‹ Pensees, fragments et lettres de Blaise PascalChapitre 72 sur 134 · XXVIII. * Les combinaisons des miracles · texte numérisé non relu

XXVIII. * Les combinaisons des miracles

* Le second miracle peut supposer le premier ; mais le premier ne peut supposer le second ^.

XXIX. — * Abraham, Gédéon sont au-dessus de la 469 révélation.

— * Les Juifs s'aveuglaient en jugeant des miracles par l'Ecriture.

— * Dieu n'a jamais laissé ses vrais adorateurs.

— * J'aime mieux suivre J.-C. qu'aucun autre, parce qu'il a les miracles, prophéties, doctrine, perpétuité, etc.

— * Donatiste : point de miracle qui oblige à dire que c'est le diable.

— ! Plus on particularise Dieu, J.-C., l'Eglise.. .

XXX. * Titre : D*oû vient qu'on croit tant de men-^*^ teurs qui disent qu'ils ont vu des miracles, et qu'on ne croit aucun de ceux qui disent qu'ils ont des secrets pour rendre l'homme immortel ou pour rajeunir. 2M Ayant considéré d'où vient qu'on ajoute tant de foi

* Dans la Copie.

' MS. de Troyes.

DBS MIAACLRS. 235

à Uni â^impesteurs qui disent qu'ils ont des remèdes, juscpies à mettre souvent sa vie entre leurs mains, il m'a paru que la véritable cause est qu'il y en a de vrais; car il ne serait pas possible qu'il y en eût tant de faux, et qu'on y donnât tant de créance, s'il n'y en avait de véritables. Si jamais il n'y eut eu remède à aucun mal, et que tous les maux eussent été incurables, il est impossible que les hommes se fussent imaginé qu'ils en pourraient donner ; et encore pli«s que tant d'autres eussent donné croyance à ceux qui se fussent vantés d'en avoir ; de même que si un homme se vantait d'empêcher de mourir, personne ne le croirait, parce qu'il n'y a aucun exemple de cela. Mais comme il y (a) eu quantité de remèdes qui se sont trouvés véritables par la connaissance même des plus grands hommes, la créance des hommes s'est pliée par là, et cela s'étant connu possible , on a conclu de là que cela était. Car le peuple raisonne ordinairement ainsi : une chose est possible, donc elle est; parce que la dîose ne pouvant être niée en général puisqu'il y a des effets particuliers qui sont véritables, le peuple qui ne peut pas discerner quels d'entre ces effets particuliers sont les'véritabies, les croit tous. De même, ce qui fait qu'on croit tant de faux effets de la lune, c'est qu'il y en a de vrais, comme le flux de la mer.

* Il en est de même des prophéties, des miracles, des divinations par les songes, des sortilèges, etc., car si de tout cela il n'y avait jamais eu rien de véritable on n'en aurait jamais rien cru, et ainsi au lieu de conclure qu'il n'y a point de vrais miracles parce qu'il y en a tant de faux , il faut dire au contraire

qu'il y a certaioement de vrais miracles puisqu'il y en a tant de faux, et qu'il n'y en a de faux que par celte raison qu'il y en a de vrais.

* Il faut raisonner de la même sorte pour la religion, car il ne serait pas possible que les hommes se fussent imaginé tant de fausses religions, s'il n'y en avait une véritable. L'objection à cela, c'est que les sauvages ont une religion ; mais on répond à cela que c'est qu'ils en ont oui parler, comme il parait par le déluge, la circoncision, la croix de St.-André, etc. ^

254 XXXI. Ayant considéré d'où vient qu'il y a tant de«« faux miracles, de fausses révélations, de sortilèges, etc. , il m'a paru que la véritable cause est qu'il (y) en a de vrais ; car il ne serait pas possible qu'il y eut tant de faux miracles s'il n'y en avait de vrais, ni tant de fausses révélations s'il n'y en avait de vraies, ni tant de fausses religions s'il n'y en avait une véritable. Car s'il n'y avait jamais eu de tout cela, il est comme impossible que les hommes se le fussent imaginé, et encore plus impossible que tant d'autres l'eussent cru. Mais comme il y a eu de très-grandes choses véritables, et qu'ainsi elles ont été crues par de grands hommes, cette impression a été cause que presijue tout le monde s'est rendu capable de croire aussi les fausses. Et ainsi, au lieu de conclure qu'il n'y a point de vrais miracles, puisqu'il y en a tant de faux, il faut dire au contraire qu'il y a de vrais miracles, puis-

* Ce morceau, qui semble le développement de celui qui suit immédiatement, se trouve écrit de la main de M»* Perier.

qu'il y en tant de faux ; et qu'il n'y en a de faux que par cette raison qu'il y en a de vrais; et qu'il n'y a de même de fausses religions que parce qu'il y en a une vraie. — L'objection à cela, que les sauvages ont une religion : mais c'est qu'ils ont oui parler de la véritable, comme il parait par la croix de St. -André, le déluge, la circoncision, etc. — Cela vient de ce que l'esprit de l'homme, se trouvant plié de ce côté-là par la vérité, devient susceptible par-là de toutes les faussetés de cette... '

* Il faut sans doute ajouter le mot espèce : la phrase s*arrête dans le MS. après cette.

Ce fragment, qui, comme le précédent, est écrit de la main de M"»« Perier, se trouve sur le verso d'une lettre adressée à Pascal. Dans un coin du recto on trouve la date du 19 février 1660.

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