‹ Pensées de J. Joubert, précédées de sa correspondance, d'une notice sur sa vie, son caractère et ses travauxChapitre 13 sur 123 · XIV LA VIE ET LES TRAVAUX · texte numérisé non relu

XIV LA VIE ET LES TRAVAUX

fance, l'échange d'abondantes idées et les sympathies de l'intelligence. Étaient-ce pourtant leurs ressemblances ou leurs contrastes qui les réunissaient? Grande question qu'on retrouve au seuil de toutes les amitiés, et qui semble plus facile à poser qu'à résoudre. N'est-il pas permis de penser, néanmoins, qu'un sérieux attachement n'est possible, entre des hommes éminents, qu'à la condition d'une certaine égalité de talents, établie par des compensations plutôt que par des rivalités, et d'une certaine différence dans les goûts, adoucie par une complaisance réciproque et une mutuelle admiration? Tels étaient, du moins, les caractères de cette intimité.

Nourris -de l'antiquité l'un et l'autre, ils la regardaient comme la plus noble expression de l'inteUigence humaine, et cherchaient ensemble à en retrouver les secrets, à en reproduire les merveilles. Mais, dans et commun effort , ils s'animaient de sentunents divers. M. de Fontanes songeait à l'illustration que procurent les lettres, pendant que M. Joubert s'inquiétait de perfection bien plus que de gloire. Le premier étudiait les poètes, le second se sentait entraîné vers les philosophes, ou du moins il cherchait de la philosophie où son ami cherchait des vers. L'un, prenant l'antiquité par son côté le plus grave, en interrogeait l'expérience, en écoutait les leçons afin d'y conformer sa vie; l'autre en étudiait surtout les habitudes poétiques, les pro-

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