‹ Pensees, fragments et lettres de Blaise PascalChapitre 109 sur 134 · LE MYSTÈRE DE JÉSUS · texte numérisé non relu

LE MYSTÈRE DE JÉSUS

* Jésus souffre dans sa passion les tourments que lui font les hommes; mais dans Tagonie il souffre les tourments qu'il se donne à lui-même : turbare semetipsum. C'est un supplice d'une main non humaine , mais toule puissante, et il faut être tout-puissant pour le soutenir.

— * Jésus cherche quelque consolation au moins dans ses trois plus chers amis, et ils dorment. Il les prie de soutenir ^ un peu avec lui , et ils le laissent avec une négligence entière, ayant si peu de compassion qu'elle ne pouvait seulement les empêcher de dormir un moment. Et ainsi Jésus était délaissé seul à la colère de Dieu.

— * Jésus est seul dans la terre, non^seulement qui ressente et partage sa peine, mais qui la sache : le ciel et lui sont seuls dans cette connaissance.

— * Jésu3 est dans un jardin non de délices comme le premier Adam, où il se perdit et tout le genre humain ; mais dans un de supplices où il s'est sauvé et tout le genre humain.

■ Sic. Peut-être Pascal a-t-il voulu dire : Se tenir. Dans St. Marc, XXIY, 34, il y a : « Et ait illis : Tristis est anima mea usquè ad mortem; sustinete hic et yigilate. » — Saci traduit suêtinetè Me par demeurez ici.

— * Il souffre telle peine et cet abandon dans l'horreur de la nuit.

— * Je crois que Jésus ne s'est jamais plai nt que celte seule fois ; mais alors il se plaint (^omme s'il n'eût plus pu coutenir sa douleur excessive : mon âme est triste jusqu'à la mort.

— * Jésus cherche de la compagnie et du soulagement de la part des hommes. Gela est unique en toute sa vie, ce me semble. Mais il n'en reçoit point, car ses disciples dorment.

— * Jésus sera en agonie jusqu'à la fin du monde : il ne faut pas dormir pendant ce temps-là.

— * Jésus au milieu de ce délaissement universel et de ses amis choisis pour veiller avec lui, les trouvant dormant s'en fâche à cause du péril où ils exposent^ non lui mais eux-mêmes ; et les avertit de leur propre salut et de leur bien avec une tendresse cordiale pour eux pendant leur ingratitude ; et les avertit que l'esprit est prompt et la chair infirme *.

— * Jésus les trouvant encore dormant, sans que ni sa considération ni la leur les en eût retenus, il a la bonté de ne pas les éveiller, et les laisse dans leur repos.

— * Jésus prie dans l'incertitude de la volonté du père, et craint la mort; mais l'ayant connue, il va audevant s'offrir à elle : Eamus. Processit (Joannes).

— * Jésus a prié les hommes, et n'en a pas été exaucé.

* Marc, XX[V. 58. Vigilate elorate ut non intretis in tenUtloncm, SpirUus quidein promptus est, caro autem infirma.

540 DE jéSUS-CHBlST.

— * Jésus pendant que ses disciples dormaient a opéré leursalut. — Il Ta fait à chacun des justes pendant qu'ils dormaient et dans le héant avant leur naissance, et dans les péchés depuis leur naissance.

— * Il ne prie qu'une fois que le calice passe et encore avec soumission; et deux fois qu'il vienne s'il le faut.

— * Jésus dans Tennui. — Jésus voyant tous ses amis endormis et tousses ennemis vigilants, se remet tout entier à son père.

-^ * Jésus ne regarde pas dans Judas son inimitié, mais Tordre de Dieu qu'il aime et.... * puisqu'il l'appelle ami ^.

— * Jésus s'arrache d'avec ses disciples pour entrer dans l'agonie; il faut s'arracher de ses plus proches et des plus intimes pour l'imiter.

— * Jésus étant dans l'agonie et dans les plus grandes peines, prions plus longtc^mps.

* Nous implorons la miséricorde de Dieu, non afin 89 qu'il nous laisse en paix dans nos vices, mais afin qu'il nous en délivre.

— * Si Dieu nous donnait des maîtres de sa main, ô qu'il leur faudrait ohéir de bon cœur I La nécessité et les événements en sont infailliblement.

' Un mot illisible.

* Matt. XXVI , 50 : « Dixitque illi Jésus : Amice, ad quid venisti?... »

DE J£SnS-GUBI&T. 54 {

— * Console-toi : tu ne me chercherais pas, si tu ne m'avais trouvé '.

— ^ Je pensais à toi dans mon agonie ; j*ai versé telles gouttes de sang pour toi.

— * C'est me tenter plus que réprouver que de penser si tu ferais bien telle et telle chose absente : je la ferai en toi si elle arrive.

— * Laisse-toi conduire à mes règles ; vois comme j'ai bien conduit la Vierge et les Saints qui m'ont laissé agir en eux.

— * Le Père aime tout ce que je fais.

— * Veux-tu qu'il me coûte toujours du sang de mon humanité, sans que tu donnes des larmes.

— * C'est mon affaire que la conversion : ne crains point et prie avec confiance comme pour moi.

— * Je te suis présent par ma parole dans l'Ecriture; par mon esprit dans TÉglise; et par les inspirations, par ma puissance dans les prêtres ; par ma prière dans les fidèles.

— * Les médecins ne te guériront pas ; car tu mourras à la fin. Mais c'est moi qui guéris et rends le corps immortel.

— * Souffre les chaînes et la servitude corporelles ; je ne te délivre que de la spirituelle à présent.

— * Je te suis plus ami que tel et tel; car j'ai fait pour toi plus qu'eux et ils ne souffriraient pas ce que j'ai souffert de toi, et ne mourraient pas pour toi dans le temps de tes infidélités et cruautés, comme j'ai fait

* Ces deux lignes sont reproduites ailleurs, presque dans les mêmes termes. Voy. Pensées diverses^ vol. !«% pag. 254.

342 DB JÉSCS-GHRIST.

et comme je suis prêt à faire et fais dans mes élas,

— ^ Si tu connaissais tes péchés tu perdrais cœur. — Je le perdrai donc, Seigneur, car je crois leur malice sur votre assurance. — Non, car moi par qui tu l'ap-. prends t'en peux guérir, et ce que je te le dis est un signe que je te veux guérir. A mesure que tu les expieras, tu les connaîtras et il te sera dit : vois les péchés qui te sont remis.

* Fais donc pénitence pour tes péchés cachés , et pour la malice occulte de ceux que tu connais.

^-* Seigneur, je vous donne tout.

— * Je t'aime plus ardemment que tu n'as aimé les souillures. Ut immundus pro luto,

— *Qu'à moi en soit la gloire et non à toi, ver et terre.

— * * Interroge ton directeur, quand mes propres paroles te sont occasion de mal et de vanité ou curiosité.

— * Je vois mon abîme d'orgueil , de curiosité , de «a concupiscence. Il n'y a nul rapport de moi à Dieu, ni

à J.-C. juste. Mais il a été fait péché par moi ; tous vos fléaux sont tombés sur lui. Il est plus abominable que moi, et loin de m'abhorrer il se tient honoré que j'aille à lui et le secoure.

* Mais il s'est guéri lui-même et me guérira à plus juste raison.

* Il faut ajouter mes plaies aux siennes et me joindre à lui et il me sauvera en se sauvant.

* Mais il n'en faut pas ajouter à l'avenir.

• Ici la page a été déchirée sur une ligne écrite,, et il faut en aller chercher la fin page 99. La ligne ainsi déchirée est presque illisible.

DB jésus-<:hrist. 545

— * Eriiis sicut dit y scientes bonum et malum^. Tout le monde fait le dieu en jugeant : cela est bon ou mauvais ; et s'affligeant ou se réjouissant trop des événements.

* Faire les petites choses comme grandes à cause de la majesté de J.-G. qui les fait en nous et qui vit notre vie, et les grandes comme petites et aisées à cause de sa toute puissance.

* Consolez-vous : ce n'est pas de vous que vous devez ^ l'attendre ; mais au contraire en n'attendant rien de vous que vous devez l'attendre.

* Sépulcre de J.-C.

* J.-G. était mort mais vu, sur la croix. Il est mort et caché dans le sépulchre,

* J.-G. n'a été enseveli que par des Saints.

* J.-G. n'a fait aucun miracle au sépulchre.

* Il n'y a que des saints qui y entrent.

* G'est là où J.-G. prend une nouvelle vie, non sur la croix.

* G'est le dernier mystère de la passion et de la ré-r demption.

* J.-G. n'a point eu où se reposer sur la terre qu'au sépulchre.

Ses ennemis n'ont cessé de le travailler qu'au sépulcre.

* Genèse. HI. 5.

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