PROSATEURS
En France, la traduction d'Amyot est devenue un ouvrage original, dont on aime à citer le texte.
ni.
L'abbé Arnaud, avec des vérités, du savoir, et des observations quelquefois très-fines et très-solides, donne du génie et de la littérature grecs une idée parfaitement fausse.
Balzac, Lemaistre, Patru ont dans le style un caractère plus contemplatif qu'animé. Platon peut-être n'en aurait pas fait peu de cas, lui qui estimait tant Isocrate.
Balzac, un de nos plus grands écrivains, et le premier entre les bons, si l'on consulte l'ordre des temps, est utile à lire, à méditer, et excellent à admirer; il est également propre à instruire et à former par ses défauts et par ses qualités. Souvent il dépasse le but ; mais il y conduit : il ne tient qu'au lecteur de s'y arrêter, quoique l'auteur aille au delà.
Balzac ne sait pas rire ; mais il est beau quand il est sérieux.
Les beaux mots ont une forme, un son, une couleur
et une transparence qui en font le lieu convenable où
il faut placer les belles pensées pour les rendre visibles
aux hommes. Ainsi leur existence est un grand bien, et
leur multitude un trésor ; or, Balzac en est plein : lisez
donc Balzac.
vin.
Plein de belles pensées et de belles raisons, Balzac
habite constamment les hautes régions de la pensée et
de la langue. Grand artisan de la parole, il introduisit la pompe et les hauteurs du style noble dans le style familier ; ses phrases ont presque toujours un beau son et un beau sens ; mais il a raison trop magnifiquement, et ne sait pas assez se jouer de ses grands mots.
Ce qui a manqué à Balzac, c'est de savoir mêler les petits mots avec les grands. Tout, dans son style, est construit en blocs ; mais tout y est de marbre, et d'un marbre lié, poli, éclatant.
L'emphase de Balzac n'est qu'un jeu, car il n'en est jamais la dupe. Ceux qui le censurent avec amertume et gravité sont des gens qui n'entendent pas la plaisanterie sérieuse, et qui ne savent pas distinguer l'hyperbole de l'exagération, l'emphase de l'enflure, la rhétorique d'un homme de la sincérité de son personnage, enfin ce qui tient à l'art de ce qui tient à l'artiste.
On peut donner de la simplicité à la richesse ; il faut le faire même dans tous les genres. On peut aussi, comme La Fontaine, donner de la richesse à la simplicité ; mais cela n'est permis qu'en badinant. C'est à quoi
Balzac a manqué.
xu.
Mézerai, qu'on pourrait appeler le dernier des Gaulois, n'avait pas une idée juste de la liberté de l'histoire. 11 fut plutôt un écrivain hardi qu'un historien savant et sage.
D'Aguesseau a trop d'égalité dans la marche de sa raison.