Deux sentiments se partagent l'âme du chré
tien témoin de nos débats sur les affaires de la religion : il éprouve en même temps la joie la plus noble et la plus vive douleur; il goûte les plus puissantes consolations de l'espérance, il subit les plus cruelles angoisses du découragement. C'est un bonheur, sans doute, un bonheur aussi profond que légitime, de voir dans la force de leur position, dans la lumière de leur bon sens, dans la dignité de leur conscience , les défenseurs de nos grandes vérités sociales ; mais quelle douleur de contempler du même regard le nombre, l'entêtement, l'audacieuse injustice de nos adversaires! Comment ne pas croire au triomphe de cette raison si évidente, de cette loyauté si parfaite, de ces principes si nécessaires, exposés, développés, soutenus avec tant de courage par des hommes dont le talent s'accroît de toute la force d'une éclatante probité? Gomment ne pas trembler que tout cela n'échoue et ne demeure éternellement inutile, lorsqu'on voit tout cela glisser sur des esprits gagnés d'avance à l'erreur, qui n'écoutent que pour la forme, et dont rien au monde, ni la logique la plus pressante , ni le fait le plus patent, ni leur intérêt même, ne peut modifier l'intraitable résolution? On a beau dire et beau prouver que la charte est violée, que la religion est menacée, que la liberté est en péril, que la dynastie enfin, cette chose suprême, court hasard, quand le pouvoir humain attente au pouvoir spirituel ; il se trouve des conservateurs, des libéraux, des dynastiques , des catholiques, ou du moins des gens qui prétendent l'être et qui jurent qu'ils le sont, pour étouffer, sous une dénégation sans preuve, sous un sophisme, sous un vote muet, toutes les choses qu'ils prétendent conserver et défendre. Il semble que ce soit peine perdue de vouloir les éclairer; bien plus , ils déclarent que cette lumière les irrite; pour qu'il leur plaise de se montrer justes et raisonnables, il faut qu'on ne les presse pas. Ils nous disent : (( Sachez que les discussions religieuses n'ont jamais servi la religion ; et pour le prouver, nous allons vous frapper. » Mais ils ne savent pas que de tels coups
usent le marteau, non l'enclume; que l'assaillant succombe, et que la victime reste debout. (6 , p. 105.)
440. — Toute l'histoire du monde chrétien depuis dix-huit siècles n'est que le récit des luttes de la liberté chrétienne, représentée par l'Église, contre les réactions et les entreprises du despotisme. Depuis la croix de Jésus -Christ jusqu'au trône de Pie IX, on ne voit pas autre chose. Le combat remplit tout l'espace entre ces deux calvaires. (7, p. 236.)