‹ Pensées de J. Joubert, précédées de sa correspondance, d'une notice sur sa vie, son caractère et ses travauxChapitre 87 sur 123 · M. SAINT-MARC GIRARDIN · texte numérisé non relu

M. SAINT-MARC GIRARDIN

J'aime les moralistes qui, dans les institutions humaines, voient plus volontiers la grande raison qui rend ces institutions bonnes et dignes d'être conservées que les mille petilea raisons qui les font critiquer et changer. 11 y a plus de mérite à voir ce qu'il y a de bien dans les cboses humaines et ce qui les conserve, qu'à voir ce qu'il y a de mal et ce qui les détruit : de même que c'est Dieu seul qui voit s'il y a dans les villes de ce monde le nombre de justes nécessaire pour que ces villes ne périssent pas, comme Gomorre et Sodome, tandis que le nombre infini des injustes et des impies frappe les yeux les moins ouverts. C'a été l'honneur de quelques-uns des hommes de lettres et des hommes du monde qui ont brillé au commencement de notre siècle, de M. de Chateaubriand, de M. de Maistre, de madame de Staël, de M. Benjamin Constant, de M. Royer-CoUard, c'a été, dis-je, leur honneur, que venant après le dix-huitième siècle et après la science qui voit le mal, ils ont tâché d'avoir la science qui voit le bien. Ils ont cherché à relever et à affermir dans le cœur de l'homme les sentiments qui conservent, au lieu d'encourager et de répandre, comme leurs devanciers, les sentiments qui détruisent. Ils ont trouvé aux choses qui avaient duré autrefois, et qu'ils voulaient réhabiliter, des raisons d'être que les contemporains n'avaient pas toujours soupçonnées et qui étaient parfois trop ingénieuses pour avoir été les vraies rai-

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