‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 10 sur 216 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

22. — Ni ces grossiers instruments de ruines , ni ceux qui les manient ou plutôt qui les déchaînent, n'apparaissent fortuitement, ni ne sont grands, ni n'ont de force par eux-mêmes; ils s'élèvent comme des miasmes pernicieux d'un sol qu'on a négligé d'assainir ; ils viennent comme le châtiment après la faute ; ils ravagent et ils passent. S'ils pouvaient durer, tout périrait, mais ils n'ont point en eux les conditions de la durée; ils passent, allumant l'incendie, laissant la lumière. Dans la profondeur du langage, le châtiment s'appelle aussi une leçon. Par là le genre humain apprend deux choses : en premier lieu, il connaît que la faute châtiée n'était point légère ; en second lieu , son intelligence, plus lucide et plus courageuse, saura quels travaux sont indispensables pour la salubrité du monde; elle verra où il faut construire des digues et poser des freins, où il faut creuser des canaux et faire couler des eaux vives, où il faut élever des paratonnerres, où il faut combler des abîmes, et quels trésors doivent être entourés de remparts. (16, p. 519.)

23. — Dieu dispose les choses de telle sorte qu'elles mènent toujours à sa justice, et enfin les justes sont déjà vengés, sous le joug même de l'iniquité, lorsque Dieu leur donne cette patience et celte force par lesquelles ils humilient l'iniquité jusque dans son triomphe d'un moment. Le captif qui emporte avec lui la justice dans son cachot, plein de sérénité, est déjà vengé du juge; le martyr souriant au milieu des tortures est déjà vengé du bourreau. Quiconque accepte l'oppression plutôt que d'abandonner la vérité. Dieu le venge à l'instant, remplissant son cœur des dons de la vérité, et mettant, comxme des ongles de fer, le dépit, la honte , le stérile remords dans le cœur qui se targue de ne point craindre Dieu et de ne point se soucier des hommes. Le monde a toujours eu des exemples solennels de ce partage; il n'en est point privé maintenant. Chacun peut voir où est l'iniquité triomphante et avilie,

OÙ est la justice opprimée et pleine de gloire, jouissant d'une profonde paix, déjà vengée. (1 , p. 301.)

24. — Le refus désarmé du Pape prévaudra contre toute puissance humaine. Libre ou captif, ses anathèmes ont leur effet. Ce qu'il frappe, tombera. Quant à Theure, elle appartient à Dieu. H y a des œuvres mauvaises que Dieu laisse accomplir par un effet de sa miséricorde envers ceux qui les subissent, et par un coup de sa vengeance contre ceux qui les ont méditées. La Providence règle la durée de ces épreuves; la foi attend. (34, p. 25.)

25. — Quand nous gémissons des épreuves auxquelles notre patrie est réservée, ce n'est pas pour l'Eglise, ce n'est pas pour la cité de Dieu que nous tremblons; c'est pour la cité du monde qui l'a tant haïe et tant combattue. L'histoire des persécutions nous apprend que le bras de Dieu n'y reste pas oisif, et qu'aucune force terrestre ne peut rompre deux fils invisibles qu'il tient toujours : l'un par lequel il retire son Église de l'abîme , l'autre par lequel il y traîne invinciblement ses ennemis. (11 , p. 88.)

26. — Le blé sous la meule subit un travail de purification. Nous avons un grand besoin d'être purifiés. Chacun de nous pour gagner le ciel, l'humanité tout entière pour mieux coimaître son but, et notre nation en particulier pour remplir dans le temps sa mission si glorieuse et si déplorablement oubliée. (31 , p. 39.)

27. — On se demande parfois quelle est ici -bas la peine infligée à certains coupables? Ils vivent. (23.)

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