CHAPITRE II
• n\«:i I -H>\S 1>E DIFFÉRENTS RAPI*ORT> Uillts-Ks A l'U SIEURS SOCIÉTÉ^ SAVANTES.
Trois compagnies savantes en France ont été successivement saisies de la question du magnétisme animal, i° l'ancienne Académie des sciences en mars 1784; 20 l'ancienne Société royale de médecine en août 1784 d'abord, puis dans la séance du 22 octobre delà même année, lorsque Thouret fut chargé de rendre compte des différentes lettres et mémoires que la Société avait reçus de ses associés et correspondants à ce sujet; 3° l'Académie royale de médecine en février 182G.
C'est l'autorité qui prit l'initiative en 1784; le roi n'avait d'abord nommé que des médecins de la Faculté de Paris, savoir : Borié, Sallin, Darcet et Guillotin, pour lui rendre compte du magnétisme animal pratiqué par un M. Deslon ; mais, sur la demande de ces quatre académiciens, le roi leur adjoignit cinq membres de l'Académie royale des sciences, Franklin, Leroy. Bailly, de Bory et Lavoisier. Bory étant mort dès le co i.menceraent du travail des commissaires, Majeault, docteur de la Faculté, fut désigné pour le remplacer.
Le magnétiseur Deslon, disciple de Mesmer, s'était engagé envers les commissaires, i° à constater l'existence du magnétisme animal; 2°à communiquer ses connaissances sur cette découvert»' :
3° à prouver son utilité dans la cure des maladies.
Rien n'était plus facile que d'exposer aux commissaires une théorie dite du magnétisme animal et certaines manœuvres dites pratiques. C'est ce que Deslon ne manqua pas de faire ; mais il fallait en apprécier les effets. Pour cela les commissaires de l'Académie des sciences résolurent d'abord de se faire magnétiser eux-mêmes, avec cette condition expresse de n'admettre aucun étranger dans le lieu des séances.; de pouvoir discuter entre eux librement leurs observations, et d'être dans tous les cas les seuls ou du moins les premiers juges de ce qu'ils auraient observé.
Ces expériences eur< nt lieu avec ces conditions, et il resta bien constaté qu'aucun des commissaires n'avait rien senti ou du moins n'avait rien éprouvé qui lut de nature à être attribué à l'action du magnétisme.
Sept malades furent ensuite réunis à Passy chez Franklin, et magnétisés en présence de tous les commissaires. Ces malades appartenaient aux dernières classes de la société ; d'autres furent choisis dans des conditions sociales plus élevées; puis on fit magnétiser des enfants, afin de varier autant que possible les conditions individuelles. Or dantoutes ces expériences les commissaires acquirent la conviction que l'imagination faisait tout, que le magnétisme était nul.
Les attouchements, ajoute le rapporteur, l 'imagination, l'imitation, telles sont les vraies causes des effets attribués à cet agent nouveau connu sous le nom de magnétisme animal, à ce fluide
M M. NI riSME ANIMAI..
que l'on dit circuler dans le corps et se communiquer d'individu à individu.
i ONCLUSlONS DERNIÈRES.
Le fluide magnétique n'existe pas, le magnétisme animal est nul, et les moyens employés pour le mettre en action sont dangereux.
Signé Benjamin Franklin, Majeault, Leroy, Bailly, Salltn, Darcet, de
BORY, GuiLEOTiNj IiAVOISIER.
\ Paris, ce 1 1 aoûl 1784.
Nous ne vous parlerons ni du rapport secret ni du rapport de Jussieu : ce dernier avait une opinion individuelle ; nous n'avons à nous occuper que des rapports discutés et adoptés par des majorités académiques. Cep ndant la Société royale de médecine ne pouvait rester étrangère aux débats qu'excitait alors la question du magnétisme animal; le gouvernement avait aussi choisi dans s n sein des commissaires éclairés; et ceux-ci eurent en conséquence à rédiger un rapport sur ce sujet à peu près à la même époque. Ces commissaires étaient Poissonnier, Caille, Mauduyt et Andry.
La commission médicale crut devoir procéder ain-i qu'il suit :
0 Deslon fit prononcer un discours par La fisse sur les principes de sa méthode.
2° Lafisse, autorisé par Deslon. donne par écrit
aux commissaires l'énoncé du principe contenu
dans son discours.
5° Deslon et Lafisse exécutent devant les commissaires les différentes manipulations usitées dans l'emploi du magnétisme animal, et instruisent les commissaires à les mettre eux-mêmes en pratique.
4° Les commissaires observent chez Deslon les effets du prétendu magnétisme animal sur des malades qu'il y avait soumis.
5° Les commissaires se réunissent plusieurs fois chez l'un d'eux pour magnétiser les malades, et pour observer en prenant toutes les précautions qu'ils jugent nécessaires les effets que pouvait produire cette méthode.
Les nombreux malades soumis par les commissaires aux expériences dites magnétiques avaient été divisés, dit le rapport, en trois classes ou sections : i°ceux dont les maux étaient évidents; 2° ceux dont les maux légers consistaient en des affections vagues ; 5° les mélancoliques.
Pour ce qui est des premiers malades, c'est à dire des vrais malades, les commissaires déclarent qu'ils n'ont vu aucun d'eux guéri ou même notamment soulagé, bien qu'ils les aient suivis pendant près de quatre mois, et que, d'après ce qui leur a été dit, quelques-uns fussent traités depuis plus d'une année.
Quant aux malades de la seconde classe, quelques-uns n'ayant plus d'appétit auraient fait de meilleurs digestions ; pour ce qui est des mélancoliques ou hypocondriaques, les commissaires disent que tout médecin sait combien peu il faut compter sur leur témoignage.
■AfiNÛHJSMS ANIMAL. 555
Revenant ensuite sur les deux parties de leur travail, c'est à dire sur la question théorique et sur les questions de fait, les commissaires en déduisent ces conclusions : Que la théorie du magnétisme animal est un système absolument dénué de preuves, que les moyens employés pour le mettre en action peuvent devenir dangereux, et que les traitements faits par ces procédés peuvent déterminer des aceidents spasmodiques etconvulsifs très graves.
A Paris, ce 15 août 1784.
Signé Poissonnier, Caille, Mauduyt et Andry
A partir de cette époque un long silence règne dans les académies et dans toutes les sociétés savantes sur le magnétisme animal; de grands événements avaient d'ailleurs distrait les esprits de ces sortes de questions ; ce n'est donc que beaucoup plus tard et pendant les loisirs de la restauration, après plus de quarante années, que la question du magnétisme animal fut agitée dans le sein de cette académie. Cette fois ce ne fut pas le gouvernement qui prit l'initiative ; il ne s'agissait plus d'un mouvement comme celui qui s était opéré en i;8'i; c'est un médecin, M. Foissac, qui adressa le 1 1 octobre 1825 une lettre à l'Académie royale de médecine, lettre dan^ laquelle il demandait à ce corps mt s'il ne serait pas dans ses attributions de recommencer l'examen du magnétisme animal.
35G PENSÉES Ii'lN CHOYANT CATHOLIQUE.
L'Académie prit cette demande en considération, et sur le rapport d'une commission spéciale dts commissaires furent désignés pour se livrer de nouveau à l'examen du magnétisme animal. (Extrait de la Revue médicale,, septembre 1857.)
Voici les conclusions de ce fameux rapport d'après M. Bouillaud :
i°Les moyens qui sont extérieurs et visibles ne sont pas toujours nécessaires pour opérer les effets magnétiques, puisque dans plusieurs occasions la volonté, la fixité du regard ont suffi pour produire ces phénomènes, même à l'insu des magnétisés.
20, 5°, 4° Le temps nécessaire pour transmettre et faire éprouver l'action magnétique a varié depuis une minute jusqu'à une demi-heure. Le magnétisme n'agit pas en général sur les personnes bien portantes; il n'agit pas non plus sur tous les "malades. Il se déclare quelquefois pendant qu'on magnétise des effets fréquents, insignifiants, que la commission n'attribue pas au magnétisme seul, tels qu'un peu d'oppression, de chaleur et de froid, et quelques autres phénomènes nerveux, dont on peut se rendre compte sans l'intervention d'un agent particulier, savoir, par l'espérance ou la crainte, la prévention d'une chose inconnue et nouvelle, l'ennui qui résulte de la monotonie des gestes, le silence et le repos observés dansles expériences; enfin par l'imagination, qui exerce un si grand empire sur certains esprits et sur certaines organisations.
5° Les effets produits par le magnétisme sont très variés :il agite les uns, calme les autres; le plus ordinairement il cause l'accélération momentanée
MAI.M.IISMI. IMHAL. 35/
delà circulation, des mouvements convulsifs fibrillaires, passagers, ressemblant à des secousses électriques, un engourdissement plus ou moins profond, de l'assoupissement, de la somnolence ; et, dans un petit nombre de cas, ce que les magnétiseurs appellent somnambulisme.
6° L'existence d'un caractère unique propre a faire reconnaître clans tous les cas la réalité de l'état de somnambulisme n'a pas été constatée; cependant on peut conclure avec certitude que cet état existe quand on voit se développer les facultés nouvelles qui ont été désignées sous le nom de clairvoyance, d 'intuition, de prévoyance., de prévision intérieure, ou bien de grands changements dans l'état physiologique., comme l'insensibilité, un accroissement subit et considérable des forces, et que cet effet ne peut être rapporté à une autre cause.
7° Comme parmi les effets attribués au somnambulisme il en est qui peuvent être simulés, le somnambulisme lui-même peut quelquefois être simulé, et fournir au charlatanisme des moyens de déception.
8° Le sommeil provoqué avec plus ou moins de promptitude et établi à un degré plus ou moins profond est un effet réel, mais non constant, du magnétisme ; il est démontré à la commission qu'il a été provoqué dans des circonstances où les magnétisés n'ont pu voir et ont ignoré les moyens employés pour le déterminer.
9° Lorsqu'on a fait tomber une fois une personne dans le sommeil magnétique on n'a pas toujours
besoin de recourir au contact et aux passes pour la magnétiser de nouveau : le regard du magnétiseur, sa volonté seule ont sur elle la même influence; on peut non seulement agir sur le magnétisé, mais encore le mettre complètement en somnambulisme, et l'en faire sortir à son insu, hors de sa vue, à une certaine distance et au travers des portes.
io° Il s'opère ordinairement des changements plus ou moins remarquables dans les perceptions et les facultés des individus qui tombent en somnambulisme par l'effet du magnétisme. Quelquesuns au milieu du bruit des conversations confuses n'entendent que la voix de leur magnétiseur; plusieurs répondent d'une manière précise aux questions que celui-ci ou que les personnes avec lesquelles on les a mis en rapport leur adressent; d'autres entreliennent des conversations avec toutes les personnes qui les entourent. Toutefois il est rare qu'ils entendent ce qui se passe autour d'eux. La plupart du temps ils sont complètement étrangers au bruit extérieur inopiné fait à leurs oreilles, tel que le retentissement de vases de cuivre vivement frappés près d'eux, etc. Les yeux sont fermés ; les paupières cèdent difficilement aux efforts qu'on fait pour les ouvrir. Cette opération, qui n'est pas sans douleur, laisse voir le globe de l'œil convulsé, porté vers le haut et quelquefois vers le bas de l'orbite. Quelquefois l'odorat est comme anéanti; on peut leur faire respirer l'acide hydrochlorique ou l'ammoniaque sans qu'ils s'en aperçoivent. Néanmoins quelques-uns sont sensibles aux odeurs. La plupart des somnambules vus par la commission
étaient complètement insensibles : on pouvait leur chatouiller les pieds, les narines et l'angle des yeux par l'approche d une plume, leur pincer la peau de manière à l'ecchymoser, les piquer sous l'ongle avee des épingles enfoncées à l'improviste et à une assez grande profondeur sans qu'ils en témoignassent de la douleur. Une malade enfin a été insensible à une des opérations les plus douloureuses de la chirurgie (amputation d'un sein cancéreux).
ii° Le magnétisme agit avec la même intensité et la même promptitude à une distance de six pieds que de six pouces. L'action à distance ne parait pouvoir s'exercer avec succès que sur des individus qui ont déjà été soumis au magnétisme.
12° La commission n'a pas vu qu'une personne magnétisée pour la première fois tombât en somnambulisme; ce n'a été quelquefois qu'à la huitième ou dixième séance que le somnambulisme s'est déclaré, et il a été constamment précédé du sommeil ordinaire, qui est le repos des sens, des facultés intellectuelles et des mouvements volontaires.
i3° Pendant leur somnambulisme les magnétisés conservaient l'exercice des facultés qu'ils avaient pendant la veille; leur mémoire paraissait même plus fidèle et plus étendue. A leur réveil ils disaient avoir oublié totalement toutes les circonstances de l'état de somnambulisme.
140 Les forces musculaires des somnambules étaient quelquefois engourdies et paralysées; d'autres fois les mouvements n'étaient pas gênés, et 1rs -< .Minambulcs marchaient en chancelant à la ma-
3t)0 PENSÉES D'UN CROYANT CATHOLIQUE.
nière des hommes ivres, tantôt sans éviter, tantôt en évitant les obstacles placés sur leur passage; quelques somnambules conservaient intact l'exercice de leurs mouvements, ou même étaient plus forts ou plus agiles que dans l'état de veille.
i5° Les commissaires ont vu deux somnambules distinguer les yeux fermés les objets que l'on a placés devant eux; ils ont désigné sans les toucher la couleur et la valeur des cartes; ils ont lu des mots tracés à la main ou quelques lignes de livres que l'on a ouverts au hasard. Ce phénomène a eu lieu alors même qu'avec les doigts on fermait exactement l'ouverture des paupières.
i6° La commission a rencontré chez, deux somnambules la faculté de prévoir des actes de l'organisme plus ou moins éloignés, plus ou moins compliqués. L'un d'eux annonça plusieurs mois d'avance le jour, l'heure, la minute de l'invasion et du retour d'accès épileptiques (i); l'autre indiqua l'é-
(1) On est stupéfait d'étonnement quand on voit la commission de l'Académie royale de médecine fonder ses conclusions sur des faits qu'elle sait pouvoir être simulés. Quelles convictions peuvent donner dans l'esprit des lecteurs ces prévisions d'accès épileptiques ou de guérisons de paralysie à terme fixe , si l'on ne prouve avant tout qu'il n'y a eu aucune supercherie possible de la part des magnétisés? J'aime bien mieuv croire qu'un somnambule magnétique a menti que de me persuader qu'il connaît avec certitude l'avenir.
Plus haut, à la septième conclusion, les commissaires conviennent que le somnambulisme lui-même peut être simulé. Quel sera donc le caractère certain, le critérium de certitude magnétique? Pourquoi n'y a-t-il pas une bouteille magnétique chargée et saturée de fluide animal impondérable comme la bouteille de Leyde de lluide électrique? Pourquoi le magnétisme est-il nul sur les ani-
poquo de sa guérison : leurs prévisions se sont réalisées avec une exactitude remarquable; elles n'ont paru s'appliquer qu'à des actes ou à des lésions de l'organisme.
170 Les commissaires n'ont vu qu'une somnambule qui ait indiqué les symptômes de la maladie de trois personnes avec lesquelles on l'avait mise en rapport.
180 Pour établir avec justesse les effets thérapeutiques du magnétisme il faudrait avoir expérimenté sur un grand nombre d'individus; cela n'ayant pas eu lieu, la commission s'est bornée à dire ce qu'elle a vu un trop petit nombre de fois pour oser prononcer. Quelques-uns des malades magnétisés n'ont ressenti aucun bien, d'autres ont éprouvé un soulagement plus ou moins marqué; savoir, l'un la suspension de douleurs habituelles, l'autre le retour des forces; le troisième un retard de plusieurs mois dans l'apparition d'accès épileptiques, et un quatrième la guérison complète d'une paralysie grave et ancienne.
L'Académie royale de médecine a nommé dernièrement une nouvelle commission, qui s'est assemblée le 27 février 1857, à l'effet d'examiner les expériences du magnétiseur M. Berna. Voici les conclusions de ce rapport.
mau\, qui ont pourtant comme nous un système nerveux et un principe scnsitil.'
On verra plus loin combien ces conclusions étaient propres à compromettre l'honneur de l'Académie.