‹ Pensées (volume 2)Chapitre 289 sur 306 · Six ans plus tôt, en 1645, Et · texte numérisé non relu

Six ans plus tôt, en 1645, Et

Perler, s'étant cassé la jambe, reçut la visite de deux gentilshommes qui lui prêtèrent des livres de piété, notamment VAugustinus de Jansénius, les Lettres spirituelles de Saint-Cyran, le Traité de la fréquente communion d'Arnauld et déterminèrent ainsi sa conversion et celle de toute sa famille.

2. On a cru trouver quelque dureté dans ci-tte consolation d'un frère à sa sœur. C'est mal reconnaître ce que l'austère christianisme de Pascal cache en réalité de tendresse fraternelle et de filiale piété. Il esta peine besoin, pour le faire ressortir, de rappeler quelles

réflexions vers le même temps Descartes soumettait à l'un de ses amis, affligé de la perte de son frère : « Il y a, ce me semble, beaucoup de rapport entre la perte d'une main et la perte d'un frère : vous avez ci-devant souffert la première (il avait été mutilé en combattant) sans que j'aie jamais remarqué que vous en fussiez affligé; pourquoi le seriez-vous de la seconde?... » Ce serait le cas d'appliquer à Descartes le mot de Descartes luimême : « Ce n'est pas assez d'avoir l'esprit bon, le principal est de l'appliquer bien. »

3. Dans son Commentaire de la Genèse contre les Manichéens, II, 20.

CORRESPONDAN'CE

II. — LETTRE DE PASCAL A LA REIKE CHRISTINE ' EN LUI ENVOYANT" SA MACHINE ARITHMÉTIQ.UE

Madame,

Si j'avais autant de santé que de zèle, j'irais moi-même présenter à Votre Majesté un ouvrage de plusieurs années, que j'ose lui offrir de si loin ; et je ne souffrirais pas que d'autres mains que les miennes^ eussent l'honneur de le porter aux pieds de la plus grande princesse du monde. Cet ouvrage. Madame, est une machine pour faire les règles d'arithmétique sans plume et sans jetons. Votre Majesté n'ignore pas la peine et le temps que coûtent les productions nouvelles, surtout lorsque les inventeurs veulent les porter eux-mêmes à la dernière perfection ; c'est pourquoi il serait inutile de dire combien il y a que je travaille à celle-ci ; et je ne peux mieux l'exprimer qu'en disant que je m'y suis attaché avec autant d'ardeur que si j'eusse prévu qu'elle devait paraître un jour devant une personne si auguste. Mais, Madame, si cet honneur n'a pas été le véritable motif démon travail, il en sera du moins la récompense, et je m'estimerai trop heureux si, ensuite de 3 tant de veilles, il peut donner à Votre Majesté une satisfaction de quelques moments. Je n'importunerai pas non plus Votre Majesté du particulier* de ce qui compose cette machine : si elle en a quelque curiosité, elle pourra se contenter dans un discours que j'ai adressé à M. Bourdelot ; j'y ai touché en peu de mots toute l'histoire de cet ouvrage, l'objet de son invention, l'occasion de sa recherche, l'utilité de ses ressorts, les ditïicultés de son exécution, les degrés de son progrès, le succès de son accomplissement et les règles de son usage. Je dirai donc seulement ici le sujet qui me porte à l'offrir à Votre Majesté, ce que je considère comme le couronnement et le dernier bonheur de son aventure. Je sais. Madame, que je pourrai être suspect d'avoir recherché de la gloire en la présentant à Votre Majesté, puisqu'elle ne saurait passer que pour extraordinaire, quand on verra qu'elle s'adresse à elle, et qu'au lieu qu'elle ne devrait lui être offerte que

I. Fille et digne héritière de Gustave-Adolphe, Christine, reine de Suède, ne déploya pas seulement des qualités toutes viriles dans la direction des affaires politiques, elle montra le goût le plus vif pour la philosophie et les sciences. Convertie au catholicisme en 1655, elle se souilla peu après du sang de Monaldeschi à Fontainebleau, et mourut à Rome en

2. Le médecin français Bourdelot, alors en faveur auprès de Christine, fut l'intermédiaire de Pascal. On sait que Descartes, moins prudent que l'inventeur de la machine arithmétique, se laissa attirer à Stockholm, dont il ne put supporter le climat rigoureux.

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