Mis cela sur les Romains, jusqu'à la raye
HISTOIRE GÉNÉRALE 2l3
Chaque État doit songer à faire des soldats, et celui qui en a plus est le plus puissant.
1481 (463. 1, p. 394). — Il n'y a point d'État si dangereux, et qui menace si fort les autres États de la
5 conquête, qu'un État qui est dans la guerre civile'. C'est que tout le peuple (nobles, bourgeois, laboureurs) devient soldat. D'ailleurs, il s'y forme de grands hommes, parce que, dans la confusion, ceux qui ont du mérite se font jour, au lieu que, dans la
10 tranquillité de l'État, on choisit les hommes, et on choisit mal. Les Romains, après les guerres civiles de Marius et de Sylla, de César et de Pompée; les Anglois, après les guerres civiles sous Cromwell ; les François, après les guerres civiles sous Henri IV,
i3 après les guerres civiles sous Louis XIII, après les guerres civiles sous Louis XIV ; les Allemands contre les Turcs, après les guerres civiles d'Allemagne ; les Espagnols, sous Philippe V, en Sicile, après les guerres civiles pour la succession. Si donc l'État
20 n'est pas détruit (ce qui arrive aisément), il devient plus fort. Il se détruit par le partage ou l'usurpation d'un voisin.
1482* (188. 1, p. 188). — Projet chimérique d'une paix perpétuelle en Europe, lequel on donne à 25 Henri IV® : bon pour armer l'Europe contre l'Espagne; mais mauvais si on l'avait envisagé en lui-même : les premiers Barbares auroient subjugué l'Europe.
I. Voyez page 187. — J'ai mis cela dans les Considérations sur la République romaine.
1483(239. 1, p. 254). — Depuîs Louîs XIV, il n*y a plus que de grandes guerres : la moitié de l'Europe contre la moitié de l'Europe. Les alliés de Hanovre ont 585,000 hommes; ceux de Vienne, 555.
1484(523. 1, p. 422). — Depuis la Quadruple -Al- 5 liance, les grands princes de l'Europe font comme les Romains : ils disposent des États des petits par les vues de leur intérêt, et non de la justice.
1485 (639. 1, f° 454). — Il n'est plus possible qu'une petite puissance aujourd'hui en arrête une grande, et 10 les États sont plus disproportionnés qu'ils n'étoient autrefois'. Dans la plupart des petites républiques de Grèce et d'Italie ou plutôt d'Europe d'autrefois, il y avoit un partage de terres : chaque citoyen, également riche, avoit un intérêt égal et dominant à défen- i5 dre sa patrie, et sa vie étoit peu de chose quand il la comparoit avec la perte de sa liberté, de sa famille et de ses biens. Voilà qui faisoit une nation entière propre à la guerre, autant qu'une armée disciplinée.
Mais, quand le partage n'étoit plus égal, le nom- 20 bre des citoyens diminuoit aussitôt : la vingt ou trentième partie du peuple avoit tout, et le reste, rien. De là, les arts, tant pour satisfaire au luxe des riches que pour être un état pour l'entretien des pauvres. De là, deux choses: de mauvais soldats (car 25 les artisans n'ont pas proprement de patrie et jouissent de leur industrie partout : car ils ont partout des