DU DEVOIR
et la résistance,: par le don et par le refus, par la rigueur et la condescendance, par la louange et par le blâme, par le silence et les paroles, par la peine et par le plaisir. Habitants de la même terre, voyageurs du même moment et compagnons de la même route, nous devons tous nousentr'aider, et, lorsque nous arriverons au gîte, il faudra d'abord rendre compte de ce que nous aurons fait les uns pour le bonheur des autres, pour le bonheur ou la vertu. Un souris nous sera payé.
Nous avons beau faire, nous n'aurons jamais en propre que la pénétration dont le ciel nous a doués. Tout le reste n'est qu'une apparence trompeuse, un mensonge qui cache notre nullité. Mais par le cœur et par les actions nous pouvons devenir tous les jours meilleurs.
Comme instruments, nous avons une destination; comme créatures morales , nous avons une liberté. La vie et la mort, par lesquelles nous entrons dans le monde ou nous en sortons, les richesses et la pauvreté, qui nous y assignent une place, la gloire et la honte, l'élévation ou l'abaissement, qui nous y font jouer un rôle, tiennent au train général des affaires humaines, et font partie de notre destinée. Dieu s'en est réservé la répartition; il en distribue à son gré une mesure à chaque individu. Le bien et le mal, au contraire, sont dans nos mains, ou, comme dit l'Ecriture , dans les mains de notre conseil, parce qu'ils font nos mérites et nos démérites. De même donc que nous sommes assujettis à deux mouvements, celui de la terre et le nôtre, de même nous sommes dominés par deux volontés, h nôtre et celle delà Providence; auteurs de la première,
et instruments de celle-ci ; maîtres de nos œuvres pour mériter la récompense assignée à la vertu, et machines pour tout le reste. Etre meilleurs ou pires dépend de nous ; tout le reste dépend de Dieu.
Il serait facile de prouver la liberté par le crime, qui est une résistance au penchant de notre nature vers le bien-faire, et par les actes de vertu, qui sont T^ne déviation de notre penchant vers le bien-être.
11 faut que les hommes soient les esclaves du devoir, ou les esclaves de la force.
Quand une fois l'idée exacte du devoir est entrée dans une tête étroite, elle n'en peut plus sortir.
Sans le devoir, la vie est molle et désossée, elle ne peut plus se tenir.
Il ne faut pas regarder le devoir en face, mais l'écouter et lui obéir les yeux baissés. Il y a de l'impudence à laisser sans voiles, à ses propres yeux, ce qui est sacré.
LXXYII.
Toujours occupé des devoirs des autres, jamais des siens, hélas!
LXXV m.
L'homme véritablement vertueux remplit ses devoirs dans leur ordre, et fait céder les petits aux grands.
Il faut sacrifier son humeur à son rôle, et ses vertus même à son devoir.
Les devoirs ont une loi qui en règle l'accomplisse-