II
On trouve dispersées çà et Ik dans le MS. autographe un certain nombre de notes écrites par Pascal, concernant le plan, la forme el la matière de son Apologie de la religion chrétienne. La plupart portent le titre ordre, sous lequel nous les réunissons dans un chapitre particulier.
La lecture de ces notes montre évidemment que le plan de Pascal, arrêté quant aux deux grandes parties dans lesquelles il voulait diviser son ouvrage, ne l'était nullement quant aux divisions secondaires et quant aux détails. On comprendra dès lors^ qu'il était impossible de ranger d'une manière absolument rigoureuse les matériaux qui composent ce volume, et que même il était fort difficile d'introduire parmi ces nombreux fragments un ordre seulement approximatif.
* Ordre.
382 Les hommes ont mépris pour la religion; ils en ont 27 haine et peur qu'elle soit vraie. Pour guérir cela, il faut commencer par montrer que la religion n*est point contraire à la raison ; ensuite qu*,elle est ' vénérable, en donner respect. La rendre ensuite aimable ; faire souhaiter aux bons qu'elle fût vraie ; et puis montrer qu'elle est vraie.
Vénérable, parce qu'elle a bien connu Thomme^ Aimable, parce qu'elle promet le vrai bien.
* Ordre.
28S J'aurais bien plus de peur de me tromper et de iss trouver que la religion chrétienne soit vraie, que non pas de me tromper en la croyant vraie.
264 Commencer par plaindre les incrédules : I1& sont 25 assez malheureux par leur condition. Il ne les faudrait injurier qu au cas que cela servit; mais cela leur nuit.
' Paseal ayant d*abord écrit la phrase telle que nous Timprimons, Ta corrigée en disant : .... est conforme à la raison, vénérable,.,. ; puis il est revenu à sa première rédaction, mais sans récrire les mots ensuite qu'elle est qui sont effacés dans le MS.
* Ordre.
* Voir ce qu'il y a de clair dans tout Tétat des Juifs, 27 et d'incontestable.
* Ordre.
99 Pourquoi prendrai-je plutôt à diviser ma morale en 433 4 qu'en 6? Pourquoi établirai-je plutôt la vertu en 4, en 2, en 1 ? Pourquoi en abstine et sustine plutôt qu'en suivre nature ou faire ses affaires particulières sans injustice f comme Platon ; ou autre chose.
Mais voilà, direz- vous, tout renfermé en un mot. Oui, mais cela est inutile si on ne l'explique , et quand on vient à l'expliquer, dès qu'on ouvre ce précepte qui contient tous les autres, ils en sortent en la première confusion que vous vouliez éviter. Ainsi quand ils sont tous renfermés en un, ils y sont cachés et inutiles comme en un coffre, et ne paraissent jamais qu'en leur confusion naturelle. La nature les a tous établis sans renfermer l'un en l'autre.
La nature a mis toutes ses vérités chacune en soi- *v même. Notre art les renferme les unes dans les autres, mais Cela n'est pas naturel. Chacune tient sa place.
* Ordre, * J'aurais bien pris ce discours d'ordre comme celuici, pour montrer la vanité de toutes sortes de conditions, montrer la vanité des vies communes et puis la vanilédesvies philosophiques, pyrrhoniennes, stoïques;
mais l'ordre ne serait pas gardé. Je sais un peu ce que c'est, et combien peu de gens l'entendent. Nulle science humaine ne le peut garder. St. Thomas ne l'a pas gardé. La mathématique le garde, mais elle est inutile en sa profondeur ^
* Ordre.
8«T Après la corruption, dire : il est juste que ceux qui ua sont en cet état le connaissent ; et ceux qui s'y plaisent, et ceux qui s'y déplaisent. Mais il n'est pas juste que tous voient la rédemption.
* 1" partie: misère^de l'homme sans Dieu. 25
^partie : Félicité de l'homme avec Dieu.
Autrement :
i'" partie : Que la nature est corrompue par la nature même.
T partie : Qu'il y a un réparateur par l'Écriture *.
* Ordre par dialogues,
— * Que dois-je faire? Je ne vois partout qu'obscu- 29 rites. Croirai -je que je ne suis rien? Croirai-je que je suis Dieu ?
— * Toutes choses changent et se succèdent. . . Vous vous trompez : il y a...
> Dans la Copie seulement.
' Le fond de ceUe division principale de l'ouvrage de Pascal se retrouve dans la pensée suivante : « Il n*y a rien sur la terre qui ne montre ou la misère de l'homme ou la miséricorde de Dieu ; ou Timpuissance de Thomme sans Dieu, ou la puissance de Thomme avec Dieu, » p. 157 de ce volume.
— * El quoi ! ne dites-vous pas vous Diêiue que le ciel el les oiseaux prouvent Dieu? — Non. — Et votre religion ne le dit elle pas? — Non; car encore que cela est vrai en un sens pour quelques âmes à qui Dieu donne cette lumière, néanmoins cela est faux à Tégard de la plupart.
— * Lettre pour porter à rechercher Dieu...
Et puis le faire chercher chez les philosophes, pyrrhoniens et dogmatistes qui travaillent celui qui les recherche.
Ordre.
* Une lettre d'exhortation à un ami pour le porter à 25 chercher, et il répondra : mais à quoi me servira de chercher. Rien ne paraît- — Et lui répondre : ne dés^ espérez pas. Et il me répondrait qu'il serait heureux de trouver quelque lumière, mais que selon cette religion même, quand il croirait ainsi cela ne lui servirait de rien, et qu'ainsi il aime autant ne point chercher. — Et à cela lui répondre : la machine '
■ Ce mol de machine, qui revient plusieurs fois dans ce chapitre, se trouve encore une fois dans le passage suivant : « La coutume de « voir les rois accompagnés de gardes, de tambours, d'offickrs, et de « toutes les choses qui plient la machine vers le respect et la ter- « reur, fait que leur visage, quand il est quelquefois seul et sans ces « accompagnements, imprime dans leurs sujets le respect et la terreur <( parce qu'on ne sépare pas dans sa pensée leur personne d'avec leur « suite, qu'on y voit d'ordinaire jointe, etc. » ( Pensées diverses ^ X , I» vol., pag. 182. )
L'expression machine dans ce passage nous parait avoir le même sens que dans les fragments intitulés ordre. Ce que Pascal appelle ici plier la mnehinCf préparer la machine, est ce qu'il appelle ailleurs
OBUAB. 591
* Ordre. Après la leltre qu'on doii chercher Dieu, faire la leltre d*ôter les obstacles, qui est le Discours de la machine* de préparer la machine, de chercher par raison.
* Lettre qui marque l'utilité des preuves par la ma- 23 chine,
* La foi est différente de la preuve : Tune est humaine, Vautre est un don de Dieu , justm ex fide vidit; c'est de cette foi que Dieu lui-môme met dans le cœur, dont la preuve est souvent Tinstrument : fides ex auditu. Mais cette foi est dans le cœur et fait dire non^cto, mais credo.,.
Une lettre de la folie de la science humaine et*»^ de la philosophie ; Cette lettre avant le divertissement.
incliner l'atiiomate. (Voy. la note 3 au bas de la page 175 de ce volume. ) — U y a dans la religion des choses qui ne se prouvent qu'à ceux qui les praiiquent. Descendre de Tesprit aux pratiques extérieures, remonter des pratiques extérieures à Tesprit, c'est le mouvement qui entretient la religion dans les âmes. Pascal suppose un homme qui n'a pas encore cet esprit intérieur en quoi consiste la foi, et qui veut arrivera le posséder parce que cette possession lui paraît désirable. Mais cet homme sent toutes sortes d'obstacles, dans ses passions, dans son amour-propre, dans l'insuffisance des preuves que le raisonnement peut lui fournir. \\ désire, il cherche, et en même temps il désespère. C'est dans cette situation que Pascal le prend. U lui montre que si la foi vient de Dieu, elle dépend aussi de nous sous quelques rapports : Nous pouvons écarter les obstacles, c'est-à-dire combattre les passions qui nous éloignent de Dieu, employer notre volonté, avec le consentement et sous la surveillance de notre raison, à suivre et à prendre les habitudes extérieures qui peuvent nous en rapprocher. Tout cela c'est l'œuvre de l'homme; qu'il s'aide. Dieu l'aidera. Qu'il prépare la machine : Dieu y mettra le principe moteur et le soufDe immortel.
Félix qui potuit..,
Félix nihil admirari, . .
380 sortes de souverain bien, dans Montagne.
* Dans la Lettre de Vinjustice peut venir la plaisan- ss terie des aines qui ont tout. — Mon ami, vous êtes né de ce coté de la Montagne, il est donc juste que votre aine ait tout.
* Pourquoi me tuez-vous ?
w Pourquoi me tuez-vous? Eh quoi! ne demeurez- as vous pas de l'autre côté de Teau? Mon ami, si vous demeuriez de ce côté, je serais un assassin, cela serait injuste de vous tuer de^ la sorte ; mais puisque vous demeurez, de l'autre côté, je suis un brave et cela est juste.
* Il demeure au-delà de l'eau. 79
* Il faut mettre au chap. des Fondements^ ce qui 45 est en celui des Figuratifs touchant la cause des figures : pourquoi J.-C. prophétisé en son premier avènement; pourquoi prophétisé obscurément en la manière.