‹ Pensées de Nicole de Port RoyalChapitre 47 sur 99 · REGLES POUR S ECLAIRER L ESPRIT ET LE COEUR DANS LES DISPUTES · texte numérisé non relu

REGLES POUR S ECLAIRER L ESPRIT ET LE COEUR DANS LES DISPUTES

Les règles pour conduire sûrement notre esprit, sont d'appliquer de bonne foi sa lumière pour connaître, si l'on peut, la vérité dans les choses que l'on est obligé de juger par soi-même, et dans les choses dont on doit juger par autorité; de s'appliquer de bonne foi à comparer l'autorité des personnes qui les décident, en ne préférant pas sans raison les unes aux autres y et ne portant pas cette déférence au-delà de la raison.

A ne s'attacher au sentiment qu'on préférera que selon la mesure de son évidence qui n'étant qu'humaine, doit être toujours accompagnée de défiance , par la vue des egaremens de ceux que nous croyons être dans l'erreur. Car, quoique nous jugions qu'ils se trompent selon une lumière particulière, nous devons craindre de nous tromper nous-mêmes, selon une lumière plus générale, c'est-à-dire selon la connais-

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sance que nous devons avoir de la faiblesse de nos lumières, et l'expérience sensible que nous avons tous les jours, que l'on se trompe très -souvent dans les choses que l'on croit le plus évidentes.

La règle pour conduire le cœur est de chercher toutes les excuses raisonnables pour couvrir les défauts et les erreurs que nous sommes obligés d'attribuer au prochain, en n'attribuant jamais à un certain principe ce qui peut naître d'un autre; en regardant leurs actions du meilleur biais qu'il est possible, en bornant sa lumière à ce que l'on voit, sans se donner la liberté de deviner au-delà. C'est de désirer intérieurement que le prochain n'ait point la faute ou le défaut que nous sommes obligés de lui imputer. Ce qui paraîtra, si nous sommes bien aises qu'il s'en justifie, si nous l'écoutons avec inclination et sans désespérer que la justice puisse être de son côté.

Qui aurait soin de demeurer ferme dans ces règles ne commettrait guère de fautes dans les partages d'opinions si ordinaires parmi les hommes.

PENSEES MORALES. IQJ

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