‹ Pensées d'une solitaire: précédées de fragments inéditsChapitre 9 sur 25 · X MADAME LOUISE ACKERMANN · texte numérisé non relu

X MADAME LOUISE ACKERMANN

Ceux qui avaient déjà souffert aussi savent combien son influence était fortifiante et reposante et quel courage ils puisaient près d'elle, non qu'elle s'efforçât de leur donner de vagues consolations^ mais sondant avec eux les abîmes de la souffrance même, la généralisant, l'ennoblissant. Là est sa suprême puissance. Et ce n'était pas de la littérature.

C'est bien à tort que l'on traite sa poésie de désespérante. Le sublime touche à l'héroïsme, et l'héroïsme est contagieux. Mme Ackermann a celui de la résignation, de la soumission aux lois universelles. Acceptation grandiose quand, par exemple, dans sa hautaine conception de l'amour, elle s'écrie, substituant superbement l'intensité à la durée :.

Qu'importe à leur amour qu'il se sache éphémère. S'il se sent infini!

Bien entendu, les Poésies philosophiques sont seules en cause. In Menioriam, par l'émotion subjective pénétrante, ne pouvait manquer de charme, mais la vraie M^e Ackermann date seulement des Malheureux,

Dans sa solitude des environs de Nice, — « un petit domaine, ancienne propriété des

MADAME LOUISB ACKERMAKN XI

Dominicains, dans une situation admirable* », — elle se laissa entraîner à « rimer », pour des amis, quelques poèmes orientaux qu'elle venait de lire dans le texte.

Le vieux français de ses travaux avec son mari fut à son tour mis à contribution. En 1863 parurent les Contes. Il eût été difficile, impossible même, d'y voir poindre le grand poète futur; Mme Ackermann ne se faisait aucune illusion sur leur valeur, gardant uniquement une juste reconnaissance à ces contes fort médiocres, mais qui lui avaient été d'excellents exercices de rhythme et de rime.

Ce premier recueil contenait pourtant la pièce des Malheureux, dans laquelle frémissent les désespoirs de l'humanité, et où l'angoisse souvenue des maux subis leur fait vouloir le sommeil éternel :

Laisse^notK oublier que nous avons vécut

demandent-ils à Dieu. Ils lui crient encore, réclamant sa justice :

Si nous avons failli, nous avons tant souffert I Ce vers, si chrétiennement magnifique,

• Autobiographit.

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