DE LA RÈGLE ET DU DEVOIR
La sagesse est une science par laquelle nous discernons les choses qui sont bonnes à l'âme, et celles qui ne le sont pas. Elle est la science des sciences, car elle en connaît seule la valeur, le juste prix, le véritable usage, les dangers et les utilités.
La sagesse est le repos dans la lumière. Heureux sont les esprits assez élevés pour se jouer dans ses rayons !
Consulte les anciens, écoute les vieillards. Est bien peu sage qui n'a que sa propre sagesse, et bien peu savant qui ne l'est que de sa science.
La sagesse est la force des faibles
L'iPusion et la sagesse réunies sont le charme d' la vie et de l'art.
Le bon sens s'accommode au monde; la sagesse tâche d être conforme au ciel.
vu.
La sagesse humaine éloigne les maux de la vie. La sagesse divine fait seule trouver les vrais biens. Il faut employer le mouvement à chercher la sagesse humaine, et le repos ou la méditation à chercher la sagesse divine.
Il n'y a pas assez de sagesse ou assez de vertu dans ceux de nos jugements et de nos sentiments où il n'y a pas assez de patience.
Il ne faut jamais regretter le temps qui a été nécessaire pour bien faire.
Ne coupez pas ce que vous pouvez dénouer.
La vertu est la santé de .l'âme. Elle fait trouver de la saveur aux moindres feuilles de la vie.
La vertu cherche à se répandre, et ceux qui Pont aiment à la donner.
Il faut exercer la vertu, même quand on ne l'a pas, c'est-à-dire l'exercer par sa volonté et contre son inclination. L'habitude fait qu'à la fin elle n'est plus sacrifice; elle devient goût, instinct, mœurs.
La vertu par calcul est la vertu du vice.
Les vertus rendent constamment heureux ceux qui
les ont. Elles rendent meilleurs ceux même qui les voient et ne les ont pas.
Sa vertu propre et le bonheur d'autrui, voilà la double fin de l'homme sur la terre. Son bonheur, en effet, est sa destination suprême; mais ce n'est pas ce qu'il doit chercher; c'est seulement ce qu'il peut attendre et obtenir, s'il en est digne.
Il n'y a de grave, dans la vie civile, que le bien et le mal, le vice et la vertu. Tout le reste y doit être un jeu.
xvm.
On doit refuser la science à ceux qui n'ont pas de vertu.
Il n'est pas inutile, pour être vertueux, de rendre aussi satisfaisant qu'on le peut le témoignage de soimême.
La nécessité peut rendre innocente une action douteuse; mais elle ne saurait la rendre louable.
La parfaite innocence, c'est la parfaite ignorance. Elle n'est ni prudente, ni méfiante, et l'on ne peut faire aucun fond sur elle; mais c'est une aimable qualité, qu'on révère presque autant et qu'on aime plus que la vertu.
On n'est point innocent, quand on nuit à soi-même.
Les femmes croient innocent tout ce qu'elles osent.
[1 n'est point de vertu qui paraisse petite, quand elle se montre sur un grand théâtre.
On aime plus les qualités; on estime davantage les vertus.
Peut-être, pour les succès du monde, faut-il des vertus qui fassent aimer, et des défauts qui fassent craindre.
Les gens de bien de toute espèce sont faciles à tromper, parce qu'aimant le bien passionnément, ils croient facilement tout ce qui leur en donne l'espérance.
xxvm.
'1 faut tout faire au gré des gens de bien.
ï'avores ampliandi, odia restringenda : c'est une de ces maximes dont la vérité est cubique, ou qui sont belles et vraies sous quelque face qu'on les envisage. Je crois que la morale seule en a de telles.
La vertu sans récompense ne se plaint pas, ne s'indigne pas, ne s'agite pas; l'injustice ne produit en elle aucun ressentiment, mais seulement une douce mélancolie.
Tout s'apprend, même la vertu.
Faites que ce qui est vice chez les autres soit chez vous une vertu. Que la colère vous rende modéré, l'avarice généreux, et la débauche tempérant.
La morale est la connaissance des règles auxquelles il nous importe de conformer non-seulement nos act.ons, mais encore nos affections. Celles-ci sont une portion si importante de notre manière d'être, que je m'étonne qu'aucun philosophe ne les ait comprises encore dans la définition de l'objet essentiel de la morale. Nos affections, en effet, sont à nos actions ce que les idées sont aux mots. Le point essentiel, en morale comme en logique, est que les premières soient bonnes.
Il faut du ciel à la morale, comme de l'air à un tableau.
J.-J. Rousseau , dans sa manière d'envisager la morale, aurait pu la définir : « L'art d'augmenter les pas- « sions avec utilité, » et il y aurait eu là deux erreurs capitales : premièrement, quant à l'utilité; car il ne peut y en avoir à augmenter les passions, c'est-à-dire à donner aux hommes plus de passions que la nature ne leur en a donné, ou des passions plus grandes qu'eux; secondement, quant aux attributions; car il peut être utile de dresser les passions à conserver, dans leurs opérations, leurs œuvres et leurs moindres mouvements, quelque droiture, quelque ordre, quelque bienséance, quelque beauté; mais attribuer un pareil soin à la morale, c'est tout confondre. La morale n'est faite que pour réprimer et contenir; elle est règle, règle immobile et immuable, et par cela même elle est barrière; elle est frein, et non aiguillon.
Nos haines et nos amours, nos colères et notre dou-