‹ Pensées de J. Joubert, précédées de sa correspondance, d'une notice sur sa vie, son caractère et ses travauxChapitre 8 sur 123 · VIII LA VIE ET LES TRAVAIX · texte numérisé non relu

VIII LA VIE ET LES TRAVAIX

Falgiiière , dont je l'ai vu depuis protéger le petit-fils, M. le baron d'André, aujourd'hui l'nn des hauts fonctionnaires de notre corps diplomatique , s'étaient empressées d'accueillir un jeune homme qui alliait à la candeur de l'âge un esprit déjà plein de culture et d'urbanité. Montignac , il faut bien l'avouer, ne lui offrait pas les mêmes ressources. Sans doute son cœur éprouvait de douces joies près d'une mère qu'il chérissait; mais il fallait à son esprit des aliments qui devenaient de jour en jour plus rares. 11 n'avait pas tardé à s'apercevoir que les interlocuteurs manquaient aux entretiens littéraires; les petites bibliothèques du heu s'étaient promptement épuisées sous ses mains, et, aux regrets de la vie qu'il venait de quitter, se mêlait une ambition dont nous avons tous été agités, nous qui avons passé notre jeunesse dans la province, l'ambition de connaître Paris. Là, en effet, le domaine des lettres s'était fort agrandi. Ce n'était plus la terre écartée où quelques hommes tunides venaient laborieusement tracer leur sillon, se croyant assez honorés quand un regard tombant d'en haut daignait encourager leureSort, et ne songeant guère à confondre les choses de l'esprit avec celles du pouvoir. La httérature avait fait irruption dans le sanctuaire et dans les conseils ; elle régnait dans les salons, et la société tout entière s'abandonnait avec sécurité à un progrès qui semblait n'être que Tavénement de l'inteUigence, taut ilétviit empreint encore d'atticisme

DE M. J. JOnniîftT. IX

et (le sérénité. M. Joubert aspirait impatiemment, non pas sans doute à prendre sa part du triomphe, il y avait en lui trop de modestie et de retenue, mais à connaître les écrivains qui exerçaient tant d'influence sur son pays , à écouter de près ces bruits , ces conversations des salons dont il n'avait entendu jusque-là que le retentissement lointain.

Comme toutes les provinces où s'était maintenue l'inégalité des partages, le Périgord avait l'antique coutume d'envoyer une partie de ses fils chercher fortune au dehors. Les emplois dans l'armée, les bénéfices ecclésiastiques, les charges de judicature ou de finances ouvraient leurs largesses à une foule de familles bourgeoises ou titrées. Une émigration incessante peuplait Paris et la province de ces enfants du Midi qui, pleins de vivacité et d'adresse, se pressaient aux avenues du pouvoir, y pénétraient en s'entr'aidant l'un l'autre, et souvent, dans leurs vieux jours, rapportaient au foyer natal quelque fortune amassée, un blason conquis , l'élégance du monde ou de la cour. M. Joubert n'en demandait pas tant ; il ne voulait que voir, apprendre, connaître, et, certain de trouver partout des compatriotes qui lui serviraient, sinon d'appuis, au moins d'introducteurs, il vint à Paris vers le commencement de 1778.

Son premier soin fut d'y rechercher la société des gens de lettres; tentative heureuse, car, au bout de

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