CHAPITRE I
ble désir de rencontrer la vérité, j'espère qu'ils y auront satisfaction, et qu'ils seront convaincus des preuves d'une religion si divine, que j'ai ramassées ici, et dans lesquelles j'ai suivi à peu près cet ordre K
1 On voit par ces dernières lignes que le fragment qu'on vient de lire était destiné'à former la préface du livre que méditait Pascal.
A la suite de ce frag-ment, on trouve dans les copies le morceau suivant qui en est, sans aucun doute, une variante :
« Avant que d'entrer dans les preuves de la religion chrétienne, je trouve nécessaire de représenter l'injustice des hommes qui vivent dans l'indifférence de chercher la vérité d'une chose qui leur est si importante et qui les touche de si près.
)J De tous leurs égarements, c'est sans doute celui qui les convainc le plus de folie et d'aveuglement et dans lequel il est le plus facile de les confondre par les premières vues du sens commun et par les sentiments de la nature. Car il est indubitable que le temps de cette vie n'est qu'un instant ; que l'état de la mort est éternel, de quelque nature qu'il puisse être, et qu'ainsi toutes nos actions et nos pensées doivent prendre des routes si différentes selon l'état de cette éternité, qu'il est impossible de faire une démarche avec sens et jugement qu'en la réglant par la vue de ce point qui doit être notre dernier objet.
» Il n'ya rien de plus visible que cela, et qu'ainsi, selon les principes de la raison, la conduite des hommes est tout à fait déraisonnable, s'ils ne prennent une autre voie. Que l'on juge donc là-dessus de ceux qui vivent sans songer à cette dernière fin de la vie, qui, se laissant conduire à leurs inclinations et à leurs plaisirs sans réflexion et sans inquiétude, et comme s'ils pouvaient anéantir l'éternité en en détournant leur pensée, ne pensent à se rendre heureux que dans cet instant seulement.
» Cependant cette éternité subsiste, et la mort qui la doit ouvrir et qui les menace à toute heure les doit mettre infaiUiblement dans peu de temps dans l'horrible nécessité d'être éternellement ou anéantis ou malheureux, sans qu'ils sachent laquelle de ces éternités leur est à jamais préparée.
» Voilà un doute d'une terrible conséquence. Ils sont dans le péril de l'éternité de misères : et sur cela, comme si la chose n'en valait pas la peine, ils négligent d'examiner si c'est de ces opinions que le peuple reçoit avec une facilité trop crédule, ou de celles qui, étant obscures d'elles-mêmes, ont un fondement très-solide quoique caché. Ainsi, ils ne savent s'il y a vérité ou fausseté dans la chose, ni s'il y a force ou faiblesse dans les preuves. Ils les ont devant les yeux;
^ Entre nous? et Penfer ou le ciel, il n'y a que la vie entre deux, qui est la chose du monde la plus fragile.
Un homme dans un cachot, ne sachant si son arrêt est donné, n'ayant plus qu'une heure pour l'apprendre, cette heure suffisant, s'il sait qu'il est donné, pour le faire révoquer, il est contre la nature qu'il emploie cette heure-là, non à s'informer si cet arrêt est donné, mais à jouer au piquet*. Ainsi, il est surnaturel que l'homme... C'est un appesantissement de la main de Dieu.
Ainsi, non-seulement le zùle de ceux qui le cherchent prouve Dieu, mais l'aveuglement de ceux qui ne le cherchent pas»
^ Je trouve bon qu'on n'approfondisse pas Popinion de Copernic; mais ceci!... il importe à toute la vie de savoir si l'âme est mortelle ou immortelle.
ils refusent d'y regarder, et dans cette ignorance, ils prennent le parti de faire tout ce qu'il faut pour tomber dans ce malheur au cas qu'il soit, d'attendre à en faire l'épreuve à la mort, d'être cependant fort satisfaits en cet état, d'en faire profession, et enfin d'en faire vanité. Peut-on penser sérieusement à l'importance de cette affaire sans avoir horreur d'une conduite si extravagante?
» Ce repos, dans cette ignorance, est une chose monstrueuse, et dont il faut faire sentir l'extravagance et la stupidité à ceux qui y passent leur vie, en la leur représentant à eux-mêmes, pour les confondre par la vue de leur folie. Car voici comment raisonnent les hommes , quand ils choisissent de vivre dans cette ignorance de ce qu'ils sont, et sans rechercher d'éclaircissement :
<( Je ne sais, disent-ils... »
* Port-Royal change ainsi cette fin de phrase : « non à s'informer si cet arrêt est donné, mais à jouer et à se divertir. » La phrase suivante étantinachevéedans lemanuscrit autographe ettellequ'elle se lit ici, Port-Royal la supprime, et la remplace parcelle-ci : u C'est l'état où se trouvent ces personnes, avec cette différence que les maux dont ils sont menacés sont bien autres que la simple perte de la vie et un supplice passager, que ce prisonnie^r appréhenderait. >»
CHAPITKK 11. 117 f Nous courons sans souci dans le précipice, après que nous avons mis quelque chose devant nous pour nous empêcher de le voir.