CHAPITRE XXIIL
[Sur les miracles.]
Miracle, — C'est un effet qui excède la force naturelle des moyens qu'on y emploie; et non-miracle, est un effet qui n'excède pas la force naturelle des moyens qu'on y emploie. Ainsi, ceux qui guérissent par l'intervention du diable ne font pas un
* Les Pascal, les Rancé, ces purs et francs chrétiens, croyaient avant tout à Jésus-Christ dans le christianisme, à un Dieu-homme ayant exactement souffert comme eux et plus qu'eux, ayant sué la sueur d'agonie dans tous ses membres, et l'essuyant de leur front : de là leur force. Quand Pascal arrive à parler de Jésus-Christ dans son livre , il ne tarit plus : il tient du coup le centre et la clef, l'explication de la misère humaine aussi bien que le fondement de toute grâce; les paroles magnifiques et précises qu'il emploie ne sauraient môme se citer hors de place sans se profaner. C'est pour n'avoir pas senti, pour avoir insensiblement oublié à quel point et à quel degré de réalité Pascal croyait à Jésus-Christ, au Dieu homme et Sauveur, qu'on a voulu faire de lui un sceptique. Certes il eût été sceptique sans sa croyance à Jésus-Christ, et cela vous semble peu de chose, parce que, si nous n'y prenons garde, nous devenons sujets, tous tant que nous sommes, en parlant beaucoup de christianisme, à ne plus bien savoir ce que c'est que Jésus-Christ au sens réel et vivant où il le prenait.
Qu'on veuille encore une fois se représenter l'état vrai de la question : des deux puissances qui sont aux prises chez Pascal et dont l'une triomphe, il en est une que nous comprenons tout entière, que nous sentons toujours et de mieux en mieux, le scepticisme ; et quant à l'autre, quant au remède pour lui souverainement efficace et victorieux, nous sommes de plus en plus en train de l'oublier, ou du moins de le transformer vaguement, de n'y pas attacher tout le sens eff"ectif : de là nous nous trouvons induits, en jugeant Pascal, à transporter en lui le manque d'équiUbre qui est en nous, à le voir plus en doute et plus en détresse qu'il n'était réellement sous ses orages.
(Sainte-Beuve.)