‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 112 sur 216 · XI. PAUVRETE · texte numérisé non relu

XI. PAUVRETE

522. — Les Juifs charnels demandaient au Messie de venir dans la puissance et dans la gloire, il virrt dans la pauvreté.

Où voyez-vous que les disciples de Jésus aient pris soin d'enrichir un seul pauvre?

C'est , qu'en effet , la pauvreté est bonne , bonne à qui la secourt, meilleure à qui la subit. Elle est la nourrice des grands courages, la tutrice des grandes vertus ; elle établit entre l'homme et l'homme , entre l'homme et le ciel, ce constant échange de services, de charité , de soumission , d'espérance , qui est le lien puissant de la famille humaine , et la seule consolation de l'âme dans ses inénarrables douleurs dont les moindres et les plus vite oubhées sont la privation et la faim.

La pauvreté est la grande route du ciel : c'est par là que montent vers Dieu tant d'âmes préservées des amollissements et des tentations de la richesse.

Quand un missionnaire passe dans une paroisse, il convertit les pauvres, il reçoit leurs confessions et leurs larmes; il ne reçoit de la plupart des riches que des injures et des quolibets. (18, p. 360.)

523. — La pauvreté, et non la gueuserie, la pauvreté ordinaire, celle qui travaille et vit honnêtement, moyennant un peu d'assistance fraternelle ; cette bonne pauvreté-là , que Dieu a voulu et dont il a fait le partage du plus grand nombre des vivants; je dis qu'elle est un immense bienfait de Dieu et la voie du salut pour une quantité d'âmes. Elle garde les mœurs , préserve de la mollesse et de mille péchés. Elle est une grande source de privations et de mortifications, obligées sans doute , mais dont Dieu lient compte.

La sage et sévère pauvreté garde les pauvres dans leur maison , dans leur village , loin des séductions qui les enivreraient; elle les fatigue au travail, elle les endort d'un bon somme aux heures que Dieu fît pour dormir, et les réveille, contents et braves, aux heures que Dieu fit pour travailler. Ils sont naturellement humbles , sobres , laborieux. Leur vie s'écoule sans orgueil et sans délices, dans une mâle simplicité. Ils ne regrettent pas, à la mort , de quitter leurs meubles ; ils ne laissent point d'affaires en suspens ; ils ont toujours su qu'il fallait mourir, et, ce qui vaut mieux, ils ont toujours su que la mort nous appelle au jugement de Dieu. (19, p. 238.)

Page 1