DES MŒURS PUBLIQUES ET PRIVEES
Il y a uniformité dans les mœurs, quand les proverbes sont cités , avec la même révérence , par les prudents de toutes les classes de la société.
Le peuple est capable de vertu , mais incapable de sagesse. Plus infaillible dans son estime que dans ses préférences, U sait connaître, mais ne sait pas choisir. Il y a plus de sens qu'on ne croit dans cette épigramme contre un boucher qui, ayant besoin d'un avocat, se rendit au palais, en la grand'salle, et y fit choix du plus gras.
« Je pense comme ma terre », disait un propriétaire' mot plein de sens, et dont on peut faire l'application chaque jour. Les uns pensent en eifet comme leur terre, les autres comme leur boutique, quelques-uns comme leur marteau, quelques autres comme leur bourse vide et qui aspire à se remplir.
Le vrai bourgeois est , par caractère, possesseur paisible et paresseux de ce qu'il a; il est toujours content de lui, et facilement content des autres.
Dans les classes sans éducation , les femmes valent mieux que les hommes : dans les classes distinguées , au contraire, on trouve les hommes supérieurs aux femmes. C'est que les hommes sont plus susceptibles d'être riches en vertus acquises, et les femmes en vertus natives.
Le ^ablic vertueux et judicieux est seul le véritable
public, le seul dont les suffrages puissent compter, et dont les jugements fassent loi.
La voix du peuple n'a d'autorité que lorsqu'elle est celle d'un peuple contenu.
L'idée de îa perfection est plus nécessaire aux hommes que les modèles, je ne veux pas dire seulement dans les arts, mais aussi dans les mœurs.
H faudrait qu'il y eût, pour le peuple, une histoire secrète des bienfaits des rois, et, pour ceux-ci , une histoire secrète des justes châtiments que les peuples ont quelquefois infligés aux rois. Les rois ne devraient lire que ceile-ci, et les peuples que celle-là.
Jamais les hommes, même malgré d'immenses bienfaits , n'aiment invariablement ceux qui les dépravent.
Le peuple hait ses vices dans les grands ; mais il aime dans les rois une bonté qui ressemble à la sienne. C'est que la sienne est la meilleure, comme ses vices sont les pires.
On veut que le pauvre soit sans défauts; c'est que peut-être il lui serait • facile d'être parfait. La misère éteint les passions, et l'abondance les nourrit. Les petits n'ont guère que des besoins.
Une belle conduite est plus aimable avec des hommes innocents, comme une belle voix a plus d'éclat dans les lieux où il y a de l'écho.