I. Cf. ^fyst. de Je: us, l
LETTRE SUR LA MORT d'eTIENNE PASCAL 38^5
Voilà les admirables conduites de la sagesse de Dieu sur le salut des saints; et saint Augustin nous apprend sur ce sujet que Dieu en a disposé de la sorte, de peur que si le corps de l'homme fût mort et ressuscité pour jamais dans le baptême, on ne tut entré dans l'obéissance de l'Évangile que par l'amour de la vie; au lieu que la grandeur de la foi éclate bien davantage lorsque l'on tend à l'immortalité parles ombres de la mort'.
Voilà certamemeni quelle es. nuire créance; et la foi que nous professons ; et je crois qu'en voilà plus qu'il n'en faut pour aider vos consolations par mes petits efforts. Je n'entreprendrais pas de vous porter ce secours de mon propre^, mais comme ce ne sont que des répétitions de ce que j'ai appris, je le fais avec assurance en priant Dieu de bénir ces semences, et de leur donner de l'accroissement, car sans lui nous ne pouvons rien faire, et ses plus saintes paroles ne prennent point en nous, comme il l'a dit lui-même '.
Ce n'est pas que je souhaite que vous soyez sans res<:entiment *. Le coup est trop sensible; il serait même insupp. ri ble sans un secours surnaturel. Il n'est donc pas juste que nous bayous sans douleur, comme des anges qui n'ont aucun sentiment de la nature; mais il n'est pas juste aussi que nous soyons sans consolation, comme des païens qui n'ont aucun sentiment de la grâce, mais il est juste que nous soyons affligés et consolés comme chrétiens, et que la consolation de la grâce l'emporte par dessus les sentiments de la nature ; que nous disions comme les apôtres : « Nous sommes persécutés et nous bénissons », afin que la grâce soit non seulement en nous, mais victorieuse en nous; qu'ainsi, en sanctifiant le nom de notre Père, sa volonté soit faite la nôtre; que sa grâce règne et domine sur la nature, et que nos afflictions soient comme la matière d'un sacrifice, que sa grâce consomme * et anéantisse pour la gloire de Dieu: et que ces sacrifices particuliers honorent et préviennent le sacrifice universel où la nature entière doit être consommée par la puissance de Jésus-Christ. Ainsi nous tirerons avantage de nos propres imperfections, puisqu'elles serviront de matière à ces holocaustes ; car c'est le but des vrais chrétiens de profiter de leurs propres imperfections, parce que « tout coopère en bien pour les élus s ».
Et si nous y prenons garde de près, nous trouverons de grands avantages pour notre édification, en insidérant la chose dans la vérité comme nous avons dit tantôt, ^..r, puisqu'il est véritable que la mort du corps n'est que l'image de celle de l'âme, et que nous bâtissons sur ce principe, qu'en cette rencontre nous avons tous les
1. V. Gc, 5. — L'idée est de saint Augustin, Civ. D., .\Ill. 4.