‹ Pensées (volume 2)Chapitre 253 sur 306 · COMPARAISON · texte numérisé non relu

COMPARAISON

DES CHRÉTIENS DES PREMIERS TEMPS AVEC CEUX d'aujourd'hui'

Dans les premiers temps, les chrétiens étaient parfaitement instruits dans tous les points nécessaires au salut; au lieu que l'on voit aujourd'hui une ignorance si grossière, qu'elle fait gémir tous ceux qui ont des sentiments de tendresse pour l'Église.

On n'entrait alors dans l'Eglise qu'après de grands travaux et de longs désirs. On s'y trouve maintenant sans aucune peine, sans soin et sans travail.

On n'y était admis qu'après un examen très exact. On y est reçu maintenant avant qu'on soit en état d'être examiné.

On n'y était reçu alors qu'après avoir abjuré sa vie passée, qu'après avoir renoncé au monde, et à la chair, et au diable. On y entre maintenant avant qu'on soit en état de faire aucune de ces choses.

Enfin, il fallait autrefois sortir du monde pour être reçu dans l'Église; au lieu qu'on entre aujourd'hui dans l'Église au même temps que dans le monde. On connaissait alors par ce procédé une distinction essentielle du monde d'avec l'Église. On les considérait comme deux contraires, comme deux ennemis irrréconciliables, dont l'un persécute l'autre sans discontinuation, et dont le plus faible en apparence doit un jour triompher du plus fort; en sorte que de ces deux partis contraires on quittait l'un pour entrer dans l'autre; on abandonnait les maximes de l'un pour embrasser les maximes

I. Ce fragment, sans doute inspiré par la lecture du livre d'Arnauld sur la Fréquente communion, peut dater de l'époque où Pascal mûrissait sous l'influence de Port-Royal ses projets de conversion (1654). Le ton général en est grave et austère, mais sans

nulle trace d'esprit proprement janséniste, puisque, en regrettant l'ancienne discipline de l'Église, l'auteur ne fait qu'exprimer le très légitime désir de voir donner aux jeunes chrétiens une plus forte et plus solide instruction religieuse.

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