‹ Pensées (volume 2)Chapitre 283 sur 306 · LETTRE SUR LA MORT D ETIENNE PASCAL · texte numérisé non relu

LETTRE SUR LA MORT D ETIENNE PASCAL

rend à Dieu tout l'hommage dont elle est capable, en s'anéantissant devant les yeux de sa majesté, et en adorant sa souveraine existence, qui seule existe réellement. Il est vrai qu'il y a une autre partie, après la mort de l'hostie, sans laquelle sa mort est inutile ; c'est l'acceptation que Dieu fait du sacrifice. C'est ce qui est dit dans l'Écriture : Et odoratus est Domimis suavitatem : « Et Dieu a odoré et reçu l'odeur du sacrifice, m C'est véritablement celle-là qui couronne l'oblation ; mais elle est plutôt une action de Dieu vers la créature, que de la créature envers Dieu, et n'empêche pas que la dernière action de la créature ne soit la mort.

Toutes ces choses ont été accomplies en Jésus-Christ. En entrant au monde, il s'est offert : Obtiilit semetipsiim per spiritum sanctum. Ingrediens mmidiini, dixit: Hostiain tiolitisti... Tune dixi... Eccevenio. In capite, etc. '. Il s'est ofi'ert par le Saint-Esprit. En entrant au monde, Jésus-Christ a dit : Seigneur, les sacrifices ne te sont point agréables; mais tu m'as donné un corps. Lors j'ai dit : Voici que je viens pour faire, ô Dieu, ta volonté, et ta loi est dans le milieu de mon cœur. » Voilà son oblation. Sa sanctification a été immédiate de^ son oblation. Ce sacrifice a duré toute sa vie, et a été accompli par sa mort. Il a fallu qu'il ait passé par les souffrances, pour entrer en sa gloire. Et, quoiqu'il fût Fils de Dieu, il a fallu qu'il ait appris l'obéissance. Mais au jour de sa chair, ayant crié avec grands cris à celui qui le pouvait sauver de mort, il a été exaucé pour sa révérence. Et Dieu l'a ressuscité, et envoyé sa gloire, figurée autrefois par le feu du ciel qui tombait sur les victimes, pour brûler et consumer son corps, et le faire vivre spirituel de la vie de la gloire. C'est ce que Jésus-Christ a obtenu, et qui a été accompli par sa résurrection.

Ainsi ce sacrifice étant parfait par la mort de Jésus-Christ et consommé même en son corps par sa résurrection, où l'image de la chair du péché a été absorbée par la gloire, Jésus-Christ avait tout achevé de sa part; il ne restait sinon que' le sacrifice fût accepté de Dieu ; que, comme la fumée s'élevait et portait l'odeur au trône de Dieu, aussi Jésus Christ lut, en cet état d'immolation parfaite, offert, porté et reçu au trône de Dieu même; et c'est ce qui a été accompli en l'ascension, en laquelle il est monté, et par sa propre force, et, par la force de son Saint-Esprit qui l'environnait de toutes parts, il a été enlevé ; comme la fumée des victimes, fi.gures de Jésus-Christ, était portée en haut par l'air qui la soutenait, figure du Saint-Esprit; et les Actes des apôtres nous marquent expressé-

I. « Le Christ, entrant dans le monde, a dit : Tu n'as voulu ni sacrifice, ni offrande, mais tu m'.is formé un corps ; tu n'as agréé ni holocaustes ni sacrifices pour le péché.

Alors j"ai dit : Voici, je viens (puisque dans le rouleau du livre il est ques-

tion de moi) pour faire, ô Dieu, ta volonté. » {Hab. 10, 5.)

Page 1