‹ Pensées, essais, maximes et correspondance de J. Joubert (volume 2)Chapitre 18 sur 72 · AY1II · texte numérisé non relu

AY1II

Il est un style qui n'est que l'ombre, la vague image, le dessin de la pensée; un autre qui en est comme le corps et le portrait en sculpture. Le premier convient à la métaphysique, OÙ tout est vague et étendu, et an\

sentiments de piété, qui oui quelque chose d'infini. Le second convient mieux aux lois et aux maximes de morale. Le meilleur des deux est celui qui se montre le mieux assorti à ceux qui le parlent, et à ceux qu'ils veulent exprimer. De même donc qu'il y a deux sortes de styles , il y a deux sortes d'écrivains ; les uns qui dessinent ou peignent leur pensée , la laissant , pour ainsi dire , collée à leur papier, comme un tableau à la toile ; les autres qui y gravent la leur, l'y enfoncent ou l'en détachent, en lui donnant un relief qui la fait nettement ressortir. Ces derniers sont particulièrement propres à exprimer les pensées qui doivent être connues de tous, offertes à tous , et exposées, comme en une place publique, à l'attention universelle; de cette espèce sont les lois, les inscriptions, les maximes, les proverbes ; tout ce qui , chez les anciens enfin , pouvait être appelé nomes, et qui dépend, chez les modernes, du genre sentencieux.

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