XL VI
On supporte aisément une puissance qu'on espère exercer un jour.
Peu d'hommes, dans les grands drames politiques,
sont propres à inventer un rôle ; beaucoup le sont à le jouer.
Les uns ne sont que les valets de la Providence; d'au très en sont les ministres. Ce sont ceux qui, en exécutant ses décrets, joignent leur volonté avec sa volonté, leur pensée avec sa sagesse.
Tous les grands hommes se sont crus plus ou moins inspirés.
Les grands hommes de certains temps et de certaines circonstances ne sont que des hommes plus fortement entêtés que tous les autres de l'opinion qui domine et qu'on veut faire triompher.
Tous les conquérants ont eu quelque chose de commun dans leurs vues, dans leur génie et dans leur caractère.
lu.
Les hommes d'État s'enivrent de la vapeur du vin qu'ils versent, et leur propre mensonge les déçoit.
lui.
L'homme d'État est un messager à qui le temps présent est rem'S en dépôt, pour être rendu, tel qu'il est ou meilleur, au temps à venir
L faut décerner aux généraux victorieux des honneurs éminents, solides, durables et perpétuellement renouvelés, ucn-seulement par gratitude et par justice, mais par esprit d'institution, afin que ces décorations augmentent encore l'opinion qu'on a de leur mérite, et
qu'ils en soient plus grands, plus dignes d'être obéis aux yeux des citoyens, et plus redoutables à l'étranger.
Les grenades et les baguettes d'honneur, les insignes et les décorations sont une monnaie morale excellente. Peu d'entre les forts ont cette imagination qui s'étend haut et loin. 11 leur faut des gloires présentes et des prix qu'ils portent sur eux, qui les touchent, les distinguent et les parent, une gloire qui saute aux yeux, pour ainsi dire, et qui s'incorpore avec eux. Décernez aux chefs des honneurs, mais rcvêtez-en les soldats