Penseés et impressions
Voici un petit flacon d'essence beyliste où l'on s'est efforcé (renfermer les principales idées chères à Stendhal ainsi que les leii-motivs favoris avec lesquels s'accordait le mieux sa sensibilité. Et ce serait, à coup sûr, un projet des plus impertinents si tout le monde ne connaissait d'avance la limite exacte de ces sortes d'entreprises : chacun sait que, quelque vaste et varié que soit un esprit, il est toujours possible de l'emprisonner en cent pages, mais l'on devine aussi ce qu'un lecteur de bonne foi doit surtout chercher dans ces cent pages, bien moins une sèche compilation incapable d'inciter son sens critique ou de justifier son
admiration qu'un motif de rêve ou d'analyse, qu'un rappel des anciens développements d'un auteur de chevet, qu'un point de départ pour des discussions futures.
D'aucuns ont même voulu en faire un tremplin pour des exercices plus graves encore, et, pa^mii eux, s'est rangé Stendhal lorsqu'il a écrit quelque part :
« J'aime beaucoup les recueils de pensées morales, même médiocres ; elles me font faire une espèce d'examen de conscience. » La différence, c'est que les pensées morales n'ont ici rien de médiocre puisqu'elles sont signées Henri Beyle, et, qu'au demeurant, ce sont bien moins des < pensées morales » que des impressions toutes personnelles, des notations d'une sensibilité aigiie qui cherchait surtout d^ satisfaire sa passion de curiosité sans vouloir la traduire en maximes affiliées à un système de morale ou de philosophie.
La pensée de Stendhal a ceci de particulier, en effet, qu'elle demeure toujours, même lorsqu'elle tend à l'objectivité, l'expression d'un sentiment tout personnel, né la plupart du temps d'une simple
sensation. Si l'on excepte les années de début où Beyle s'est trouvé presque entièrement sous la domination d'une certaine école de philosophes, on peut dire que, pendant tout le reste de son existence, il a bien moins pensé par son cerveau que par ses sens. Et c'est bien là, semble-t-il, qu'il faut voir l'originalité même de ces impressions. Elles sont moins des états de la inentalité que des états de la sensibilité, et, s'il arrive parfois que quelques-unes sont nées à la limite des deux influences, il sera facile d'apercevoir qu'au fond elles sont surtout ordonnées par les facultés sensibles de leur auteur.
Cette sensibilité si riche et si profonde, dont il souffrait si fort, à vingt ans, de ne pouvoir traduire toutes les manifestations, c'est elle qui fait proprement le charme et la valeur de certaines de ces impressions. Cest parce que nous savons qu'elles ont été ressenties telles quelles, que nous connaissons l'horreur de Beyle pour /'affecté, son amour pour le naturel, cet amour qui a fait dire à Barbey
d'Aurevilly qu' « il aimait le naturel comme certains empereurs romains aimaient l'impossible, » que nous les goûtons vraiment dans leur amplitude, les sachant vraies de toute vérité, quelles que soient leur outrance ou leur bizarrerie.
Cette outrance, n'est-ce point, du reste, l'effort constant de sa nature agitée, débordante, toujours frémissante au premier choc, toujours prête à amplifier la sensation, ne sachant contenir ni son enthousiasme ni ses haines, les portant brusquement au paroxysme, leur donnant même des apparences de paradoxe dans la joie de les avoir découvertes et dans l'enthousiasme un peu naïf à les afficher ?.„
Et quant à la bizarrerie qui toujours le hanta et dont on trouvera des exemples dans les impressions et maximes morales de ce petit livre, je tiens qu'il faut y voir une des multiples manifestations de cette horreur du bourgeois qui, plus tard, devait affecter si profondément Flaubert et qui, parfois, secouait
tout entier Stendhal comme elle secouera Baudelaire. Constatons aussi que sa personnaliié était capricieuse et instable^ son humeur déséquilibrée, qu'il ne conservait jamais en face du spectacle humain r impassibilité, qu'il était en toutes choses passionné, partant injuste, prompt à l'enthousiasme comme au dénigrement^ au mensonge comme à la loyauté.
Cette humeur un peu inquiète donne à certaines de ses pensées une apparence de contradiction qui déroute celui qui ne connaît pas Vesprit bizarre et imprévu de Stendhal. Mais 71' est-ce point la rançon de qui est plus asservi à ses sens qu'à sa raison ? Et ce manque d'harmonie n'est-il point aussi la cause d'un manque de diversité ? Parcourez les opinions de Henri Beyle sur l'amour, sur les femmes, sur l'homme, sur lltalie, siir ses compatriotes, vous apercevrez qu'elles ne sont que des paraphrases ingénieuses d'une ou deux idées qui reparaissent à satiété sous mille formes différentes. C'est que ces idées sont essentiellement des nuances de sentiments qu' affectionne surtout Sten-
dhal^ qui font corps avec lui, qu'il n'a peut-être même jamais discutées et qu'il reflète inconsciemment sur tous les sujets qu'il aborde. Le véritable psychologue aurait honte de laisser deviner quelque chose de sa propre personne à travers des observations qu'il voudrait surtout scientifiques, c'est-à-dire objectives. Stendhal, au contraire, en observant choses et gens, fait toujours beaucoup plus le tour de lui-même qu'il ne fait le tour des hommes ou des événements. Et comme sa personnalité n'est pas diversifiée à Vinfini, il arrive que l'on a tôt fait de la connaître dans tousses ressorts.
Ne croyez point, cependant, qu'il doive en résulter pour le lecteui quelque monotonie. Rien d'aussi constamment amusant, au contraire, que la pensée de Beyle, d'abord parce que toujours sincère, étant toujours vraie, puis surtout parce que de premier jet. Nulle tartufferie d'âme qui cherche à se voiler, nul détour hypocrite pour ne pas nous choquer, nulle pudeur à dissimuler ses marottes ou à éteindre ses vices. L'affreux pédan-
IMPRESSIONS il
tisme lui est inconnu, et, s'il est contraint, parfois, d'employer un ton dogmatique pour exprimer certaines vérités morales, son ingéniosité parvient toujours à éviter le ion grave. Il est malicieux toujours, et, s'il est aussi amusant, c'est qu'il est luimême très amusé. La vie lui apparaît comme un spectacle infiniment curieux à travers lequel il passe et repasse, ne se lassant point d'en examiner et d'en redire les mille aspects, ne se lassant ni de voir ni de sentir, nous communiquant à nousmême sa curiosité trépidante et aigiie.
Et vous apercevez qu'en fin de compte ce qui noiis charme le plus, ce sont moins les vérités morales qu'il énonce, que la forme même, le ton avec lequel il les énonce. Ce sera toujours le propre des esprits comme le sien qui se livi^ent tout entiers dans leurs moindres écrits de dominer leur œuvre de toute leur propre personne. Inconsciemment nous les cherchons derrière leurs personnages comme nous les guettons derrière leurs aphorismes. Et si nous aimons parfois ces personnages à la folie, si nous goûtons
fortement ces aphorismes malgré leur bizarrerie ou leu*^ outrance, c'est qu'ils sont surtout un reflet de l'auteur, c'est que nous retrouvons en eux ses manies et ses passions et sa saveur et jusqu'à ses défauts. Nous comprenons qu'on a plutôt voulu nous donner un document sensible qu'un document intellectuel, et comme nous louons la sensibilité vivante et frémissante de s'être substituée à la froide et impersonnelle raison !
Voilà pourquoi ce petit recueil de pensées morales est surtout un recueil de pensées de Beyle et voilà pourquoi aussi, V on ne sera probablement pas tenté, après l'avoir parcouru, de faire cette « espèce d'examen de conscience, » dont parlait Stendhal : tout au plus y pourrait-on faire l'examen de sa conscience !
Enfin, j'espère que son souvenir, si on l'y retrouve assez, fera oublier ce que les fleurs de cet herbier ont d'un peu sec et de fané détachées des champs où elles furent cueillies, et fera même pardonner de les avoir cueillies...
Jules Bertaut.
ET
L'ÉGOTISTE
Qu'ai-je été ? Que suis-je ? En vérité je serais bien embarrassé de le dire.
J'aimerais mieux être un Arabe du cinquième siècle qu'un français du dixneuvième.
11 faut sentir et non savoir.
Je crois que la rêverie a été ce que j'ai préféré à tout, même à passer pour homme d'esprit.
Un salon de huit ou dix personnes dont toutes les femmes ont eu des amants, où la conversation est gaie, ajiecdolique et où l'on prend du punch léger à minuit et demi est l'endroit du monde où je me trouve le mieux.
L'amour a toujours été pour moi la plus grande des affaires ou plutôt la seule.
Il faut être très défiant, le commun des hommes le mérite, mais bien se garder de laisser apercevoir sa méfiance.
J'aime le peuple, je déteste les oppresseurs, mais ce serait pour moi un supplice de tous les instants que de vivre avec le peuple.
Le ciel m'a donné le talent de me faire bien venir des paysans.
La conversation du vrai bourgeois sur les hommes et la vie, qui n'est qu'une collection de détails laids, me jette dans un spleen profond quand je suis forcé par quelque convenance de l'entendre un peu longtemps.
Le bonheur pour moi, c'est de ne commander à personne et de n'être pas commandé.
Il n'y a que deux moyens d'échapper à l'ennui quand on n'agit pas, ou un homme d'esprit dont la conversation vous amuse, ou un livre qui plaise.
Le sourire, lorsqu'on sent qu'on est supérieur à ce qu'on vous croit.
Je sens que dans les choses de ia vie où je sens ma force, je suis disposé à ne point prendre de parti d'avance. Je suis sur que dans la circonstance je ferai ce
qu'il y aura de mieux. Je suis d'avis que c'est là le caractère de la force, parce que, dans les choses où je suis faible, je u'ai jamais assez de résolutions d'avance... Je suis donc d'avis que le caractère de la force est de se f.... de tout et d'aller en avant.
Le grand mal de la vie, pour moi, c'est l'ennui.
Le bonheur est d'aimer bien plus que d'être aimé.
Il faut jouir de soi-même dans la solitude, et, à l'égard de ses amis, ne dévoiler ses pensées qu'à mesure de l'esprit qu'on leur trouve, autrement on court le danger de leur paraître supérieur; de ce moment, on est perdu.
On ne se met à son aise qu'avec ceux qui se hasardent avec nous, qui donnent prise sur eux.
En nous ôtant les périls de tous les jours, les bons gendarmes nous ôtent la moitié de notre valeur réelle. Dès que l'homme échappe au dur empire des besoins, dés qu'une erreur n'est plus punie de mort, il perd la faculté de raisonner juste et surtout celle de vouloir.
Il y a longtemps qu'on ne fait plus de gestes, et qu'il n'y a plus de naturel dans la bonne compagnie.
J'aime les beaux paysages : ils font quelquefois sur mon âme le même effet qu'un archet bien manié sur un violon sonore, ils créent des sensations folles, ils augmentent ma joie et rendent le malheur plus supportable.
Malheureuse vanité qui fait qu'en voulant plaire, je plais moins !
J'aime de passion les Espagnols ; c'est le seul peup'e aujourd'hui qui ose faire
ce qui lui plaît, sans songer aux spectateurs.
Les convenances faisant des progrés terribles en Europe et les habitudes sociales devenant de plus en plus insociables, il faut que, sous prétexte de prendre des eaux, il s'établisse dans tous les coins de l'Europe des lieux de franchise où, pendant deux mois. Ton puisse rire de tout sans se déshonorer.
Parmi les agréments de la vie, ceuxlà seulement dont on jouissait à vingtcinq ans sont en possession de plaire toujours.
C'est une fatalité : le mangue de physionomie semble s'attacher à tout ce qui est moderne ; tout nous précipite, comme à l'envi, dans le genre ennuyeux.
Dans les autres, nous ne pouvons estimer que nous-mêmes,
J'aime mieux un ennemi qu'un ennuyeux.
Quelle belle chose que les Mémoires d'un homme non-dupe et qui a entrevu les choses ! C'est, je crois, le seul genre d'ouvrages que l'on lira en 1850.
Mes bêtes d'aversion, ce sont le vulgaire et Vaffecté.
Quand je suis arrêté par des voleurs ou qu'on me tire des coups de fusil, je rue sens une grande colère contre le gouvernement et le curé de l'endroit.
Quant au voleur, il me plaît s'il est énergique, car il m'amuse.
L'esprit doit être de cinq ou six degrés au-dessus des idées qui forment l'intelligence d'un public. S'il est de huit degrés au-dessus, il fait mal à la tête a ce public.
Le bonheur ne serait-il point de faire semblant de faire par passion ce que Ton fait par intérêt ?
Je conviens des désavantages de la France : il me semble que je défendrais avec colère ma patrie attaquée par l'étranger ; mais, du reste, j'aime mieux l'homme d'esprit de Grenade ou de Kœnisberg que l'homme d'esprit de Paris. Celui-ci, je le sais toujours un peu par cœur. Vimprévu, le divin imprévu peut se trouver chez l'autre.
Comme j'ai passé quinze ans à Paris, ce qui m'est le plus indifférent au monde, c'est une jolie femme française.
Et souvent mon aversion pour Vaffecté et le vulgaire m'entraînent au-delà de l'indifférence.
La première qualité, pour moi, dans tout ce qui est noir sur blanc, est de pouvoir dire avec Boileau :
El mon vers, bica ou mal, dit toujours quelque chose.
Je ne suis pas mouton, ce qui fait que je ne suis rien.
Pour connaître l'homme, il suffit de l'étudier soi-même ; pour connaître les hommes, il faut les pratiquer. Je connais très peu les hommes, mes études ont été sur Vhomine,
La perfection de la civilisation serait de combiner tous les plaisirs délicats du xixe siècle avec la présence plus fréquente du danger.
On m'estime, mais on ne m'aime pas.
Je ne suis irrité que par deux choses : le manque de liberté et le papisme que je crois la source de tous les crimes.
Je juge de la moralité politique d'un homme par son plus ou moins de haine pour l'instruction.
Quelle duperie de parler de ce qu'on aime ! Que peut-on gagner ? Le plaisir d'être ému soi-même un instant par le reflet de l'émotion des autres. Mais un sot, piqué de vous voir parler tout seul, peut inventer un mot plaisant qui vient salir vos souvenirs. De là peut-être cette pudeur de la vraie passion que les âmes communes oublient d'imiter quand elles jouent la passion.
Le sabre tue l'esprit.
Suivant moi, la liberté détruit en moins de cent ans le sentiment des arts.
Aujourd'hui rien n'est plus malheureux pour une religion ou pour un système que d'être protégé par le gendarme.
Voulez-vous avoir de l'esprit (apprenez tous les esprits appris, pratiquez-les pour avoir le droit de les mépriser)
travaillez votre caractère et dites, dans chaque occasion, ce que vous penserez.
J'aime beaucoup les recueils de pensées morales, même médiocres ; elles me font faire une espèce d'examen de conscience.
J'ai horreur de ce qui est sale, or le peuple est toujours sale à mes yeux. II n'y a qu'une exception pour Rome, mais là la saleté est cachée par la beauté.
Je soutenais hier un grand principe qui a généralement scandalisé, je puis m'en vanter : c'est que, dès qu'on connaît quelqu'un pour ennuyeux, il faut se brouiller avec lui ; que par ce moyen, au bout de dix ans, on se trouverait la société la plus agréable possible.
Rien ne me semble bête au monde comme la gravité.
LE FÉiMlNISTE
Une femme de trente ans, en France n'a pas les connaissances acquises d'un petit garçon de quinze ans ; une femme de cinquante, la raison d'un homme de vingt-cinq.
Si nous l'osions, nous donnerions aux jeunes filles une éducation d'esclave, la preuve en est qu'elles ne savent d'utile que ce que nous ne voulons pas leur apprendre.
Je soutiens qu'on doit parler de l'amour à des jeunes filles bien élevées,
Une femme de quarante-cinq ans n'a d'importance que par ses enfants et par son amant.
Toutes nos idées sur les femmes nous viennent en France du catéchisme de trois sous.
La femme la plus parfaite, suivant les idées de Féducation actuelle, laisse son partenaire isolé dans les dangers de la vie, et bientôt court risque de l'ennuyer.
La fidélité des femmes dans le mariage, lorsqu'il n'y a pas d'amour, est probablement une chose contre nature.
Il y a peut-être cinquante mille femmes en France qui, par leur fortune, sont dispensées de tout travail. Mais sans travail il n'y a pas de bonheur. (Les passions forcent elles-mêmes à des travaux et à des travaux fort rudes, qui emploient toute l'activité de l'âme).
Le plaisant de réducatioii actuelle, c'est qu'on n'apprend rien aux jeunes filles qu'elles ne doivent oublier bien vite dés qu'elles seront mariées.
L'éducation actuelle des femmes étant peut-être la plus plaisante absurdité de l'Europe moderne, moins elles ont d'éducation proprement dite, plus elles valent.
La pire de toutes les duperies où puisse mener la connaissance des femmes est de n'aimer jamais, de peur d'être trompé.
Les femmes sont toutes comme des romans, intéressantes jusqu'au dénouement, et, deux jours après, on s'étonne d'avoir pu être intéressé par des choses si communes.
Une femme d'esprit mesure sa résistance au degré de désœuvrement de son amant.
Ce qui vieillit le plus les femmes de trente ans, ce sont les passions humaines qui se peignent sur leurs figures.
Si les femmes amoureuses de Tamour vieillissent moins, c'est que ce sentiment dominant les préserve de la haiiie impuissante.
C'est à coups de mépris public qu'un mari tue sa femme au xix* siècle ; c'est en lui fermant tous les salons.
Il est peut-être beaucoup plus contre la pudeur de se mettre au lit avec un homme qu'on n'a vu que deux fois, après trois mots latins dits à l'église, que céder malgré soi à un homme qu'où adore depuis deux ans.
Les femmes honnêtes aussi coquines que les coquines.
La pudeur donne des plaisirs bien flatteurs à l'amant : elle lui fait sentir quelles lois l'on transgresse pour lui.
La seule chose que je voie à blâmer dans la pudeur, c'est de conduire à rhabitude de mentir ; c'est le seul avantage que les femmes faciles aient sur les femmes tendres.
L'empire de la pudeur est tel qu'une femme tendre arrive à se trahir envers son amant plutôt par des faits que par des paroles.
La pudeur des femmes en Angleterre, c'est l'orgueil de leur maii.
Ce qui avilit les femmes galantes, c'est l'idée qu'elles ont et qu'on a qu'elles commettent une grande faute.
En France, les filles peuvent donner à beaucoup d'hommes autant de bonheur que les femmes honnêtes, c'est-àdire du bonheur sans amour, et il y a toujours une chose qu'un Français respecte plus que sa maîtresse ; c'est sa vanité.
Une femme n'est puissante que par le degré de malheur dont elle peut punir son amant ; or, quand on n'a que de la vanité, toute femme est utile, aucune n'est nécessaire.
Sans les nuances, avoir une femme qu'on adore ne serait pas un bonheur et même serait impossible.
L'empire des femmes est beaucoup trop grand en France, Tempire de la femme beaucoup trop restreint.
Tout homme qui conte clairement et avec feu des choses nouvelles est sûr de plaire aux femmes d'Italie. Peu importe qu'il fasse rire ou pleurer ; pourvu qu'il agisse fortement sur les cœurs, il est aimable.
Une jeune femme se persuade bien mieux qu'elle est aim.ée par ce qu'elle devine que par ce qu'on lui dit.
Amusez une femme et vous l'aurez.
Une femme est sans cesse agitée par le désir de plaire et la crainte du déshonneur.
C'est une mauvaise société pour une jeune femme que la société des autres femmes.
Vimprévu, produit par la sensibilité, est l'horreur des grandes dames ; c'est l'antipode des convenances.
Le fluide nerveux, chez les hommes, s'use par la cervelle, et, chez les femmes, par le cœur ; c'est pour cela qu'elles sont plus sensibles.
Ce qui fait que les femmes, quand elles se font auteurs, atteignent bien rarement au sublime, ce qui donne de la grâce à leurs moindres billets, c'est
que jamais elles n'osent être franches qu'à demi : être franches serait pour elles comme sortir sans fichu.
Vue femme croit entendre la voix du public dans le premier sot ou la première amie perfide qui se déclare auprès d'elle l'interprète fidèle du public.
Le tempérament bilieux, quand il n'a pas des formes trop repoussantes, est peut-être celui de tous qui est le plus propre à frapper et à nouriir Timagination des femmes... C'est pour elles le contraire du prosaïque.
La source la plus respectable de Vorgueil féminin, c'est la crainte de se dégrader aux yeux de son amant par quelque démarche précipitée ou par quelque action qui peut lui sembler peu féminine.
Les enfants commandent par les larmes, et quand on ne les écoute pas, ils se font mal exprés. Les jeunes femmes se piquent d'amour-propre.
Les femmes douées d'une certaine élévation d'àme qui, après leur première jeunesse, savent voir l'amour où il est, et quel est cet amour, échappent, en général, aux don Juan qui ont pour eux -plutôt le nombre que la qualité des conquêtes.
On convient qu'une petite fille de dix ans a vingt fois plus de finesse qu'un polisson du même âge : pourquoi, à vingt ans, est-elle une grande idiote, gauche, timide, et ayant peur d'une araignée, et le polisson un homme d'esprit ?