‹ Pensées de M. Louis VeuillotChapitre 154 sur 216 · IV. LUTTER AVEC ET COMME LE PAPE · texte numérisé non relu

IV. LUTTER AVEC ET COMME LE PAPE

701. — Le Pape se connaît aux intérêts de l'Eglise ; il les envisage de haut , il les étudie avec conscience, il a grâce d'état; donc la bonne manière de comprendre et de défendre les intérêts du Saint-Siège , c'est de les comprendre et les défendre comme le Pape les comprend et les défend. (15, p. 487.)

702. — Employons les raisons de Dieu pour défendre les œuvres de Dieu ; forçons le monde à les entendre. (22, p. 393.)

703. — Qui gagnera-t-on à Jésus-Christ par des moyens qui ne sont point de Jésus-Christ, par une prétendue largeur de pensées et de manières , par des facilités dans la doctrine et des abaissements dans le langage qui, ne rappelant en rien la douceur et la simplicité de l'Homme-Dieu , fait douter que celui qui les emploie soit l'homme de Dieu? (10, p. 501.)

704. — La bonne tactique pour nous , catholiques , c'est d'être visiblement et toujours ce que nous sommes, rien de plus, rien de moins. Nous défendons une citadelle qui ne peut être prise que quand la garnison ellemême introduit l'ennemi. Combattant avec nos propres armes, nous ne recevons que des blessures guérissables ; toute armure d'emprunt nous gêne et souvent nous étouffe. (10, p. 57.)

705. — Nos amis se sont piqués d'agir en hommes politiques. Or, qui dit politique dit transaction. Ils transigent donc; ils répètent qu'il faut faire comme Solon, et donner à un peuple non pas tant de bonnes lois, que des lois qu'il puisse porter. Raisonnement de la sagesse païenne ! Des catholiques ne le devraient point adopter. Des catholiques doivent savoir ce que Solon ne savait pas , et ce qu'ignorent plus encore la foule et la tourbe des législateurs modernes. On ne transige pas impunément avec l'erreur; la vérité, pour triompher, n'a besoin que du courageux respect de ceux qui la possèdent. Le rôle des catholiques n'est pas de faire des lois moins mauvaises, mais de poser hardiment les principes sur lesquels seuls on édifiera de bonnes lois. Les chrétiens ont transformé le monde, non par des transactions, mais par des actes de foi. L'inébranlable constance de leur doctrine, au milieu des perpétuelles variations et des inutiles entreprise de la force et de la politique, a appris au monde où étaient les vérités nécessaires à son salut. (8, p. 427.)

706. — Être catholique, c'est un grand don, précieux même pour la vie présente , plus précieux que jamais en nos temps de vérités diminuées et d'immenses incertitudes. Mais il faut l'être tout à fait. Ne l'être qu'à demi, c'est une pitié et un elïroyable embarras. Le fuyard est affaibli du poids de son épée et de son armure. Dès qu'un catholique ne se propose pas résolument de combattre les erreurs du monde, il devient

le plus méprisé de leurs courtisans. Les convictions qu'il craint de montrer et qu'il ne peut entièrement cacher le rendent hésitant, timide et gauche. Il ne fait bien nulle part ; il ne contente ni le bon ni le mauvais parti, ni lui-même. Vainement il se targue de raison , de sens modéré, d'impartialité, de sagesse; personne ne s'y trompe. Il n'est point un sage, et ne passe point pour sage ; il est un amphibie. (10, p. 9.)

707. — Une vérité accommodante est une vérité accommodée, c'est-à-dire déguisée, enlacée, pliée au manège des petites affaires humaines, que l'on voit aujourd'hui d'une façon, demain d'une autre, et que bientôt la droite conscience ne sait plus reconnaître à travers la multitude de ses travestissements.

Si nous voulons défendre la vérité catholique , il faut la défendre telle que le Pape l'enseigne, non telle que les puissances du moment la voudraient. Peu importe que l'on mécontente ou un parti, ou un peuple, ou un siècle! Ni rois, ni peuple, ni siècle n'ont de concessions à lui demander. Elle est ce qu'elle est. Ceux qui la repoussent périront; ceux qui la déguisent l'outragent. Gomme ils rougissent d'elle, elle rougit d'eux, elle refuse leur humiliant secours. Elle ne se met pas aux voix, elle se passe des majorités; sans les leurrer et les posséder, elle les gouverne pour leur salut. Le monde subit avec rage l'ascendant d'un petit nombre de fidèles , rangés autour de la vérité, qu'il maudit. Que de fois, savamment travaillé par les ferments du doute , le monde s'est soulevé contre la vérité, dans le dessein de l'anéantir enfin et de l'écraser ! Il n'a tué que des hommes. Chaque fois la vérité est sortie plus brillante de ce bain d'injures et de sang; et le Pontife romain, l'homme en qui la vérité ne peut défaillir, élève sa voix et répand sur les ruines du monde la parole qui réparera tout. Que dit - il alors ? Rien de nouveau. Il pardonne comme il a toujours pardonné , il enseigne ce qu'il a toujours enseigné. Il

répète ce que Pierre et Paul ont dit à César et à Rome , ce que les martyrs ont confessé dans les supplices , ce que les pères et les docteurs ont appris à toutes les nations , ce que les missionnaires portent également à la barbarie sauvage et à la barbarie civilisée : la vérité qui a été repoussée partout et toujours, et qui partout et toujours a vaincu.

Jamais le monde n'a besoin d'une vérité nouvelle : il n'a besoin que de la vieille vérité , qui lui est cachée par quelque vieille ou nouvelle erreur. Appliquonsnous seulement à comprendre la sagesse de l'Église , à lui soumettre nos cœurs et nos esprits ; obéissons ingénument, laissons le reste à Dieu. Quoi qu'il arrive. Dieu ne nous reprochera jamais de n'avoir pas été plus clairvoyants que l'Eglise.

Hors de cette voie, les catholiques ne rencontrent qu'embarras, contradictions, faiblesses cruelles. Ils n'ont plus leur force et leur lumière. On les voit aller, revenir, s'inquiéter de l'opinion , chercher partout des soutiens et n'en trouver aucun de solide , s'arrêter et se précipiter hors de propos; tomber enfin dans ces vulgaires maladies de l'esprit qu'on appelle le découragement et le mécontentement. (10, p. 278.)

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