‹ Pensées d'une solitaire: précédées d'une autobiographieChapitre 21 sur 22 · XXII MA VIE · texte numérisé non relu

XXII MA VIE

mes sœurs vient de découvrir, dans de vieux papiers de famille, un petit cahier où elle recueillait fraternellement, à mesure qu'ils m'échappaient, mes vers de pensionnaire. Parmi les divers morceaux dédiés à mes compagnes, il s'en trouve un sans dédicace et intitulé V Homme. Il est daté de 1830 et commence ainsi :

Misérable grain de poussière Qiie le néant a rejeté, Ta vie est un jour sur la terre ; Tu n*es rien dans Timmensité.

Ta mère en gémissant te donna la naissance ; Tu xus le fils de ses douleurs ; Et tu saluas l'existence Par des cris aigus et des pleurs.

et se termine par ces vers :

Sous le poids de tes maux ton corps usé succombe, Et, goûtant de la nuit le calme avant-coureur, Ton œil se ferme enfin du sommeil de la tombe : Réjouis-toi, vieillard, c'est ton premier bonheur.

Ce dernier trait prouve suffisamment que mon pessimisme n'avait pas attendu Schopenhauer pour se déclarer.

Paris, mai 1877,

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