SUR LA FONTAINE
Mon vieux Jean de La Fontaine, toi, tu avais du bon sens, mais tu dus en souffrir rudement. Je sais bien. . . on parle de tes bienfaitrices... M^^e de La Sablière... M""® de Bouillon... Qui sais-je encore ?
Mais tu m'avoueras que, lorsqu'ils ont l'air d^ nous faire honneur en nous rendant service, nos admirateurs sont bien écœurants... Je t'évoque, par une belle matinée, sur la bordure d'une prairie qu'arrose une lente rivière bleue. Ton tricorne, légèrement râpé, glisse sous les chênes. Une fleur de sainfoin
brille à tes souliers dont une boucle manqiîc. Ta perruque n*est pas très bien soignée. Tu roules en toi mille vexations. Ce M. du Haubert est insupportable... La femme de chambre s'est moquée de toi... Tu n'avoueras à personne que tu as été souffrant cette nuit... Mais que ce lapin que tu aperçois est gentil , et combien son innocence te console de la morgue du gros cheval de M. de Bouffour! Voyons... Redisons ensemble ces vers que tu donneras à Madame... en guise de cadeau, puisque tu n'as plus dans la poche de ton gilet qu'un morceau de noix muscade :
Que n'ose et que ne peut l'amitié violente I Cet autre sentiment que l'on appelle amour Mérite moins d'honneur; cependant chaque jour
Je le célèbre et je le chante.
Hélas ! il n'en rend pas mon âme plus contente!
Vous protégez sa sœur, il suffît...
DES GUEPES
J'ai tendu mon esprit vers l'existence de ces guêpes qui creusent des terriers dans l'ailée du jardin. Je les ai contemplées, tellement que je pensais me laisser enlever comme l'une d'elles.
A l'embouchure du petit cône qu'elles dressent, je prenais g-arde qu'aucun ennemi ne me guettât. Enfin, j'avais pris mon vol. Et moi-même je me grisais de mon bourdonnement, allant de fleur en fleur, ignorant ce que j'étais, ne sachant autre chose que de saupoudrer mes pattes du pollen des fleurs.
Et ce qui me disait qu'il fallait rentrer au terrier, c'était le poids même du pollen. Et ce qui me disait qu'il fallait de nouveau sortir, c'était Tallègement que je ressentais à m'être débarrassé au fond de la galerie de ce pollen, c'était je ne sais quoi à quoi j'obéissais sans contrainte, c'était Fodeur des miels cuits par le soleil, et la petite fenêtre d'azur que je ressentais au-dessus de moi. Rien ne contrariait mes désirs, aucune intelîig-ence. J'étais comme l'élément même dans lequel je vivais, comme un morceau de soleil, com.me un morceau de terre, comme un morceau de fleur. Je ne savais plus ce que je ïa.issiis parce que Je le faisais — et je ne sus point ce qui m'arrivait lorsqu'un instant, à la cime d'un ormeau, mon bourdonnement se fit plus aig-u...