‹ Pensées de PascalChapitre 32 sur 111 · CHAPITRE XI. 233 Mais pour vous montrer que cela y mène, c'est que · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI. 233 Mais pour vous montrer que cela y mène, c'est que

maîne? La raison n'a-t-elle été donnée à l'homme que pour en faire le sacrifice, et le seul moyen de croire à la Suprême Intelligence est-il, comme le veut et le dit Pascal, de nous abêtir? Cette terrible sentence, portée par un tel génie et par un génie naturellement si superbe, accablerait l'humanité, s'il n'y avait quelque chose au-dessus du génie lui-même, à savoir le sens commun. Cette môme raison que Pascal veut en vain étouffer, qui a été donnée à chaque homme et ne manque à aucun d'eux dans aucun pays et dans aucun temps, et qui leur persuade à tous, sans le secours d'une révélation positive et sans celui de démonstrations arbitraires, l'existence d'une âme spirituelle, la distinction du bien et du mal, le devoir et le droit, la liberté et la responsabilité des actions, une justice éternelle, une providence divine qui a tout fait avec poids et mesure, qui possède dans un degré infini tous les attributs qui reluisent dans ses œuvres, non-seulement la puissance et la grandeur, mais la liberté, l'intelligence et la vie. Toutes ces grandes croyances dont Pascal a soif comme l'humanité tout entière, le sens commun les a révélées plus ou moins imparfaitement dès le premier jour à tous les hommes ; et, pour quelques génies égarés qui ont eu le malheur de les méconnaître, les génies les plus excellents ont mis leur gloire à les établir et à les répandre. Elles sont le patrimoine de la race humaine, son trésor au milieu de toutes ses misères. C'est bien mal la servir que d'entreprendre de les lui ravir d'une main, quand on n'est pas bien sûr de les lui rendre de l'autre. Comme si, d'ailleurs, lorsqu'on a hébété l'homme, il en était plus près de Dieu ! » (Cousin.) — On voit, par le passage qu'on vient de lire, que M. Cousin prend le mot abêtir dans son acception la plus rigoureuse. MM. Faugère et Maynard ne l'entendent point de la môme façon.

Saint Paul : « Nemo se seducat : si quis videtur inter vos sapiens esse in hoc saeculo, stultus fiat ut sit sapiens. — Sapientiaenimhujus mundi, stultitiaest apud Deum. » I Cor.^ m, 18,19.

Dans Pascal comme dans saint Paul, abêtir ne doit pas être pris à la lettre, mais dans la profondeur du sens chrétien.

(Faugère.)

Selon l'observation excellente que j'entendais faire à M. Ballanche, beaucoup de ces mots étonnants et outrés qu'on surprend sur les brouillons de Pascal (comme vous fl/>éf/r«) pouvaient bien n'être, dans sa sténographie rapide, qu'une sorte de mnémonique pour accrocher plus à fond la pensée et la retrouver plus sûrement. Ces mots-là n'auraient point paru en public, et la pensée se serait revêtue avec plus de convenance à la fois et de vérité, en parfaite harmonie avec le sujet, (Sainte-Beuve.)

cela diminuera les passions, qui sont vos grands

obstacles, etc.

Or, quel mal vous arrivera-t-il en prenant ce parti? Vous serez fidèle, honnête, humble, reconnaissant, bienfaisant, sincère ami, véritable. A la vérité, vous ne serez point dans les plaisirs empestés, dans la gloire, dans les délices; mais n'en aurez-vous point d'autres ?

Je vous dis que vous y gagnerez en cette vie; et qu'à chaque pas que vous ferez dans ce chemin, vous verrez tant de certitude de gain, et tant de néant de ce que vous hasardez, que vous reconnaîtrez à la fin que vous avez parié pour une chose certaine, infinie, pour laquelle vous n'avez rien donné.

Oh ! ce discours me transporte, me ravit, etc.

Si ce discours vous plaît et vous semble fort, sachez qu'il est fait par un homme qui s'est mis à genoux auparavant et après pour prier cet Être infini et sans parties, auquel il soumet tout le sien, de se soumettre aussi le vôtre pour votre propre bien et pour sa gloire; et qu'ainsi la force s'accorde avec cette bassesse.

f Ceux qui espèrent leur salut sont heureux en cela, mais ils ont pour contre-poids la crainte de l'enfer. — Qui a plus de sujet de craindre l'enfer, ou celui qui est dans l'ignorance s'il y a un enfer, et dans la certitude de damnation, s'il y en a; ou celui qui est dans une certaine persuasion qu'il y a un enfer, et dans l'espérance d'être sauvé, s'i4 est ?

f J'aurais bientôt quitté les plaisirs, disent-ils, si j'avais la fol. Et moi, je vous dis : Vous auriez bientôt

CHAPITRE XL 235 la foi, si \ous avîiez quitté les plaisirs. Or, c'est h vous à commencer. Si je pouvais, je vous donnerais la foi. Je ne puis le faire, ni partant éprouver la vérité de ce que vous dites. Mais vous pouvez bien quitter les plaisirs, et éprouver si ce que je dis est vrai.

^ Quiconque n'ayant plus que huit jours à vivre ne trouvera pas que le parti est de croire que tout cela n'est pas un coup du hasard...

Or, si, les passions ne nous tenaient point, huit jours et cent ans sont une même chose.

Les preuves de Dieu métaphysiques sont si éloignées du raisonnement des hommes, et si impliquées, qu'elles frappent peu ; et quand cela servirait à quelques-uns, ce ne serait que pendant l'instant qu'ils voient cette démonstration, mais une heure après ils craignent de s'être trompés.

Quod curiositate cognoverint superbia amiserunt.

C'est ce que produit la connaissance de Dieu qui se tire sans Jésus-Christ , qui est de communiquer sans médiateur avec le Dieu qu'on a connu sans médiateur. Au lieu que ceux qui ont connu Dieu par médiateur connaissent leur misère.

Jésus-Christ est l'objet de tout et le centre où tout tend. Qui le connaît connaît la raison de toutes choses.

Ceux qui s'égarent ne s'égarent que manque de voir une de ces deux choses. On peut donc bien connaître Dieu sans sa misère, et sa misère sans Dieu; mais on ne peut connaître Jésus-Christ sans connaître tout ensemble et Dieu et sa misère.

El c'est pourquoi je n'entreprendrai pas ici de prouver par des raisons naturelles, ou Texistence de Dieu, ou la Trinité, ou Timmortalité de Tâme, ni aucune des choses de cette nature; non-seulement parce que je ne me sentirais pas assez fortpour trouver dans la nature de quoi convaincre des athées endurcis, mais encore parce que cette connaissance, sans Jésus-Christ, est inutile et stérile. Quand un homme serait persuadé que les proportions des nombres sont des vérités immatérielles, éternelles, et dépendantes d'une première vérité en qui elles subsistent, et qu'on appelle Dieu, je ne le trouverais pas beaucoup avancé pour son salut.

C'est une chose admirable que jamais auteur canonique ne s'est servi de la nature pour prouver Dieu*. Tous tendent à le faire croire : David, Salomon, etc., jamais n'ont dit : Il n'y a point de vide, donc il y a un Dieu. Il fallait qu'ils fussent plus habiles que les plus habiles gens qui sont venusdepuis, qui s'en sont tous servis. Cela est très-considérable.

* Non vraiment, cela n'est pas très-considérable ; car rien n*est plus manifestement faux. Les saintes Écritures ne sont point un cours de physique ; elles ne prennent point le langage de la science, encore bien moins celui d'aucun système particulier; elles ne disent point : Il n'y a point de vide, donc il y a un Dieu, bizarre argument qui n'est nulle part, si ce n'est peut-être dans quelque obscur cartésien ; mais elles enseignent, et cela à toutes les pages et de toutes les manières, que tes deux racontent ta gloire de leur auteur,.. Saint Paul ne dit-il pas: (dis ont connu ce qui se peut découvrir de Dieu, Dieu môme le leur ayant fait connaître ; car la grandeur invisible do Dieu, sa puissance éternelle et sa divinité deviennent visibles, en 86 faisant connaître par ses ouvrages, depuis la création du monde. »

(Cousin.)

Page 1