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DE LA PIÉTÉ, DE LA RELIGION, DES LIVRES SAINTS ET DES PRÊTRES

Dieu est tellement grand et tellement vaste, que, poui le comprendre, il faut le diviser

Dans cette opération d'imaginer Dieu, le premiei moyen est la figure humaine , le dernier terme la lumière, et, dans la lumière, la splendeur. Je ne sais si l'imagination peut aller plus loin; mais l'esprit pour suit quand elle s'arrête ; l'étendue se présente à lui, h

toute-puissance, l'infinité Cercle ravissant à décrirt

et qui recommence toujours. On le quitte, on le re prend; on s'y plonge, on en sort. Qu'importe que tout le monde l'achève? Notre devoir, notre bonheur sont d'y tenir et non de le tracer.

On connaît Dieu par la piété, seule modification de notre âme par laquelle il soit mis à notre portée et puisse se montrer à nous.

^ IV

Nous croyons toujours que Dieu est semblable à

nous-mêmes : les indulgents l'annoncent indulgent; les haineux le prêchent terrible.

Tout ce qui est très-spirituel, et où l'âme a vraiment part, ramène à Dieu, à la piété. L'âme ne peut se mouvoir, s'éveiller, ouvrir les yeux, sans sentir Dieu. On sent Dieu avec l'âme, comme on sent l'air avec le corps.

Oserai -je le dire ? On connaît Dieu facilement, pourvu qu'on ne se contraigne pas à le définir

On ne comprend la terre que lorsqu'on a connu le ciel. Sans le monde religieux, le monde sensible offre une énigme désolante

Tout ce qui présente à l'homme un spectacle dont il ne peut déterminer ni la cause ni les bornes, le conduit à l'idée de Dieu, c'est-à-dire de celui qui est infini.

Le Dieu de la métaphysique n est qu'une idée , mais le Dieu des religions, le Créateur du ciel et de la terre, le Juge souverain des actions et des pensées, est une force.

L'univers obéit à Dieu , comme le corps obéit k l'âme qui le remplit.

Le rnonde a été fait comme la toile de l'arai-j^çnée '. Dieu l'a tiré de son sein, et sa volonté l'a filé, l'a déroulé et l'a tendu. Ce que nous nommons le néant est sa plénitude invisible ; sa puissance est un peloton,

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mais un peloton substantiel, contenant un tout inépuisajjle, qui se dévide à chaque instant, en demeurant toujours entier. Pour créer le monde, un grain de matière a sufïi ; car tout ce que nous voyons, cette masse qui nous ett'rayc, n'est rien qu'un grain que l'Éternel a créé et mis en œuvre. Par sa ductilité, par les creux qu'il enferme et l'art de l'ouvrier, il oifre, dans les décorations qui en sont sorties, une sorte d'immensité Tout nous paraît plein, tout est vide, ou, pour mieux dire, tout est creux. Les éléments eux-mêmes sont creux ; Dieu seul est plein. Mais ce grain de matière, où était-il? Il était dans le sein de Dieu , comme il y est présentement.

« Rien ne se fait de rien, » disent-ils; mais la souveraine puissance de Dieu n'est pas rien ; elle est la source de la matière aussi bien que celle de l'esprit

xui.

Le monde est monde par la forme ; par le fond il n'est qu'un atome. En retirant son souffle ii lui, le Créateur pourrait en désenfler le volume et le détruire aisément. L'univers, dans cette hypothèse, n'aurait ni débris ni ruines ; il deviendrait ce qu'il était avant le temps, un grain de métal aplati, un atome dans le vide, bien moins encore, un néant.

En mettant sans cesse la matière devant nos yeux, on nous empêche de la voir. Vainement on vante l'ouvrier en nous étalant les merveilles de son ouvrage; la masse offusque, l'objet distrait, et le but, sans cesse indiqué, est sans cesse impossible à voir.

xy.

Dieu multiplie l'intelligence , qui se communique

comme le feu, à l'infini. Allumez mille flambeaux à im flambeau, sa flamme demeure toujours la même.

Dieu n'aurait-il fait la vie humaine que pour en contempler le cours, en considérer les cascades, le jeu et les variétés, ou pour se donner le spectacle de mains toujours en mouvement, qui se transmettent un flambeau? Non, Dieu ne fait rien que pour l'éternité.

Notre immortalité nous est révélée d'une révélation innée et infuse dans notre esprit. Dieu lui-même, en le créant, y dépose cette parole, y grave cette vérité, dont les traits et le son demeurent indestructibles. Mais, en ceci, Dieu nous parle tout bas et nous illumine en secret. Il faut, pour l'entendre, du silence intérieur ; il faut, pour apercevoir sa lumière, fermer nos sens et ne regarder que dans nous.

Notre âme est toujours pleinement vivante; elle l'est dans l'infirme, dans l'évanoui, dans le mourant; elle Test plus encore après la mort.

Il n'est permis de parler aux hommes de la destruction que pour les faire songer à la durée, et de la mort que pour les faire songer à la vie; car la mort court à la vie, et la destruction se précipite dans la durée.

Notre chair n'est que notre pulpe; nos os, nos membranes, nos nerfs, ne sont que la charpente du noyau où nous sommes enfermés, comme en un étui. C'est par exfoliations que l'enveloppe corporelle se dissipe; mais l'amande qu'elle contient, l'être invisible qu'ell enserre, demeure indestructible. Le tombeau nous dé-

vore, mais r.e nous absorbe pas; nous sommes consumés, non détruits.

Le courroux de Dieu est d'un moment; la miséricorde divine est éternelle.

La crainte de Dieu nous est aussi nécessaire pour nous maintenir dans le bien, que la crainte de la mort pour nous retenir dans la vie.

Dieu aime autant chaque homme que tout le genre humain. Le poids et le nombre ne sont rien à ses yeux Éternel, infini, il n'a que des amours immenses.

Le ciel ne nous doit que ce qu'il nous donne, et il nous donne souvent ce qu'il ne nous doit pas.

Rien dans le monde moral n'est perdu, comme dans le monde matériel rien n'est anéanti. Toutes nos pensées et tous nos sentiments ne sont ici-bas que le commencement de sentiments et de pensées qui seront achevés ailleurs.

Où vont nos idées ? Elles vont dans la mémoire de Dieu.

Dieu, en les créant, parle aux âmes et aux natures, et leur donne des instructions dont elles oublient le sens, mais dont l'impression demeure. De cette parole et de ce rayon ainsi déposés, il nous reste, dans les plus grands obscurcissements de l'âme et dans les plus grandes inattentions de l'esprit, une espèce de bourdonnement et de crépuscule qui ne cessent jamais, et

nous troublent tôt ou tard dans nos dissipations extérieures.

Dieu mettra-t-iî les belles pensées au rang des belles actions? Ceux qui les ont cherchées, qui s'y plaisent et s'y attachent, auront-ils une récompense ? Le philosophe et le politique seront-ils payés de leurs plans, comme l'homme de bien sera payé de ses bonnes œuvres ? Et les travaux utiles ont-ils un mérite, aux yeux de Dieu, comme les bonnes mœurs? Peut-être bien ; mais le premier prix n'est pas assuré comme le second, et ne sera pas le même ; Dieu n'en a pas mis dans nos âmes l'espérance et la certitude; d'autres motifs nous déterminent. Pourtant, je me représente fort bien Bossuet, Fénelon , Platon , portant leurs ouvrages devant Dieu , même Pascal et La Bruyère, même Vauvenargues et La Fontaine, car leurs œuvres peignent leur âme, et peuvent leur être comptées dans le ciel. Mais il me semble que J.-J Rousseau et Montesquieu n'auraient osé y présenter les leurs : ils n'y ont mis que leur esprit, leur humeur et leurs efibrts. Quant à Voltaire, les siennes le peignent aussi, et elles lui seront comptées, je pense, mais à sa charge.

Dieu a égara aux siècles. Il pardonne aux uns leurs grossièretés, aux autres leurs raffinements. Mal connu par ceux-là, méconnu par ceux-ci, il met à notre décharge, dans ses balances équitables, les superstitions et les incrédulités des époques où nous vivons. Nous «vivons dans un temps malade : il le voit. Notre intelligence est blessée : il nous pardonnera, si nous lui donnons tout entier ce qui peut nous rester de sain.

îî faut aller au ciel ; là sont dans leurs types toutes les choses, toutes les vérités, tous les plaisirs, dont nous n'avons ici-bas que les ombres. Telle est la suprême beauté de ce monde, que bien nommer ce qui s'y trouve, ou même le désigner avec exactitude, suffirait pour former un beau style et pour faire un beau livre.

Au delà du monde et de la vie, il n'y a plus de tâtonnement. Il n'y a qu'inspection, et tout ce qu'on regarde est vérité.

Il me semble que dans cet avenir lointain d'une autre vie, ceux-là seront les plus heureux qui n'auront pas eu dans leur durée un seul moment qu'ils ne puissent se rappeler avec plaisir. Là-haut, comme ici-bas, nos souvenirs seront une part importante de nos biens et de nos maux.

Le ciel est pour ceux qui y pensent.

La piété est une sagesse sublime, qui surpasse toutes les autres, une espèce de génie, qui donne des ailes à l'esprit. Nul n'est sage s'il n'est pieux.

La piété est une espèce de pudeur. Elle nous fait baisser la pensée, comme la pudeur nous fait baisser les yeux, devant tout ce qui est défendu.

La piété est au cœur ce que la poésie est à l'imagination, ce qu'une belle métaphysique est à l'esprit; elle exerce toute l'étendue de notre sensibilité. C'est un «entimeat par lequel l'âme reçoit une telle modification,

qu'elle a par lui sa rondeur absolue et toute la perfection dont sa nature est susceptible.

La piété est le seul moyen d'échapper à la sécheresse que le travail de la réflexion porte inévitablement dans les sources de nos sensibilités.

Il faut aux femmes une piété plutôt tendre que raisonnée, et aux hommes une grave plutôt que tendre piété.

La piété nous attache à ce qu'il y a de plus puissant, qui est Dieu, et à ce qu'il y a de plus faible, comme les enfants, les vieillards, les pauvres, les infirmes, les malheureux et les affligés. Sans elle, la vieillesse choque les yeux; les infirmités repoussent, Timbécillité rebute. Avec elle, on ne voit dans la vieillesse que le grand âge, dans les infirmités que la souffrance, dans l'imbécillité que le malheur; on n'éprouve que le respect, la compassion et le désir de soulager.

La charité est une espèce de piété. Les dégoûts se taisent tellement devant elle, qu'on peut dire que, pocr les pieux, toutes les afflictions ont de l'attrait.

La religion fait au pauvre même un devoir d'être libéral, noble, généreux, magnifique par la charité.

Dieu n'a pas seulement mis dans l'homme l'amour de soi, mais aussi l'amour des autres. Le pourquoi de la plupart de nos qualités, c'est qu'on est bon, c'est qu'on est homme, c'est qu'on est l'ouvrage de Dieu.

Aimer Dieu, et se faire aimer de lui, aimer nos semblables et nous faire aimer d'eux : voilà la morale et la religion; dans l'une et dans l'autre, l'amour est tout:, fin, principe et moyen.

Dieu veut que nous aimions même ses ennemis.

Il faut rendre les hommes insatiables de Dieu ; c'est une faim dont ils seront malheureusement assez distraits par les passions et les affaires.

Penser à Dieu est une action.

Il faut aimer de Dieu ses dons et ses refus, aimer ce qu'il veut et ce qu'il ne veut pas.

Dieu aime l'âme, et comme il y a un attrait qui porte l'ame à Dieu, il y en a un, si j'ose ainsi parler, qui porte Dieu à l'âme. Il fait de l'âme ses délices.

Nous sommes éclairés parce que Dieu luit sur nous, et nous sommes droits parce qu'il nous touche. Dieu nous éclaire comme lumière; il nous redresse comme règle. Cette règle, non discernée, mais sentie, sert de point de comparaison à nos jugements dans tout ce qui doit être estimé par une autre voie que celle des sens

Dieu ! et de là toutes les vertus, tous les devoirs. S'i en est où l'idée de Dieu ne soit mêlée, il s'y trouve toujours quelque défaut ou quelque excès ; il y manque ou le nombre, ou le poids, ou la mesure, toutes choses éoiii l'exactitude est divine.

20 TITKE 1.

Nous ne voyons bien nos devoirs qu'en Dieu. C'esl le seul fond sur lequel ils soient toujours lisibles à l'e-sprit.

LU

Il n'y a d'heureux que les bons, les sages et les saints; mais les saints le sont plus que tous les autres, tant la nature humaine est faite pour la sainteté.

LUI

Le juste, le beau, le bon, le sage est ce qui est conforme aux idées que Dieu a du juste, du beau, du sage et du bon. Otez Dieu de la haute philosophie, il n'y a plus aucune clarté : il en est la lumière et le soleil : c'est lui qui illumine tout : In lumine tuo videbimus lumen.

Rendons-nous agréables à Dieu; on le peut en tout temps, en tout lieu, en tout état de décadence. L'estime de Dieu, si l'on peut s'exprimer ainsi, est plus facile à obtenir que l'estime des hommes, parce que Dieu nous tient compte de nos efforts,

Il faut céder au cid et résister aux hommes.

Nous nous jugeons suivant le jugement des hommes, au lieu de nous juger suivant le jugement du ciel. Dieu est le seul miroir dans lequel on puisse se connaître; dans tous les autres on ne fait que se voir.

Quand Dieu se retire du monde, le sage se retire en Dieu.

Ceux-là seuls veillent, ô mon Dieu, qui pensent à

VOUS et qui vous aiment. Tous les autres sont endormis ; ils font des rêves et s'attachent à des fantômes. Vous seul êtes la réalité. Rien n'est bien que d'occuper de vous son cœur et son esprit, de faire toutes choses pour vous, de n'être mû que par vous. Mais l'homme est-il fait pour jouir ici-bas d'une telle félicité? S'il en était capable, il aurait sa perfection.

L'oubli des choses de la terre, et l'intention aux choses du ciel; l'exemption de toute ardeur, de tout souci, de tout trouble et de tout eifort; la plénitude de la vie, sans aucune agitation; les délices du sentiment, sans le travail de la pensée; les ravissements de l'extase, sans les apprêts de la méditation; en un mot, la spiritualité pure, au sein du monde et parmi le tumulte des sens : ce n'est que le bonheur d'une minute, d'un instant ; mais cet instant de piété répand de la suavité sur nos mois et sur nos années.

La religion est la poésie du cœur ; elle a des enchantements utiles à nos mœurs ; elle nous donne et le bonheur et la vertu.

La piété n'est pas une religion, quoiqu'elle soit l'âme de toutes. On n'a pas une religion, quand on a seulement de pieuses inclinations, comme on n'a pas de patrie, quand on a seulement de la philanthropie. On n'a une patrie, et l'on n'est citoyen d'un pays, que lorsqu'on se décide à observer et à défendre certaines lois, à obéir à certains magistrats, et à adopter certaines manières d'être et d'agir.

La religion n'est ni une théologie, ni une théosophie ;

elle est plus que tout cela : une discipline, une loi, un joug, un indissoluble engagement.

Sans le dogme, la morale n'est que maximes et que sentences; avec le dogme, elle est précepte, obligation, nécessité.

Ne pourrait-on pas dire que depuis l'avènement de Jésus-Christ, Dieu a infusé dans la nature plus de lumière et plus de grâce? Il semble, en effet, que depuis ce temps il y a eu dans le monde une connaissance plus générale de tous les devoirs, et une facilité plus répandue et plus commune à pratiquer les vraies vertus et toutes les grandes vertus.

Il faut aimer la religion comme une espèce de patrie et de nourrice : c'est elle qui a allaité nos vertus, qui nous a montré le ciel, et qui nous a appris à marcher dans les sentiers de nos devoirs.

La religion est pour l'un sa littérature et sa science ; elle est pour l'autre ses délices et son devoir.

0 religion ! tu donnes une lumière à l'ignorance, une rertu à la faiblesse, une aptitude à l'ineptie, un talent même à l'incapacité.

Aucune doctrine ne fut jamais aussi bien proportionnée que la doctrine chrétienne à tous les besoins naturel? du cœur et de l'esprit humain. La pompe et le faste qu'on reproche à l'Église ont été l'effet et sont la preuve de son incomparable excellence. D'où sont venues, en effet, cette puissance et ces richesses poussôes •

â l'excès, si ce n'est de l'enchantement où elle mit le monde entier? Ravis de sa beauté, des millions d'homires la comblèrent, de siècle en siècle, de donsde legs, de cessions. Elle eut le don de se faire aimer, et celui de faire des heureux. C'est ce qui fit tant de prodiges; c'est de là que lui vint son pouvoir.

On ne peut ni parler contre le christianisme sans colère, ni parler de lui sans amour.

Dans le christianisme, et surtout dans le catholicisme, les mystères sont des vérités purement spéculatives, d'où naissent, par la réunion d'un mystère à 1 autre, des vérités éminemment pratiques.

La religion défend de croire au delà de ce qu elle

enseigne.

Quand on ne peut pas croire qu'il y a eu révélation, on ne croit rien fixement, fermement, invariablement

L'opinion que les hommes ont des choses divines n'est la même ni dans tous les temps, ni dans tous les Heux; mais il faut que dans tous les lieux et dans tous les temps, il y en ait une d'arrêtée, de fixe, de sacrée et d'inattaquable.

Toutes les religions fortes sont furieuses jusqu'à ce qu'elles aient régné. Les vieilles religions ressemblent aux vins vieux, qui échauffent le cœur, mais qui n'enflamment pins la tête.

Les sectes austères sont d'abord les plus rérérées ;

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