CHAPITRE V
On sait à quelle occasion Pascal commença à écrire ses pensées sur les miracles. Pendant qu*il composait les Provincialeê, sa nièce Marguerite .Perier, pensionnaire à Port-Royal, fut presque subitement guérie d*nn mal d'yeux qui faisait craindre pour sa vie. Cette guérison, d'ailleurs fort extraordinaire et atleslée par de très-habiles médecins, avait eu lieu après rattouchement d'une relique de la SainteÉpine, et Port-Royal la regarda comme miraculeuse. Pascal, dont la foi était encore exaltée par l'ardeur de la lutte, crut au miracle et en fut vivement touché : il y voyait une nouvelle arme que Dieu fournissait à sa cause; De leur côté, les Jésuites ne manquèrent pas d'attaquer l'authenticité du miracle. Pascal en prit la défense, et pour mieux réfuter ses adversaires, il se mit à approfondir la doctrine de l'Église concernant les miracles. ^
Sans doute, la plupart des considérations qu'il a écrites sur cette matière auraient été par lui reprises et placées à leur rang dans son Apologie de la Religion. Les autres au contraire en auraient été exclues à cause de leur caractère purement polémique : sous ce rapport nous aurions pu les placer convenablement daus le I» volume de cette édition, à la suite des Pensées et notes relatives aux Jésuites, aux Jansénistes et aux Provinciales; mais comme au fond il y avait identité d'objet enti*e les unes et les autres, nous n'avons pas cru devoir les séparer et nous les avons réunies dans ce chapitre.
* Commencement.'
247 I. Les miracles discernent la doctrine, et la doctrine 235 discerne les miracles.
— Il y (en) a de faux et de vrais. Il faut une marque pour les connaître; autrement ils seraient inutiles. Or, ils ne sont pas inutiles , et sont au contraire fondement. Or, il faut que la règle qu'il nous donne soit telle, qu'elle ne détruise la preuve que les vrais miracles donnent de la vérité, qui est la lin principale des miracles.
— Moïse en a donné deux : que la prédiction n'arrive pas (Deut. 18), et qu'ils ne mènent point à l'idolâtrie [Deut. 13) ; et Jésus-Christ une.
— * Si la doctrine règle les miracles, les miracles sont inutiles pour la doctrine.
* Si les miracles règlent *....
* Objection à la règle.
— * Le discernement des temps : autre règle durant Moïse, autre règle à présent.
265 IL Miracle. C'est un effet qui excède la force natu- 4t5 relie des moyens qu'on y emploie ; et non-miracle est
Phrase interrompue.
2U DBS MIRACLES.
un effet qui n'excède pas la force naturelle des moyens qu'on y emploie. Ainsi ceux qui guérissent par Tinvocation du diable ne font pas un miracle; car cela n'excède pas la force naturelle du diable. Mais... '.
55 m. 11 est dit : Croyez à TËglise ; mais il n'est pas «si dit : Croyez aux miracles ; à cause que le dernier est naturel et non pas le premier : l'un avait besoin de précepte, non pas l'autre.
IV * Je ne serais pas chrétien sans les miracles, dit sro saint Augustin.
* On n'aurait point pécbé, en ne croyant pas J.-C, «^ sans les miracles.
* Il nest pas possible de croire raisonnablement 4« contre les miracles.
S29 V. Jésus-Christ a fait des miracles, et les apôtrts en- ^^ suite, et les premiers Saints en grand nombre; parce que, les prophéties n'étant pas encore accomplies et s'accomplissant par eux, rien ne témoignait que les miracles. Il était prédit que le Messie convertirait les nations. Comment cette prophétie se fût-elle accomplie sans la conversion des nations? Et comment les nations se fussent-elles converties au Messie, ne voyant pas ce dernier effet des prophéties qui le prouvent?
» Phrase interrompue.
D£S UiaACLE$. 215
Avanl donc qu*il ait été mort, ressuscité, et converti les nations S tout n'était pas accompli; et ainsi il. a fallu des miracles pendant tout ce temps-là. Maintenant il n*en Taul pbis contre les Juifs, car les prophéties accomplies sont un miracle subsistant.
253 VI. Ou Dieu a confondu les faux miracles, ou il les a m prédits ; et par Tuii et l'autre il s*est élevé au-dessus de ce qui est surnaturel à notre égard, et nous y a élevés nous-mêmes.
235 VII. Les miracles ont une telle force, qu'il a fallu n? que Dieu ait averti qu'on n'y pense point contre lui, tout clair qu*il soit qu'il y a un Dieu; sans quoi ils eussent été capables de troubler.
Et ainsi tant s'en faut que ces passages, Deut, 13 % fassent contre Tautorité des miracles, que rien n*en marque davantage la force. Et de même pour Tantechrist, jusqu'à séduire les élus s'il était possible.
VIII. * Jer. 23, 32. Les miracles des faux prophètes : «es en l'hébreu et Vatable il y a les légèretés.
Miracle ne signifie pas toujours miracles. 1 . Rois. 14, 45, miracle signifie crainte et est ainsi en Thébreu.
De même en /o6, manifestement. 33, 7.
' Nous reproduisons rincorrection qui se trouve dans le MS. Pascal a voulu dire sans doute : « et quHl eût converti les nations. »
' Le chapitre xiii du Deutéronome dit qu'il ne faut point croire, ni écouter ceux qui feront des miracles' et qui détourneront du service de Dieu. — St Marc. 13. 22. ajoute : « Il s'élèvera de faux Christs « et de faux prophètes qui feront des prodij^es et des choses élon- «< nantes jusqu'à séduire, s'il était possible, les élus même. »
216 DBS MiaAGLES.
El encore Is. 21, 4. Jér. 44, 12.
— * Portentumsigm&e,.. * Jer. 50, 38, et est ainsi en lliébreu et en Valable.
— *Is. 8, 18. J.-C. dit que lui et les siens seront en miracles ^
258 — L'Église a trois sortes d^ennemis : les Juifs, qui n'ont jamais été de son corpsi les hérétiques, qui s'en sont retirés ; et les mauvais chrétiens, qui la déchirent au dedans. Ces trois sortes de différents adversaires la combattent d'ordinaire diversement. Mais ici ils la combattent d'une même sorte. Comme ils sont tous sans miracles, et que l'Église a toujours eu contre eux des miracles, ils ont tous eu le même intérêt à les éluder, et se sont tous servis de cette défaite : qu'il ne faut pas juger de la doctrine par les miracles, mais des miracles par la doctrine. Il y avait deux partis entre ceux qui écoutaient Jésus-Christ : les uns qui suivaient sa doctrine pour ses miracles; les autres qui disaient^ :.... Il y avait deux partis au temps de Calvin. Il y a maintenant les jésuites, etc. ^.