XLV1II
Quand on a fait un ouvrage, il reste une chose bien difficile à faire encore, c'est de mettre à la surface un vernis de facilité, un air de plaisir qui cachent et épargnent au lecteur toute la peine que l'auteur a prise.
Quand un ouvrage sent la lime > c'est qu'il n'est pas assez poli ; s'il sent l'huile, c'est qu'on a trop peu veillé.
11 ne faut qu'un moment à la sagacité pour tout apercevoir, il faut des années à l'exactitude pour tout <'\|nim<T.
La perfection se compose de minuties. Le
ridicule n'est pas de les employer , mais de les mettre hors de leur place.
LU
Le génie commence les beaux ouvrages, mais le travail seul les achève.
lui.
L'oisiveté est nécessaire aux esprits, aussi bien que le travail. On se ruine l'esprit à trop écrire; on se rouille à n'écrire pas.
L'ignorance, qui, en morale, atténue la faute, est, elle-même, en littérature, une faute capitale.
4 Les études oubliées et négligées ne sont pas toujours les pires; quelquefois même elles sont les meilleures.
On ne sait bien quoi que ce soil , que longtemps après l'avoir appris.
Il est impossible de devenir très-instruit , si on ne lit que ce qui plaît.
Ce ne serait peut-être pas un conseil peu important à donner aux écrivains , que celui-ci : n'écrivez jamais rien qui ne vous fasse un grand plaisir ; l'émotion se propage aisément de l'écrivain au lecteur.
Dans les travaux littéraires, la fatigue avertit l'homme de l'impuissance du moment.
Les jeunes écrivains donnent à leur esprit beaucoup d'exercice, et peu d'aliments.
La conscience des auteurs tombés ou malades calomnie leur talent ; ils sentent alors leur faiblesse , mais ils ne sentent plus leur force.
Rendre agréable ce qui ne l'avait pas encore été., est une espèce de création.
Les lieux-communs ont un intérêt éternel. C'est l'étoffe uniforme que, toujours et partout , l'esprit humain a besoin de mettre en œuvre . quand il veut plaire. Les circonstances y jettent leur variété. 11 n'y a pas de musique plus agréable que les variations des airs connus.
Le mol de Léandre : « ]Ne me noyez qu'à « mon retour » , est, au fond, le même que celui d'Ajax ; « Fais-nous périr à la clarté du jour. » Mais , par les circonstances , le mot d'Ajax est héroïque, et celui de Léandre n'est que galant. Les circonstances forment une espèce de lieu qui moule sur soi , et rapetisse ou agrandit ce qui se passe ou ce qui se dit au milieu d'elles.
Il faut (pie l'ouvrier ait la main hors de soi» Otfvrage, c'est-à-dire, qu'il n'ait pas besoin de l'appuyer {MU1 ses explications , ses noies, ses préfaces, et que la pensée soif subsistante hors
de l'esprit, c'est-à-dire, hors des systèmes OU
<l«-s intentions de l'auteur
LXY1.
Vouloir se passer de ce qui est nécessaire, ou employer ce qui est inutile : sources de maux dans la composition.