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11 y a deux sortes d'athéisme : celui qui tend à se
passer de l'idée de Dieu, et celui qui tend à se passer de son intervention dans les affaires humaines
L'irréligion par ignorance est un état de rudesse et de barbarie intérieure. L'esprit qu'aucune croyance, aucune foi n'a plié et amolli, reste sauvage et incapable d'une certaine culture et d'un certain ensemencement. Mais l'incrédulité dogmatique est un état d'irritation et d'exaltation; elle nous met en guerre perpétuelle avec nous-mêmes, notre éducation, nos habitudes, nos premières opinions; avec les autres, nos pères, nos frères, nos voisins, nos anciens maîtres; avec ■'ordre public, que nous regardons comme un désordre ; avec le temps présent, que nous croyons moins éclairé qu'il ne doit l'être; avec le temps passé, dont nous méprisons l'ignorance et la simplicité. L'avenir et le genre humain dans son éternité future, voilà les deux idoles et les seules idoles de l'incrédulité systématique.
La différence est grande d'accepter pour idoles Mahomet ou Luther, ou de ramper aux pieds de J.-J. Rousseau et de Voltaire. On crut du moins n'obéir qu'à Dieu, en suivant Mahomet, qu'aux Écritures, en écoutant Luther. Et peut-être ne faut-il pas décrier le penchant qu'a le genre humain d'abandonner à ceux qu'il croit amis de Dieu le soin de régler sa conscience et de déterminer son esprit. Considéré seulement sous le rapport de l'utilité sociale et présente, ce penchant est utile et conforme à l'ordre. C'est l'assujettissement aux esprits irréligieux qui seul est funeste et proprement dépravateur.
26 TiTnr. i.
N*eiif-elle aucun avantage pour la science et Tins^ truction, la foi en aurait un immense pour la moralité universelle, en maintenant les esprits inférieurs dans les sentiments de docilité et de subordination, qui sont en eux une vertu, un devoir, un moyen de repos pour leur vie, une condition indispensable à leur bonheur et à la sorte de mérite qui les peut honorer.
La vertu n'est pas une chose facile ; pourquoi la religion le serait-elle ?
LXXXVIII
Il y a une grande différence entre la crédulité et la foi : l'une est un défaut naturel de l'esprit, et l'autre une vertu; la première vient de notre extrême faiblesse; la seconde a pour principe une douce et louable docilité, très-compatible avec la force, et qui lui est même très-favorable.
Ferme les yeux, et tu verras.
Pour arriver aux régions de la lumière, il faut passer par les nuages. Les uns s'arrêtent là ; d'autres savent passer outre
Il faut craindre de se tromper en poésie, quand on ne pense pas comme les poètes, et en religion, quand on ne pense pas comme les saints.
*^oyons hommes avec les hommes, et toujours enfants devant Dieu ; car nous ne sommes, en effet, que des enfants à ses yeux. La vieillesse même, devant l'éternité, n'est que le premier instant d'un matm.
Avec Dieu il ne faut être ni savant ni philosophe, mais enfant, esclave, écolier, et tout au plus poëte.
Il faut être religieux avec naïveté, abandon et bonhomie, et non pas avec dignité et bon ton, gravement et mathématiquement.
La dévotion embellit l'ame, surtout l'âme des jeunes gens.
Ceux qui n'ont pas été dévots n'ont jamais eu l'âme assez tendre.
xcvu.
Quand l'humilité n'accompagne pas la dévotion, celle-ci devient inévitablement orgueil.
L'humilité est aussi convenable à l'homme devant Dieu que la modestie à l'enfant devant les hommes.
Y aurait-il quelque chose de supérieur à la foi.... une vue, une vision? Je ne sais quel rayon éclairerait-il mieux certains hommes que certains autres? et, pendant le jour delà vie. Dieu se manifesterait-il à quelquesuns hors de la nuée? Mais quand cela pourrait être, qui oserait se flatter de l'avoir obtenu ?
Dieu éclaira ceuii qui pensent souvent à lui, et qui lèvent les yeux vers lui.
L'idée de Dieu est une lumière, une ^.umière qui guide, qui réjouit; la prière en est l'alimeiit.
28 TITKF. I.
Les meilleures prières sont celles qui n'ont rien de distinct, et qui participent ainsi de la simple adoration. Dieu n'écoute que les pensées et les sentiments. Les paroles intérieures sont les seules qu'il entende.
cm.
Le prie-Dieu est un meuble indispensable au bon
ordre; où il n'est pas, il n'y a point de pénates, point
de respect.
Faites à Dieu cette prière : Etre sans fin et sans commencement, vous êtes ce que l'homme peut concevoir de meilleur. Comme un rayon de la lumière est renfermé dans tout ce qui brille, un rayon de votre bonté reluit dans tout ce qui est vertu. Tout ce que nous pouvons aimer, et tout ce qui est aimable montre une part de votre essence, une apparence de vousmême. Toutes les beautés de la terre ne sont qu'une ombre projetée de celles qui sont dans le ciel. Rendeznous semblables à vous, autant que notre nature grossière permettra cette ressemblance, afin que nous soyons participants de votre bonheur autant que le permet cette vie.
Parler à Dieu de ses souhaits, de ses affaires, cela est-il permis? On peut dire que ceux qui s'en abstiennent par respect, et ceux qui le pratiquent par confiance et simplicité, font bien.
Il faut demander la vertu à tout prix et avec instance, et la prospérité timidement et avec résignation. Demander, c'est recevoir, quand on demande les vrais biens.
DE LA nELlGION. 29
Ce qui rend le culte utile, c'est sa publicité, sa manifestation extérieure, son bruit, sa pompe, son fracas e son observance universellement et visiblement insinuée dans tous les détails de la vie publique et de la vie intérieure ; b est là seulement ce qui fait les fêtes, les temps et les véritables variétés de l'année. Aussi fautil dire hardiment que les chants, les cloches, l'encens, le maigre, l'abstinence, etc., étaient des institutions profondément sages, et des choses utiles, importantes, nécessaires, indispensables.
Il n'y a de véritables fêtes que les fêtes religieuses. Le pauvre oiïre à Dieu, dans ces saints jours, le sacrifice de son salaire, par son repos.
Les évolutions religieuses, comme les processions, les génuflexions, les inclinations du corps et de la tête, la marche et les stations, ne sont ni de peu d'effet, ni de peu d'importance. Elles assouplissent le cœur à la piété, et courbent Pesprit vers la foi.
ex.
La religion est un feu que l'exemple entretient, et qui s'éteint, s'il n'est communiqué.
Pour être pieux, il faut qu'on se fasse petit. Les attitudes qui, en nous faisant ployer nos membres, en amoindrissent le volume ou en inclinent la hauteur sont favorables à la piété. Aussi dit-on que la piété nou porte à nous anéantir devant Dieu.
Les cérémonies du catholicisme plient à la politesse.
Dieu est esprit et vérité. Il Toit tout, il sait tout, il contient en lui toutes choses. Dieu est justice : il punira toutes les fautes. Dieu est bonté : il pardonne au repentir. Enfin Dieu est miséricorde: il a pitié de tous nos maux. Chaque jour il faut le prier, attacher sa pensée sur cette lumière qui épure, sur ce feu qui consume nos corruptions, sur ce modèle qui nous règle, sur cette paix qui calme nos agitations, sur ce principe de tout être qui ravive notre vertu. Il faut tous les jours lui offrir un sacrifice: sacrifice de notre, corps, parla douleur, en la portant avec patience, comme un de ses commandements : parle plaisir, en s' abstenant : sacrifice de notre cœur, en l'aimant plus que toutes choses, en donnant toutes choses pour lui, en subordonnant à son amour nos plus tendres attachements : sacrifice de notre esprit, en réprimant toute curiosité qui nous éloigne de lui, en retranchant de nous, pour lui, une part de notre raison, en croyant pour l'amour de lui ce qu'il veut que nous croyions : sacrifice de nos fortunes, en souffrant pour lui les mauvaises, et en nous privant d'une part des bonnes pour lui.
Il faut parer aux yeux des hommes les victimes qui
B'offrent à Dieu.
Les grands saints peuvent être de grands pécheurs, parce qu'ils sont hommes, c'est-à-dire parce qu'ils sont libres. La liberté explique toutes les fautes, tous les crimes, tous les malheurs, mais elle fait aussi tous les mérites.
ex VI.
Les saints qui ont eu de l'esprit me paraissent supé-