SUR UN REVE
L'espoir renaîtra-t-il ? me demandé-je.
Et, exalté par ma pensée, j'écrivais que le rayon d'une aurore orang-e avait illuminé soudain les pag-es de mon Cervantes. Ce matin, je ressens la même lumière. Ainsi arrive-t-il parfois que l'on se retrouve à l'endroit et à l'heure dont on se croyait loin.
L'espoir est toujours incertain, mais mon âme est ivre d'un rêve si réel que je ne sais point si ceux qui s'opposent à mon désir n'auraient point le droit de se montrer émus. Car ils ne feront point que, durant un sieste
d'été, tandis que je succombais à la douleur, elle ne soit venue. Elle s'est assise, claire et blonde, à l'ang-le droit du canapé. A ce moment, le jardin de deux heures n'était que ce qu'il était hors de mon rêve : un crépitement de feu. On vint secouer mon sommeil fiévreux. On me dit : « Tu t'es endormi, il y a cinq minutes, en proie à ce cauchemar qu'elle n'était point là. Mais elle est là, dans la fraîcheur du salon. Eveilletoi, ô dormeur de midi ! Tu n'as qu'à descendre l'escalier et tu seras près d'elle... »
Et je revins à moi comme le bœuf que l'on n'a pas frappé assez fort pour l'assommer.
Quel supplice inventeriez-vous plus raffiné, et comment voudriez-vous que l'esprit qui est passé par de telles flammes n'incendiât point ce qui l'approche? Soyez loué, mon Dieu, de ce que vous n'avez pas voulu que mon âme fondît comme un plomb sous
ce feu ? Vous permettez que je tienne une torche qui brûlerait jusqu'aux os les doig'ts de la plupart des hommes. Mais je ne mettrai pas le feu à la maison, car pas à pas j'avance dans le Royaume de la Sag-esse. J'élèverai ce flambeau où se consume ma passion et, à sa lueur, je reg'arderai curieusement la face des autres. Puis, à Taube, je g-ag'nerai la lande et, sur la bruyère rose, parmi les perdrix et les lièvres, je bondirai de joie.