Pensées de M. Louis Veuillot
Pour en apprécier la valeur, il suffirait de savoir que ces livres ont eu de nombreuses éditions , il suffirait de compter et de peser les honorables suffrages qui ont été donnés à l'auteur, et de considérer la place qu'il occupe dans les rangs de la milice chrétienne ; mais , ce qui prouve encore plus en faveur de leur mérite , c'est la colère qu'ils ont excitée dans les rangs ennemis et l'extrême injustice avec laquelle ils sont critiqués , ou, pour mieux dire, diffamés.
Quand un écrivain jouit ainsi de Testime de ses frères, et suscite d'autre part des contradictions si passionnées , l'Église étant d'un côté , l'impiété de l'autre , nous devons croire que cet écrivain a bien défendu la vérité , bien combattu l'erreur.
Tel est d'ailleurs le témoignage que lui a donné l'auguste Pie IX : « Yous avez combattu dans l'ace rêne avec une grande vaillance et une grande (c utilité pour la vérité et pour la justice... Vos
u écrits , remarquables par leur élan , par une noble c( fermeté d'esprit , respirent la faim et la soif de « la justice. »
C'est après avoir entendu cette parole de Pie IX que nous avons conçu l'idée de former ce recueil , dans le but de mettre à la portée de tout le monde la substance de cette vaste apologétique à laquelle M. Yeuillot a consacré trente ans de sa vie , et que tant de bons juges ont trouvée si appropriée aux besoins du temps.
M. Yeuillot, à qui nous avons communiqué ce projet, nous a bonoré de la réponse suivante :
c( Monsieur l'abbé , je goûterais assez, probablement par un mauvais fond d'amour-propre , l'idée d'un recueil de pensées tirées de mes œuvres. Il me semble que ce serait un bon moyen de rétablir ma réputation si grièvement compromise sous le rapport des sentiments humains. On verrait là que je suis un homme comme un autre, grand avantage en ce temps de démocratie et de bassesse.
c( Mais , s'il n'y avait que ce profit à prétendre , ce ne serait pas la peine de disséquer tant de volumes. Il faudrait pouvoir espérer que ces lieux communs seront de quelque avantage à une quantité de nos contemporains qui, hélas, ne connaissent plus même l'A B C de la religion et du bon sens.
« A cette condition , et dans le cas où l'immensité du travail ne vous effraierait pas , j 'y donne les mains. »
Nous aurions voulu qu'un autre, plus habile sinon plus dévoué , ou se chargeât du travail , ou tout au moins en prît la direction. Nous avons écrit à M. Yeuillot quelle était à cet égard notre façon de penser ; il nous a encore honoré de ces quelques lignes :
«Monsieur l'abbé, je repars demain pour trois semaines , et toutes sortes de petites choses à faire m'empêcheront d'aller jusque chez vous; mais je peux vous dire qu'aucune conversation ne me ferait changer d'avis sur le travail à' extraction dont vous avez eu l'idée. Je ne le ferai point, mon frère ne le fera point, et il ne sera pas fait, s'il n'est fait par vous. Yous seul avez assez de patience et d'affection pour mener à bout une pareille besogne. Du reste, mon frère juge, comme moi, qu'elle pourrait n'être pas sans intérêt et sans fruit. 11 ajoute, comme moi, que la patience et l'affection ne suffiraient pas, qu'il faut du discernement pour cueillir et disposer : c'est le don que je vous ai toujours connu. Maintenant, décidez.»
Nous devons ajouter que M. Yeuillot ne nous a donné d'autre concours que le conseil de viser à la brièveté et l'approbation suivante :
«Monsieur l'abbé, j'ai enfin trouvé le moment de lire la table des matières. Je n'imaginais pas que j'eusse traité de tant de choses, et j'ai bien besoin de ma confiance en vous pour admettre que mes inspirations sur ces grajnds thèmes peuvent soutenir la lecture. Cette table des matières est
vraiment appétissante. Elle me tenterait, si le livre était tiré d'un autre auteur. Tout est dans un bel ordre. Il y a un commencement , une suite, une fin. Yoilà le triomphe de la patience. Je m'étais borné à ramasser et à tailler les pierres ; vous en avez fait un édifice. Reste à savoir si ce sont de vraies pierres : le public en jugera. Dans tous les cas , vous et moi , nous avons fait de notre mieux , et comme notre intention tout au moins est bonne, le bon Dieu saura bien en tirer parti.
c( Je suis bien respectueusement , c( Monsieur l'abbé, c( Yotre tout dévoué serviteur .,
« Louis Yeuillot. »