XXIV
Le bruit est un son écrasé, informe. Il fend l'air et le (rouble; le son s'y soutient et l'enchante. L'un nous agite, l'autre nous calme ; nous som.mes des instruments que le son met d'accord et que le bruit désorganise.
Le son du tambour dissipe les pensées; c'est par cela même que cet instrument est éminemment militaire.
Le son est au vent ce que la flamme est à la chaleur.
L'écho est le miroir du son et une image du bruit.
Le bruit qui vient d'un seul lieu fait paraître déserts ceux qui sont alentour. Quand il vient de plusieurs, il ^ euple jusqu'aux intervalles.
Sans l'accompagnement du chant de la cigale, le tremblotement de l'air, en été, au soleil et pendant la grande chaleur, est comme une danse sans musique.
Il y a, pendant la pluie, une certaine obscurité qui allonge tous les objets. Elle cause, d'ailleurs, par la disposition où elle oblige notre corps à se placer, une
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sorte de recueillement qui rend l'âme plus sensible Le bruit qu'elle produit, en occupant continuellement l'oreille, éveille l'attention et la tient en haleine. L'espèce de teinte brune qu'elle donne aux murailles, aux arbres , aux rochers , ajoute encore à l'impression causée par ces objets. Enfin, la solitude et le silence qu'elle étale autour du voyageur, en obligeant les animaux et les hommes à se taire et à se tenir à l'abri, achèvent de rendre pour lui les sensations plus distinctes. Enveloppé dans son manteau, la tête recouverte, et cheminant dans des sentiers déserts, il est frappé de tout, et tout est agrandi devant son imagination ou ses yeux. Les ruisseaux sont enflés, les herbes plus épaisses, les minéraux plus apparents ; le ciel est plus près de la terre, et tous les objets, renfermés dans un horizon plus étroit, semblent avoir plus de place et plus d'importance.
Les odeurs sont comme les âmes des fleurs : elles peuvent être sensibles dans le pays même des ombres.
La tulipe est une fleur sans âme ; mais il semble que la rose et le lis en aient une.
Les fleurs portent leurs parfums comme les arbres portent leurs fruits.
Il faudrait qu'on ne recueillît rien de ce qui croît dans nos cimetières, et que leur herbe même eût une inutilité pieuse.
Les lieux meurent comme les hommes, quoiqu'ils paraissent subsister.
Les monuments sont les crampons qui unissent une génération à une autre. Conservez ce qu'ont vu vos pères.
L'agriculture produit le bon sens, et un bon sens d'une nature excellente.
On jouit, par le jardinage, des pures délicatesses de l'agriculture.
Nos jardins, à Paris, sentent le renfermé.
Je n'aime point ces arbres toujours verts. Il y a quelque chose de noir dans leur verdure, de froid dans leur ombrage, de pointu, de sec et d'épineux dans leurs feuilles. Comme d'ailleurs ils ne perdent rien et n'ont rien à craindre, ils me paraissent insensibles, et par conséquent m'intéressent peu.
Les chemins produisent, sur le coteau, le même effet que la rivière dans la plaine.
Les rochers sont l'excuse et l'ornement de la stérilité.
XLni.
Les ailes du papillon sont des feuilles colorées qui le soutiennent sur les fleurs.
xLiy.
Qu'a donné Dieu au roitelet? il Ta rendu content.
J'imagine que les reptiles sont les plus prudents des animaux, qu'ils ont des notions presque toujours claires et vraies, beaucoup d'ignorances et peu d'erreurs.