II MA VIE
temps-là. pétais naturellement sauvage et concentrée. Les rares caresses auxquelles j'étais exposée m'étaient insupportables; je leur préférais cent fois les rebuffades. Cellesci, d'ailleurs, ne me manquaient pas, surtout de la part de ma mère. La pauvre jeune femme s'ennuyait horriblement dans la solitude où son mari l'avait confinée, et était toujours de mauvaise humeur. Mes meilleurs moments étaient ceux que je passais assise dans un coin du jardin à regarder s'agiter les moucherons, les fourmis et autres in~ sectes, les cloportes surtout. Je me sentais une sympathie toute particulière pour cette petite béte laide et craintive. J'aurais voulu, comme elle, pouvoir me replier sur moimême et me dissimuler. De ce commerce il m'est resté une grande tendresse pour tout ce qui a vie Quant aux enfants de mon âge, je les évitais, ne sachant ni jouer ni me défendre.
J'eus toutes les peines du monde à apprendre à lire, malgré ma bonne volonté et mon extrême désir de savoir. Je me souviens encore des regards de convoitise que je jetais sur la bibliothèque paternelle. J'atten-