COMPARAISON DES CHRÉTIENS
dignes de recevoir le baptême sans ces dispositions, ceux qui ne les trouvent pas en eux
11 faut donc qu ils se soumettent à recevoir l'instruction qu'ils auraient eue s'ils commençaient à entrer dans la communion de l'Eglise; il faut de plus qu'ils se soumettent à une pénitence continuelle, et qu'ils aient moins d'aversion pour l'austérité de leur mortification, qu'ils ne trouvent de charmes dans l'usage des délices empoisonnées du péché
Pour les disposer à s'instruire, il faut leur faire entendre la différence des coutumes qui ont été pratiquées dans l'Eglise suivant la diversité des temps
Qu'en l'Église naissante on enseignait les catéchumènes, c'est-à-dire ceux qui prétendaient au baptême, avant que de le leur conférer; et on ne les y admettait qu'après une pleine instruction des mystères de la religion, qu'après une pénitence de la vie passée, qu'après une grande connaissance de la grandeur et de l'excellence de la profession de la foi et des maximes chrétiennes où ils désiraient entrer pour jamais, qu'après des marques éminentes d'une conversion véritable du cœur, et qu'après un extrême désir du baptême'. Ces choses étant connues de toute l'Église, on leur conférait le sacrernenî d'incorporation par lequel ils devenaient membres de l'Église; au lieu qu'en ces temps le baptême ayant été accordé aux enfants avant l'usage de la raison, par des considérations très importantes, il arrive que la négligence des parents laisse vieillir les chrétiens sans aucune connaissance de la grandeur de notre religion.
Quand l'instruction précédait le baptême, tous étaient instruits; mais maintenant que le baptême précède l'instruction, l'enseignement qui était nécessaire est devenu volontaire, et ensuite négligé et presque aboli. La véritable raison de cette conduite est qu'on est persuadé de la nécessité du baptême, et on ne l'est pas de la nécessité de l'instruction. De sorte que, quand l'instruction précédait le baptême, la nécessité de l'un faisait que l'on avait recours à l'autre nécessairement; au lieu que, le baptême précédant aujourd'hui l'instruction, comme on a été fait chrétien sans avoir
I. Cette conception légèrement Ifléaliste des premiers siècles de l'Église est particulièrement propre à P. R., et les principaux historiens de cette école, comme Hermant et Le
Nain de Tillemont, n'ont fait pour ainsi dire que l'appuyer de preuves et la développer dans leurs savants ouvrages.
été instruit, on croit pouvoir demeurer chrétien sans se faire
instruire Et qu'au lieu que les premiers chrétiens témoi-'
gnaient tant de reconnaissance envers l'Eglise pour une grâce qu'elle n'accordait qu'à leurs longues prières, ils témoignent aujourd'hui tant d'ingratitude pour cette même grâce, qu'elle leur accorde avant même qu'ils aient été en état de la demander. Et si elle détestait si fort les chutes des premiers, quoique si rares, combien doit-elle avoir en abomination les chutes et rechutes continuelles des derniers, quoiqu'ils lui soient beaucoup plus redevables, puisqu'elle les a tirés bien plus tôt et bien plus libéralement de la damnation où ils étaient engagés par leur première naissance! Elle ne peut voir, sans gémir, abuser de la plus grande de ses grâces, et que ce qu'elle a fait pour assurer leur salut devienne l'occasion presque assurée de leur perte, car elle n'a pas'...
I. On voit apparaître dès cet écrit l'idée capitale qui sera le principe même de la conversion de Pascal, c'est à savoir que l'esprit du monde est incompatible avec l'esprit chrétien, et que la véritable vie religieuse ;
implique dans une certaine mesure le renoncement et l'ascétisme. Sur cette apposition radicale du monde et de l'Évangile, cf. aussi la V= et la VI Provinciales.