‹ Pensée des jardinsChapitre 39 sur 55 · SUR UNE GOUTTE DE ROSEE IIQ · texte numérisé non relu

SUR UNE GOUTTE DE ROSEE IIQ

suis atteint, de cette impossible et muette passion que seules comprendraient tes contemporaines dans leur g-râce éteinte et leur farouche pureté.

Que de calvaires se sont dressés, que de chemins de croix ont été suivis que nous ig'norons ! Lorsque, parmi les dés, les ciseaux, les frag-ments de broderie, les déchets de soie, les petits miroirs, les boucles de chevaux, les dents enfantines, les fleurs artificielles, les flacons, les bijoux démodés, nous posons les doig-ts sur quelque vieille Imitation de Jésus Christ^ il semble que ce parfum de renfermé qui imprèg-ne ses pag-es ne possède qu'une infinie douceur...

Eh ! pourtant.. . Que de mains, jeunes ou pas, ont dû trembler d'attente et de douleur

tandis qu'elles tenaient ce livre !... A l'aube de son destin, cette adolescente n'entr'ouvrait ces pag-es qu'avec le secret espoir que l'amertume n'est point répartie entre tous et que, peut-être, la destinée l'épargnerait. Ce n'était donc qu'avec une piété charmante qu'au réveil elle étendait vers Y Imitation son bras déjà robuste. Plus tard, dans le milieu de l'existence, elle reprit le livre. Les pommiers chargés de fruits n'étaient plus gais comme autrefois... Une joie les avait quittés, je ne sais laquelle. Et puis jamais elle n'avait revu sur la pelouse ce papillon si coloré qui s'était éplojé devant elle dans la torride splendeur d'un jour de grandes vacances ..

Et V'd^Q s'avançait. Et voici qu'au déclin de la Destinée elle n'interrompit guère plus sa lecture. Il neigeait au dehors. Il était sept heures du soir. La glace, éclairée par la

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lampe dont chaque pleur battait la mesure au silence, renvoyait à la vieille fille l'imas^e troublée dés métamorphoses humaines. Plus de cheveux de miel qu'en se jouant jadis elle enroulait à la g-râce de son poignet frag"ile... Mais deux bandeaux sévères qui évoquaient ces autres bandeaux qui servent à ensevelir les morts... Plus de sourire clair comme un jardin d'Avril sur la joue épanouie, mais le sillon que forme peu à peu l'amère coulée des larmes.

Que la paix de Dieu descende sur ces existences anciennes qui ont pour moi la jeunesse encore de cette rose où ruisselle un pleur si pur que l'on hésite entre la g-outte de rosée et la larme d'une enfant confuse de son premier émoi !

Que l'on est bien, ici, pour vénérer les morts et se les remémorer quotidiennement ! Pas une averse bruissant sur les dômes des bois, pas un arc-en-ciel qui se voûte sur le village assombri, pas une clarine pastorale perdue dans le vent d'automne qui ne livre à mon esprit un sujet de méditation,

... Ici, pensé-je, dans cette petite caverne tapissée de fougères, de violettes, ils durent se réfugier parfois pour laisser passer la frémissante ondée... Et c'est alors que flotta dans le dernier ruissellement de l'orage l'écharpe diaprée d'Iris... Là me dis-je encore, dans ce coin isolé du parc, la jeune fille rêva peut-être de celui qui, dans la grotte, lui avait paru le plus charmant. Et, tandis qu'elle interrogeait sa mélancolie, voici que la cloche d'un agneau perdu lui répondit...

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