MÉTAPHYSICIENS
Bacon porta son imagination dans la physique, comme Platon avait porté la sienne dans la métaphysique ; aussi hardi et aussi hasardeux à établir des conjectures, en invoquant l'expérience, que Platon était
35r> TITRE XXIV.
nKignifique à étaler des vraisemblances. Platon, du moins, donne ses idées pour des idées; mais Bacon donne les siennes pour des faits. Aussi trompe-t-il en physigue plus que l'autre ne trompe en métaphysique. Voyez son Histoire de la Vie et de la Mort. Tous deux, au reste, étaier>t de grands et beaux esprits. Tous deux ont fait un grand chemin dans les espaces littéraires; Bacon d'un pied léger hi ferme, Platon avec de grandes ailes.
Hobbes était, dit-on, humoriste; je n'en suis pas surpris. C'est la mauvaise liumeur surtout qui rend l'esprit et le ton décisifs; c'est elle qui nous porte irrésistiblement à concentrer nos idées. Elle abonde en expressions vives; mais, pour devenir philosophique, il faut qu'elle naisse uniquement de la déraison d'autrui, et non pas de la nôtre; du mauvais esprit du temps où Ton vit, et non de notre mauvais esprit.
Descartes semble vouloir dérober son secret à la Divinité, comme on dit que Prométhée déroba aux dieux le feu du ciel, afin d'introduire et de multi|>lipr les arts sur la terre. Cela est si vrai, qu'une hypothèse à l'aide de laquelle on peut arriver à ce but, lui paraît, de son propre aveu, aussi utile, aussi belle, aussi précieuse que la vérité même. Il n'y a pas d'homme à qui la probabilité ait plus suffi pour déterminer ses opinions, pourvu que cette probabilité fût établis sur des ; raisons qui lui fussent propres. I