‹ Pensées, essais, maximes et correspondance de J. Joubert (volume 2)Chapitre 26 sur 72 · CXX1V · texte numérisé non relu

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Comme il y a des vers qui se rapprochent de la prose , il y a une prose qui peut se rapprocher des vers. Presque tout ce qui exprime un sentiment ou une opinion décidée , a quelque chose de métrique ou de mesuré. Ce genre ne tient pas à l'art, mais à l'influence , à la domination du caractère sur le talent.

Quand la pensée fait le mètre, il faut le laisser subsister , et il y a quelquefois, dans tel écrivain , des phrases qui ne sont insupportables que parce que sa pensée faisant le mètre, sa diction ne le fait pas.

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* Il faut aux phrases leur nombre, leur mesure et leur poids. Ces conditions réunies l'ont seules un ensemble parfait.

Lorsque le langage, dans les livres, n'a pas

de pompe ou d'harmonie, el souvent il ne

doit point en avoir, il faut qu'il ait au moins du mouvement ou de la cadence, de l'onction

ou de l'abandon, de l'épanchement ou i\u flottant, comme les nuages dans le ciel.

Le style qui sent l'encre , c'est-à-dire , celui qu'on n'a jamais que la plume à la main , se compose de mots qui paraîtraient étranges, hors du discours où ils sont contenus, et qui n'existant point dans le monde, ne se trouvent que dans les livres, et n'ont d'utilité que par l'enchaînement. Ces mots n'ont pas naturellement d'accès dans la mémoire, parce qu'elle aime la netteté , et que demiclairs et demi-obscurs, ils n'y porteraient qu'un nuage , une figure informe. Comme ils sont nés de l'écritoire, leur seul terrain est le papier. Il faut qu'il y ait, dans notre langage écrit , de la voix, de l'âme, de l'espace, du grand air, des mots qui subsistent tout seuls, et qui portent avec eux leur place.

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