‹ Pensâees et fragments inâedits de MontesquieuChapitre 97 sur 263 · VII. ROME · texte numérisé non relu

VII. ROME

4523(706. 1, p. 479). — Dans le livre Origo Gentis Romance, qu'on croit d'Aurelius Victor, les Latins, colonies d'ÂIbe faites sous le règne de Latinus Sylvius : Préneste, Tibur, Gabies, Tusculum, Cora, 5 Pometia, Locri, Crustumium, Cameria, Bovillae, cœteraque oppida circumquaque.

Cependant, toutes ces villes n'étoient pas de la nation latine. Cora et Pométie étoient de la ligne des Volsques. Ces villes changeoint souvent de 10 parti. Aussi Tite-Live (P® décade, livre II) distingue les anciens Latins de ceux qui étoient entrés dans l'alliance de ces peuples. Crustumère, d'abord, dans la ligue des Sabins; ensuite, dans celle des Latins. i^

1524* (1476. II, f» 218 v^).— A Venise, comme à Rome, la monarchie a été avant la république. Tite- Live dit que, sans les Roix, l'Empire n'eût pas été fondé. Je ne sais pas si sa réflexion est juste. Ces roix électifs n'opprimèrent point le peuple. Ils le 20 tinrent toujours en guerre, parce que leur principale fonction étoit de commander. Ils l'endurcirent; ils l'augmentèrent. Leur gouvernement avoit beaucoup de force mêlée avec beaucoup de douceur.

4525* (1507. II, f* 228). — Le Peuple ne suit point 25

les raisonnements des orateurs. Il peut être frappé par les images et par une éloquence qui a des mouvements; mais rien ne le détermine bien que les spectacles, et, si l'on suit l'histoire des passions du 3 Peuple dominateur, on verra que tous ces grands mouvements ne sont venus que par la vue de quelque action inopinée. La mort de Lucrèce fait chasser Tarquin. L'action de Brutus, qui fait mourir ses enfants, établit la liberté. La vue de Virginie, tuée

10 par son père, fait chasser les Décemvirs. Le spectacle de ce débiteur qui sort des prisons déchiré de coups fait retirer le peuple de la Ville. Celui de ce jeune homme à la pudicité de qui un créancier a attenté fait faire des loix nouvelles. Quand Manlius

i3 est accusé, le peuple, qui le voit tendre les mains vers le Capitole qu'il avoit sauvé, ne peut se résoudre à le trouver coupable, et il faut faire l'assemblée dans un lieu d'où l'on ne puisse voir ce grand objet pour qu'il soit condamné. La robe ensanglantée de

20 César mit le peuple en fureur et perdit tout.

1526* (1549. II> ^^ ^47)' ~ Les disputes sur les loix agraires n'attaquèrent pas les fondements de la constitution. Les loix faites ou proposées à ce sujet furent, au contraire, un renouvellement de la dis*

2 5 cipline ancienne, des mœurs des ancêtres et une correction du mal qu'on avoit fait en éludant les loix. Les particuliers ne pouvoient pas même s'en plaindre : car, quoique les sociétés n'ayent été principalement établies que pour que chacun conserve

3o son bien, cependant personne ne pouvoit appeler

son bietty ce qu'il avoit acquis en faisant une fraude à la Loi.

1527*(i55r.II,f> 248).— Mais, enfin, cette démocratie (Rome) se corrompit et suivit, pour sa perte, le . même chemin que prennent presque toutes les 5 démocraties. Le peuple, qui déjà avoit toute la législation, voulut avoir toute l'exécution et ôta la force à toutes les magistratures, éluda toutes les loix et, pour ôter les mœurs, énerva la censure même. Toutes les affaires furent portées devant le peuple, 10 débattues devant lui; rien, devant le Sénat; et lestyrannies de la liberté devinrent si insupportables que les principaux la défendirent sans courage, et que le peuple la perdit sans regret.

1528 (48. 1, p. 63), — Il étoit permis à Rome à tout i5 le monde d'accuser ceux qui étoient soupçonnés de vouloir opprimer la liberté de la République'. Mais, comme toutes ces accusations ne produisoient que des débats, elles ne faisoient qu'augmenter la division, armer les principales familles les unes contre 20 les autres, et les remèdes contre les factions naissantes étoient bien longs, puisqu'on n'avoit recours qu'aux harangues. — A Venise, au contraire, le Conseil des Dix étouife, non pas seulement les factions, mais les inquiétudes. — C'est une grande prudence ib que celle des Vénitiens, de ne réunir jamais, dans une même personne, les honneurs et la puissance.

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