DE M. J. JOUBERT. LXXV
pas permis sans doute de parler avec une égale liberté des deux chefs de cette communauté où le sort m'a depuis donné place. L'un d'eux a disparu; l'autre est près de moi, et des nœuds si étroits nous lient qu'ils retiennent la voix même d^ la reconnaissance. Je ne saurais m'empêcher de remarquer, cependant, que ce dernier ne devait pas uniquement à la protection commandée par la différence des âges les témoignages de vive affection qu'il recevait de son frère. Il existait entre eux de secrètes sympathies qui, à leur insu peutêtre, les unissaient par une chaîne invisible : même amour pour leur mère, amour religieux qui, en dominant leur vie, épurait toutes leurs pensées; même chasteté dans les propos et dans les mœurs; même simphcité dans les goûts; même tempérance dans les vœux; prédilection égale pour les plaisirs de la famille; égale fidélité dans les affections; je ne sais enfin quelle disposition heureuse, au contact de tout ce qui est beau dans la nature ou parmi les hommes, à se remplir de joies douces, intimes et longues. Cette fraternité des âmes ne se laissait pas toujours, il est vrai, deviner à la surface; mais qu'importe, si sous la diversité des formes se déguisaient des impressions communes , si , comme il arrive dans nos accords, quelques dissonances heureuses amenaient, dans l'intimité des deux frères, plus de charme et d'harmonie ?
D'autres liens les unissaient d'ailleurs. Non-seule-»