation de ce temps- là.
1387* (i552. II, f» 248 v<»).— Il y a des exemples étonnants de la vanité romaine. Il n'y a rien de si ridicule que Trebonius, qui écrit à Cicéron que, s'il 10 décrit quelque chose du meurtre de César, il espère qu'il n'y aura la moindre place. Il n'y a rien de si ridicule que Cicéron lui-même qui prie qu'on le mette dans l'histoire romaine, et qu'on mente même pour lui.
Cette vanité étoit entièrement différente de la va- i3 nité que quelques peuples ont aujourd'hui. Celle-ci ne se porte que sur le moment présent; l'autre étoit toujours jointe à l'idée de la postérité. Un habit de bon goût pour un certain jour suffit pour l'une; il falloit un nom gravé sur une pierre pour flatter 20 l'autre. Ces choses sont l'effet de l'éducation de ce siècle-là et du nôtre et se reportent aux institutions des deux peuples.
1388 (ioi3. II, f* 37 v°). — Les Romains me semblent n'avoir point de mot pour exprimer un petit 33 maître : leur gravité étoit trop contraire à ce genre de personnage.
I • Mis aux Loix,
CARACTÈRES ETHNIQUES l'jî
138Ô*(i296. II, f>i37). — Cet esprit belliqueux que le climat donnoit autrefois au peuple de Rome est, par les causes morales, borné au goût qu'il a aujourd'hui pour les combats qu'il voit sur les théâtres; et 3 ce climat qui rendoit autrefois le peuple d'Athènes si turbulent ne sert plus qu'à nous montrer des esclaves peut-être un peu moins stupides. La nature agit toujours; mais elle est accablée par les mœurs.
1390 (2 141. m, P>35i v^). — Les Vénitiens sont
o insociables. Quand vous allez les voir, vous ne savez
si vous entrez par la porte ou par la fenêtre, si vous
y faites du plaisir ou de la peine. Là, la débauche
s'appelle liberté.
1391 (915. II, f» i3 V*). — François. — Leur cai5 ractère: chez les anciens Gaulois, ils alloient sur les grands chemins apprendre des nouvelles. Railleurs : quand les ambassadeurs romains vinrent pour leur inspirer de s'opposer à Annibal^ leurs jeunes gens éclatèrent de rire. Voyez V Histoire d'Anne Comnène.
20 1392(347.1, p. 343). — Il n'y a que les conquêtes que nous avons faites de proche en proche qui nous soyent restées. Mais nous avons toujours été malheureux dans les entreprises éloignées. On peut difficilement compter combien de fois nous avons conquis
23 et perdu le Milanois, le Royaume de Naples et autres états d'Italie. Nous sommes difficiles à vaincre sur nos frontières; mais cavendum a nimia ambitione. Il nous est impossible de quitter notre patrie pour
longtemps. L'idée du séjour de Paris attaque d'abord l'esprit de nos jeunes gens. Après la bataille de Turin, l'impatience du retour (je ne dis pas de nos petits maîtres, mais de nos généraux) ne nous fit-elle pas retirer en France et perdre Tltalie? 3
1393(354. 1, p. 345). — L'indiscrétion des François dans les insultes faites à l'honneur des maris italiens leur a fait perdre le Royaume de Naples^ celui de Sicile, le Milanois, et quelques uns de ces états plusieurs fois. Ils les ont égorgés en Sicile; ils se sont 10 révoltés ailleurs ; et, dans le temps que ces peuples étoient le plus las des François, les François ne l'étoient pas moins d'eux, par la rage de retourner en France.
1394 (474. I, p. 401). — Les François travaillent iS pour amasser et dépenser soudain, c II semble, disois-je, qu'ils ayent une main avare et une autre prodigue. » Ils sont, en même temps, Milanois et Florentins.
1395(1164. II, f*8i). — Je disois en Italie : c Les 20 François sont avares et prodigues; ils sont florentins et milanois tout à la fois. »
1396 (97. I, p. 88). — Mauvaise foi des François, puisqu'ils ont tant de juges pour la réprimer.
1397 •(43. 1, p. 48). — Ce que c'est que les choses 25 qui font chez nous les distinctions les plus person-
CARACTÈRES ETHNIQUES fjS
nelles! Le relâchement de deux ou trois fibres auroit pu rendre Mad^ de Mazarin (?) une femme trèsdégoûtante.
4398(56. I, p. 59).— En France, ce ne sont pas 5 les noms nobles, mais les noms connus, qui donnent du relief: une célèbre c... ou une célèbre joueuse honore sa maison en la mettant du nombre des maisons connues.
4399* (772. 1, p. 5o3). — François sont agréables, 10 se communiquent, sont variés, se livrent dans leurs discours. Ils se promènent, marchent, courent, et vont toujours jusqu'à ce qu'ils soyent tombés.
1400 • ( 1 470. II, f* 2 1 7), — Je disois : € Les François sont présomptueux, et les Espagnols aussi. Les Es-
i5 pagnols le sont parce qu'ils croyent être des grands hommes; les François le sont parce qu'ils croyent être aimables. Les François savent qu'ils ne savent pas ce qu'ils ne savent pas; les Espagnols savent qu'ils savent ce qu'ils ne savent pas. Ce que les
30 François ne savent pas, ils le méprisent; ce que les Espagnols ne savent pas, ils croyent le savoir. »
1401 (988. II, f** 28 vo). — / never saw a nation qui pense moins que cette nation -ci : à la différence des bêtes, elle ne sait pas même ce qui lui fait du bien,
25 ni ce qui lui fait du mal.
1402 (i355. II, fo 19^ vo).— Les petites- maisons
pour la galanterie, bien inventées pour le goût de la Nation : on y a l'air du mystère, sans en avoir les désavantages, qui est la mortification de la vanité.
1403 (1357. II, f> 195 v^). — Ce qui fait que, de nos jours, il n'y a plus de dévotions, confrairies, 5 assemblées d'églises, sermons, c'est que la galanterie n'en a plus de besoin : on voit les femmes partout.
1404* (1439. II, f* 208 V**). — Il y a parmi nous peu de sots qui soyent en même temps stupides : la sot- 10 tise s'y trouve si près de l'esprit.
C'est ce qui produit parmi nous un prodigieux nombre de lecteurs. Dans les autres pays, ceux qui ont de l'esprit savent qu'ils eh ont, et ceux qui n'en ont point le savent aussi. Dans ces pays, bien des i5 gens seroient propres à amuser les autres; à peine se jugent -ils capables d'être amusés eux-mêmes. Quelque ouvrage agréable qu'on leur présente, ils ne daigneront pas seulement le lire.
Je dis ici la véritable raison qui a fait que j'ai eu 20 toute ma vie une estime particulière pour nos petitsmaîtres. Je ne parle pas ici en homme d'État: car, quoiqu'ils soutiennent les principales branches de notre commerce, fondé sur le changement continuel de modes et d'habits, ils rendent service à leur patrie 23 sans en exiger la moindre reconnoissance.
De toutes les nations connues, il n'y en a point de moins pédante que la nôtre, et l'on n'a que faire de tant crier contre les gens du bel -air.