SUR LES PENSÉES DE PASCAL
Il vient de paraître un livre qui est peut-être un des pins utiles que l'on puisse mettre entre les mains des princes; c'est le recueil des Pensées de 31. Pascal. Outre l'avantage qu'on en peut tirer pour les affermir dans la véritable religion, il y a de plus un air si grand, si élevé et en même temps si simple, si éloigné d'affectation dans tout ce qu'il écrit, que rien n'est plus capable de leur donner le goût et l'idée d'une manière noble et naturelle d'écrire et de parler.
Je ne dirai pas que fout soit également bon. Qu'on me permette donc d'exprimer ma pensée. J'y trouve un grand nombre de pierres assez bien taillées et capables d'orner un grand bâtiment; mais le reste ne m'a paru que des matériaux confus, sans que je visse l'usage que M. Pascal en voulait faire-.
PENSEES MORALES. IOO,
Il v a même quelques sentimens qui ne me paraissent point tout à fait exacts, et qui ressemblent à des pensées hasardées, que l'on écrit seulement pour les examiner avec plus de soin.
Ses réflexions sur les Principes naturels me paraissent trop générales. Nous nous aimons naturellement, c'est-à-dire notre corps, notre âme, notre être; nous aimons tout ce qui est naturellement joint à ces premiers objets de notre amour, comme le plaisir, la vie, l'estime, la grandeur; nous haïssons tout ce qui y est contraire, comme la douleur, la mort, l'infamie : la bizarrerie des coutumes n'a lieu que dans les choses qui ne sont pas naturellement liées avec ce.-» premiers objets de nos affections.
M. Pascal suppose que l'ennui vient de ce que l'on se voit, de ce que l'on pense à soi, et que le divertissement consiste en ce qui nous ôte cette pensée; cela est peut-être plus subtil que solide.
Mille personnes s'ennuient sans penser à eux; ils s'ennuient, non de ce qu'ils pensant, mais de ce qu'ils ne pensent pas assez*
1IO PEKSKtS MORALES.
Le plaisir de l'âme consiste à penser, et à penser vivement et agréablement; elle s'ennuie sitôt qu'elle n'a plus que des pensées languissantes, ce qui lui arrive dans la solitude, parce qu'elle n'y est pas si fortement remuée : c'est pourquoi ceux qui sont bien occupés d'eux-mêmes peuvent s'attrister , mais ne s'ennuient pas.
La tristesse et l'ennui sont des mouvemens différens; l'ennui cherche le divertissement, la tristesse le fuit : l'ennui vient de la privation du plaisir et de la langueur de l'âme qui ne pense pas assez; la tristesse vient des pensées vives, mais affligeantes. M. Pascal confond tout cela; je pourrais faire encore plusieurs objections sur ces pensées, qui me semblent quelquefois un peu trop dogmatiques, et qui incommodent ainsi mon amour-propre, qui n'aime pas à être régenté si fièrement.
PE5SEES MORAIE», ]Ii
i>u discours sua l'histoire UNIVERSELLE,
PAR ROSSUET.
Il y a dans ce livre tant d'esprit, de solidité, d'élévation, de grandeur, de génie, de lumière sur le fond de la religion, qu'il serait honteux de ne l'avoir pas lu et relu plusieurs fois. Je ne sais même pas s'il n'y aurait pas de l'injustice en cela. Car c'est un devoir que les personnes judicieuses doivent aux ouvrages solides et judicieux comme celui-là , de les distinguer , par une application et une approbation particulières , de la foule de ces écrits qui ne sont propres qu'à contenter l'imagination, et non la raison. Il est peu de livres où un esprit bien fait puisse trouver plus de lumières.
Quel livre peut plus contribuer à bohs inspirer une liante idée de la Divinité, que cet excellent ouvrage, qui fait voir d'une manière si noble et si profonde que, depuis la chute de l'homme , tout n'existe que pour Jesus-Christ et par Jésus-Cln^t ; que tout
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tend à lui comme à la fin de toute conduite de Dieu sur les hommes; que tout sert à relever sa gloire et sa grandeur; que tous les siècles qui l'ont précédé n'ont servi qu'à préparer sa venue, à marquer les besoins que les hommes ont de lui, à prouver la religion qu'il devait établir ; que tous ceux qui l'ont suivi ne servent qu'à relever sa miséricorde et sa puissance; qu'il n'y aura que la seule grandeur de Jésus- Christ tout entier, c'est-à-dire du chef et des membres , qui subsistera éternellement , et que tout le reste sera détruit et abîmé dans l'extrémité de la misère et de la bassesse?
Tout ce que l'on peut accorder aux vapeurs, langueurs et autres prétextes dont 1rs dames ne manquent jamais quand elles \mlent s'exempter de quelque lecture qui demande une application sérieuse , est de passer légèrement sur la première et troisième partie de cet ouvrage, dont l'une contient un abrégé rapide de l'histoire de 5ooo ans , très-noblement écrit, et l'autre des réflexions judicieuses sur rarcroissement et l.i décadence des grands empires. Mais la
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seconde partie, qui est la principale, mérite sans doute que celles qui sont capables d'en profiter fassent céder le divertissement à l'utilité, et qu'elles s'accoutument à chercher leur divertissement dans la vue de ces grands objets qui fournissent à l'âme une nourriture forte et solide.