‹ Pensées de J. JoubertChapitre 34 sur 94 · DE LA MORALE · texte numérisé non relu

DE LA MORALE

elles dirigent, elles sauvent aveuglément. C'est le fil dans le labyrinthe, la boussole pendant la nuit

C'est toujours par l'oubli ou l'inobservation de quelque maxime triviale que tout périclite ou périt.

Il ne faut jamais offrir à l'attention et faire entrer dans la mémoire des hommes de mauvaises maximes bien exprimées.

Souvent on a le sentiment d'une vérité dont on n'a pas l'opinion, et alors il est possible qu'on dirige sa conduite d'après ce qu'on sent, et non d'après ce qu'on pense. Il est même de très-graves matières et des questions fort importantes où les idées décisives doivent venir des sentiments; si elles viennent d'ailleurs, tout se perdra.

Les idées claires servent à parler; mais c'est presque toujours par quelques idées confuses que nous agissons ; ce sont elles qui mènent la vie.

Il est un grand nombre de décisions où le jugement n'intervient pas. On décide sans évidence, de lassitude, avec précipitation, pour terminer un examen qui ennuie, ou pour faire cesser en soi une incertitude qui tourmente; on décide enfin par volonté, et non par intelligence.

La raison peut nous avertir de ce qu'il faut éviter; le cœur seul dit ce qu'il faut faire. Dieu est dans notre conscience, mais non dans nos tâtonnements. Quand nous raisonnons, nous marchons seuls et sans lui.

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