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Il faut que les livres d'un professeur soient le fruit
d'une longue expérience, et l'occupation de son éméritat.
« Inspirez, mais n'écrivez pas, » dit Lebrun; c'est ce qu'il faudrait dire aux professeurs, mais ils veulent écrire, et ne pas ressembler aux Muses.
L'art est l'habileté réduite en théorie.
L'objet de l'art est d'unir la matière aux formes, qui sont ce que la nature a de plus vrai, de plus beau et de
plus pur.
Loin de reléguer les arts dans la classe des superfluités utiles, il faut les mettre au nombre des biens les plus précieux et les plus importants de la société humaine. Sans les arts, il ne serait pas possible aux esprits sublimes de nous faire connaître la plupart de leurs conceptions. Sans eux, l'homme le plus parfait et le plus juste ne pourrait éprouver qu'une partie des plaisirs dont son excellence le rend susceptible, et du bonheur que lui destinait la nature. Il est des émotions tellement délicates et des objets si ravissants , qu'on ne saurait les exprimer qu'avec des couleurs ou des sons. On doit regarder les arts comme une sorle de langue à part, comme un moyen unique de communication entre les habitants d'une sphère supérieure et nous.
La doctrine qui considère l'imitation comme le principal fondement des beaux-arts a un sens plus vrai et plus étendu qu'on ne îe pense. L'homme se peint luimême dans ses ouvrages, et ne parvient à les trouver Deaux qu'en leur donnant des proportions correspondantes aux siennes : je ne veux pas dire à celles qu'il distingue nettement en lui-même, mais à celles qui y sont cachées, et qu'il ne se rend visibles que dans les imitations qu'il en fait à son propre insu.
Une imitation ne doit être composée que d'images. Si le poëte fait parler un homme passionné , il doit mettre dans sa bouche des expressions qui ne soient que l'image des mots qu'emploierait un homme réellement passionné. Si le peintre colore quelque objet, il faut de même que ses couleurs ne soient qu'une image des couleurs réelles. Un musicienne doit employer que les images des sons réels, et non pas les sons réels euxmêmes. La même loi doit être observée par le comédien dans le choix de ses tons et de ses gestes. C'est la grande règle, la règle première, la règle unique. Tous les excellents artistes l'ont entrevue et observée, quoique personne ne l'ait encore proposée. Je le fais aujourd'hui avec d'autant plus de confiance qu'elle se prouve par son évidence, comme tous les principes qui naissent de
l'essence des choses.
Les plus belles expressions, dans tous les arts, sont celles qui paraissent nées d'une haute contemplation.
vu.
Le beau! c'est la beauté vue avec les yeux de l'âme.
DES BFAUX-ARTS. 249
?IIi.
L'intelligence doit produire des effets semblables à elle, c'est-à-dire des sentiments et des idées, et les arts doivent prétendre aux effets de l'intelligence. Artiste si tu ne causes que des sensations, que fais-tu avec ton art, qu'une prostituée avec son métier et le bourreau avec le sien ne puissent faire aussi bien que toi? S'il n'y a que du corps dans ton œuvre, et qu'elle ne parle qu'aux sens, tu n'es qu'un ouvrier sans âme, et n'as d'ha bile que les mains.
A l'exception de quelques représentations où la médiocrité suffît à l'usage, comme dans les tableaux d'église, par exemple, tout le reste est inutile dans les arts, si le beau suprême ne s'y trouve pas.
Le vrai commun, ou purement réel, ne peut être l'objet des arts. L'illusion sur un fond vrai, voilà le secret des beaux-arts.
Il y a dans l'art beaucoup de beautés qui ne deviennent naturelles qu'à force d'art.
Il faut bannir des arts tout ce qui est rigoureusement appréciable, et pourrait être aisément contrefait; on ne veut pas y voir trop clairement d'où viennent les impressions. La naïade y doit cacher son urne; le Nil y doit cacher ses sources.
Un ouvrage de l'art doit être un être , et non une :hose arbitraire. Il doit avoir ses proportions, son caractère et sa nature; un commencement, un milieu, des
accessoires et une fin. Il faut qu'on y distingue un tronc, des membres, une statue, une personnalité enfin
Dans une œuvre de l'art, quelle quelle soit, la symétrie apparente ou cachée est le fondement visible ou secret du plaisir que nous éprouvons. Tout ce qui es» composé a besoin de quelque répétition dans ses parties, pour être bien compris, bien retenu parla mémoire, et pour nous paraître un tout. Dans toute symétrie, il y a un milieu; or, tout milieu est le nœud d'une répétition, c'est-à-dire de deux extrémités semblables.
Les belles lignes sont le fondement de toute beauté. H est des arts où il faut qu'elles soient visibles, comme l'architecture, qui se contente de les parer. Il en est d'autres, comme la statuaire, où l'on doit les déguiser avec soin. Dans la peinture, elles sont toujours suffisamment voilées par les couleurs. La nature les cache, les enfonce et les recouvre dans les êtres vivants. Ceuxci, pour être beaux, doivent peu montrer leurs lignes, car le squelette est dans les lignes, et la vie dans les contours.
Cherchez dans les arts cette ligne dévie et de beauté, qui, même en n'y exprimant rien, embellit les corps qu'elle embrasse et les surfaces qu'elle parcourt. Elle doit se dérouler, sans se briser, dans notre tête; mais il n'est pas possible à la main de la tracer sans s'interrompre et s'y reprendre à plusieurs fois.
L'élégance vient de la clarté dans les formes, qui les rend faciles à saisir, et même faciles à compter.
Être naturel dans les arts, c'est être sincère.
La grâce est le vêtement naturel de la beauté ; la force sans grâce, dans les arts, est comme un écorché.
L'adolescence de l'art est élégante, sa virilité pompeuse, et sa vieillesse riche, mais surchargée d'ornements qui en dissimulent le dépérissement. Il faut tendre sans cesse à ramener l'art à son âge viril, ou mieux encore, à son adolescence.
L'architecture doit peindre les hommes en peignant les lieux; il faut qu'un édifice annonce aux yeux celui qui l'habite. Les pierres, le marbre, le verre, doivent parler et dire ce qu'ils cachent.
xxn.
Comme on donne un piédestal à une statue, il faut en donner un à un édifice, et surtout aux temples, qu. doivent, pour ainsi dire, être placés sur un autel.
Lorsqu'un édifice régulier domine le jardin qui l'entoure, il doit, pour ainsi dire, rayonner de régularité, en la jetant autour de lui à toutes les distances d'où on peut le voir aisément. C'est un centre, et le centre doit être en harmonie avec tous les points de la circonférence, qui n'est elle-même qu'un point central développé. A ces jardins irréguliers que nous appelons jardins anglais, il faut pour habitation un labyrinthe.
De même que, dans la musique, le plaisir naît du mélange des sons et des silences, des repos et du bruit, de même il naît, dans l'architecture, du mélange bien
disposé des vides et des pleins, des intervalles et des masses. De beaux compartiments nous plaisent, parce qu'ils impriment en nous, avec netteté, l'idée d'unt portion de l'espace, comme une belle mélodie nous fai* sentir, sans calcul et sans attention, le mouvement et le repos qui sont les éléments du temps.
Il y a, parmi les antiques, une Vénus qui tient étendu un vêtement semblable à une voile enflée, et dont el!: se prépare à se couvrir. C'est celle-là qu'on peut appeler la Vénus pudique, car, par la disposition de l'accessoire, sa nudité fait inévitablement penser à sa pudeur.
11 est une espèce d'hommes que l'amour des arts possède tellement, qu'ils ne regardent plus l'art comme une chose qui est faite pour le monde, mais le monde, les mœurs, les hommes et la société, comme des choses qui sont faites pour l'art. Subordonnant tout, même la morale, à la statuaire, ils regrettent la nudité, la gymnastique, les athlètes, par dévouement aux sculpteurs. C'est qu'ils aiment les arts plus que les mœurs, et les statues plus que leurs propres enfants.
11 y a dans l'Apollon quelque chose de semblable h l'attitude d'un orateur qui vient de décocher une ironie.